‹ La province a chevalChapitre 27 sur 49 · DU MAIL-COACH ET DE LA MASIERE DE S EN SERVIR · texte numérisé non relu

DU MAIL-COACH ET DE LA MASIERE DE S EN SERVIR

Quand par ruse, violence ou séduction, un châtelain est parvenu à imposer à des amis les rigueurs de l'hospifalité campagnarde, le moins qu'il leur doive est de leur procurer le moyen de tuer le temps, de diminuer la durée des jours caniculaires où le soleil, pareil aux viveurs néophytes, ne se cache tout juste que ce qu'il faut pour n'avoir pas l'air de découcher.

18G LA l'ROVIXTF, A CHEVAL.

Le iiicillfur remède au calme des champs est d'y porter le mouvement.

A la campagne, il ne suffit ])as d'avoir des chevaux; il en faut trop, pour soi d'abord, pour ses invités ensuite; — il ne faut jamais qu'une tentative d'évasion soit empêchée par ce motif que tous les chevaux ont été ou attelés ou montés, et les amphitryons doivent comprendre qu'ils n'ont pas le droit d'isoler les gens dans des prisons dont les murs sont remplacés par des déserts dont l'étendue se chiffre par kilomètres, sans leur fournir en même temps les moyens de les franchir.

L'obligation pour tout iuvitcur champêtre de posséder un nombre exagéré de clievaux admise, il est facile de démontrer que rien ne lui est plus aise que d'organiser un repas sur l'herbe.

Dix ou douze chevaux peuvent amplement faire la besogne.

Deux niail-coach, dont un aménagé de façon qu'on y puisse faire la cuisine, car rien d'insupportable comme les repas dont le nu'nu se compose exclusivement d'aliments froids, doivent suffire au transport des convives.

m^^ ( '' vMii

eu R

II faut, eu effet, limiter le nombre de ceux-ci et éliminer impitoyablement tous les hôtes chargés d'années, envahis par l'embonpoint, atteiuts d'une infirmité quelconque.

lovilés à eiclare G^vèremeat en caa de partie de campagoe.

La maîtresse de la maison a des devoirs qui ne lui permettent pas de prendre part à une excursion qui peut se prolonger ; — c'est à elle qu'incombe le soiu d'occuper les grauds parents exclus du droit d'agapes, dont la condition sine qiia non est d'être célébrées assis par terre.

La couservalion de santés aussi chères exige ce sacrifice.

Supposez pour un iuslant que cette règle inviolable soit oubliée; quelle perspective de lumbagos, de douleurs scialiques, d'affections de foules ces respectables bronches, de fous ces vénérables larynx 1

REGLEMENT. — Articie premier. — Seront inexorablement exclus de ces fêtes tous célibataires ayant dépassé trente-cinq ans.

loviléB à laisser à la maison en cas «le partie de campagne. piqoe-DÎqae, etc.

Les hommes mariés qui fourniront la preuve qu'ils n'avaient pas trente ans quand ils ont renoncé à leur liberté, pourront, à titre de dédommagement, être tolérés jusqu'à l'âge de quarante ans.

Toute demoiselle ou dame ayant atteint ou paraissant avoir atteint sa vingt-sixième anuée ne sera admise qu'à l'intérieur des mails, dont les volefs seront constamment tenus fermés.

lOi LA PROVINCE A CHEVAL.

Art. 2. — Sont con.sidérô.s coninio enfatils, (;l à ce filro laisses à la maison, tons personnages des denx sexes n'ayant pas élc émaneipés |)ar le mariage.

Art. 3. — Le seul un aniorisé est du Champagne frappé. Le minimum obligatoire est fixe à deux bouteilles par persoune.

Art. 4. — La recherche de la responsabilité des accidents de toute nature qui pourraient survenir au retour est absolument interdite.

Art. 5. — Les frais de procès-verbaux et amendes encourues pour dégradations des différents biens de la terre, seront supportés eu commun par l'ensemble des sociétaires.

Art. g. — La politesse exquise ordinairement exigée des sociétaires nicàles devra être remplacée, pour la circonstance, par la galanterie la plus raffinée.

\'e jamaii attacher de checani daos le voisinage da serricot

Art. 7. — Tout symptôme de jalousie individuelle sera sévèrement réprimé par la niasse des sociétaires.

Art. 8. — Le présent règlement ne devant, sous aucun prétexte, être imprimé , aucun exemplaire n'en sera délivré aux sociétaires.

Avec un code analogue au projet qui précède, on peut arriver à débourgeoiser le classique déjeuner sur l'herbe, la pire des corvées si tous les membres de la lamille y sont tolérés.

La trompette. — Inetrumenl dcBliné & prévenir lei voilures à allure leute , qui vous précédent, qu'elles aient ïoiD de oe pas EC déranger. Faire place à deâ aristus qui sont presses de ne rien faire ! Oh ! la la!

