CHAPITRE V
U\E COURSE D AMATEL'RS.
Toute la semaine s'est passée en préparatifs.
Monsieur, dehors, traçant la piste, plaçant les obstacles, entouré de terrassiers, de maçons, de bûcherons, de tout ce qui, dans le village, sait manier une pioche, une truelle ou une cognée.
Il a fait confectionner des haies, des barrières fixes, un mur, creuser des douves, élever une banquette iilandaise, rectifier les bords de sa rivière, planter des drapeaux sur toute la ligne droite de la piste.
21 '1 LA PROVIXCK A CHEVAL.
Il esl crc'inlô, mais joyeux.
Tout esl prêt, et, comme c'est lui qui l'ournit les prix et ne compte pas les disputer à ses invités, il n'a pas besoin de son élasticité habituelle.
A l'intérieur, Madame n'a pas déployé une moindre activité.
Tout son temps s'est dépensé eu conférences multipliées avec le cuisinier, la femme de charge, la lingère, tout le personnel, en un mot, auquel il a fallu donner les instructions les plus détaillées et les plus précises.
Enfui, chaque domestique a son service réglé et sait de quels invités il doit s'occuper.
Pour plus de sîjreié. Madame a, de sa blanche main, écrit pour chacun d'eux sur une fiche spéciale un ordre du jour oîi tout est prévu. Quel travail ! mais aussi quelle sécurité pour elle pendant le séjour de ses nombreux hôtes!
Depuis la veille, les voitures se succèdent au perron, amenant du chemin
de fer les convives éloignés. Colis vivants ensevelis dans des gâteuses invraisemblables qui empêchent de discerner les sujet.';, nantis de couvertures et escortés de sacs de voyage, de valises et de malles.
Tous ces objets de forme bizarre, animés ou inertes, donnent aux corridors du château un fau.\ air d'hôtel de province un jour de comice agricole. Ces gens vont et viennent, apportant bagage, eau chaude et le reste.
Les portes s'ouvrent et se ferment, livrant passage à des figures d'invités ou d'invitées, inquiètes du sort de la valise qui renferme l'habit noir, ou du sac de bijoux qui manque à l'appel.
Le programme des courses est complexe.
Quelque chose comme un projet de fusion entre les classes dites dirigeantes et les couches nouvelles.
II s'agit, en effet, de s'amuser aristocratiquement, tout en faisant la part du suffrage universel, notre maître à tous.