Si le trajet s'est opéré dans voire mail, " lotre droit et votre devoii n . comme disait feu Tiochu, veulent qu'à l'arrivée vous présidiei, en personne, an débarqnemenl de vos passagères.

Obligé, par la politesse la plus élémentaire, d'offrir la main au\ dnmes , tant mieux pour vons si elles vous tournent le dos au moment même où vous la leur préseuterez.

La réuniou de tous les âges fait uu merveilleux effet daus les tableaux académiques, j'eu conviens volontiers; mais rien d'absurde dans la vie journalière comme d'accoupler les vieux aux jeunes, et les éphèbes aux adultes.

Les vétérans, à quelque armée qu'ils aientappartenu, fût-ce celle du plaisir, ont droit aux égards et au repos, rien de plus; quant aux tout jeunes, c'est à eux d'orgauiser leurs plaisirs comme ils l'entendent!

La distribution des places à bord des mails est également de la dernière importance.

La conduite du premier appartient de droit à l'anipiiitryon qui doit diriger la promenade; à son côté, une vieille connaissance à lui, plutôt taciturne que bavarde ;

Car il a besoin de tous ses moyens pour la direction de sou attelage.

Sur h première banquette, rien que des femmes.

Mt sur la sccoiulc, le plus de célibataires possible, qui, s'ils conuaissent leur devoir, eni|)ccheront leurs voisines de lier conversalion avec le directeur de ré<piipa;(e, — la bonne ap[)arcuce de l'altelaye eu dépeud.

Sur le second umil, même distribution que sur le premier, avec celte ditféreuce que, si aucuu des invités ue possède uu nombre suffisant de leçons de guides, l'uu d'eux prendra place à côté du coacbman.

En outre, il est indispensable que riutérieur de la caisse soit aménagé eu cuisiue, et renferme un fourneau qui permette d'avoir des aliments cliauds.

Pour les détails de l'iustallation, c'est affaire au carrossier!

i\Iais un maître de maison soucieux de l'estomac de ses hôtes ne doit pas reculer devant la dépense d'uu semblable aménagement !

En terniiuanl, quelques conseils sur l'attelage des mails appelés à concourir à ces fêtes, qui doivent se renouveler le plus fréquemment possible :

Le mail doit être très-haut de caisse, très-élevé, et très-suspendu sur les ressorts.

11 faut qu'il ait uu ballant suffisant pour donner aux patients un sentiment voisin du mal de mer.

C'est pénible, mais infiniment plus chic, en ce sens que les gens en proie au malaise ainsi obtenu prennent inconsciemment un air digue et dédaigneux, qu'ils n'auraient peut-être pas si le véhicule les balançait moins.

LA PROVIXCE A CHEVAL.

Le chic veut cgaloincnt qu'un mail soit de couleur sombre; mais, pour la canipajjnc, la caisse et le train peuvent être peints eu couleurs voyantes, à la condition qu'elles soient très-vives et trcs-trancbces, — la caisse jaune, par exemple, et le train vermillon.

Les chevaux, (pii pour Paris doivent cire rigoureusement appaircs, peuvent élre, à la campagne, de robes différentes.

11 faut seulement qu'ils soient de même train, et que ce traiu soit rapide.

Les harnais doivent être simples, sans armoiries, sans accumulation de boucles.

Le mail n'est pas une voiture d'apparat, mais bien uu moyeu de transport plus ou moins confortable.

11 doit être attelé à l'anglaise, et non comme une voiture de gala conduite à grandes guides.

C'est un vrai contre-sens que de faire passer les rênes des chevaux de volée dans des anneaux placés au-dessus de la tète des chevaux de timon, —

LA PROVIXCE A CHEVAL.

ce qui ne se fait plus aujourd'luii que pour les chevaux de corbillard, les cortèges royaux ctaut devenus excessivement rares.

Le u reculenieut » u'a pas plus de raison d'élrc, maluleuant que l'usage du frein est devenu général.

Dans l'intérêt de l'aspect général, avoir le plus grand nombre de femmes possible, de façon à dissimuler, autant que faire se peut, les hommes.

Une femme assise peut être charmante à regarder ;

Un homme, pour être passable, a besoin d'agir, d'être à cheval et de bien monter;

Sans quoi, il vaut mieux le dissimuler et se servir de ses vêtements sombres comme repoussoir aux toilettes féminines.

Les ombrelles rouges, chargées de fleurs, d'oiseaux ou de fouillis de den-

LA PROVIMCE A CHEVAL

telles, font d'aulaiit meilleur effet qu'elles cachent toujours quelques morceaux d'hommes et dissimulent leurs tuyaux de poêle.

En un mol, composer un mail comme un tableau,

Et, si l'on est dans l'obligation d'inviter quelques personnes insuffisamment décoratives,

Avoir soin de les masquer par de jolies femmes, savamment mises au premier plan.

Page 1