‹ La province a chevalChapitre 39 sur 49 · MIS · texte numérisé non relu

MIS

Le rapporl.

Ceci est sérieux, et l'on décide que c'est au Gros-Chêne qu'il faut aller.

Le Gros-Chêne est au fond d'un pli de terrain assez profond, au milieu d'un carrefour dont les routes bordées par une haute futaie remontent toutes au sommet d'une sorte d'entonnoir.

Pavillon a mis pied à terre et est entré sous bois : ses chiens ont rencontré et commencent leur musique.

Un accord de trompe éclate : c'est la vue.

Le cerf a bondi sous le nez des chiens d'attaque après cinq minutes de rapprocher.

On découple : Trente chiens, a prononcé le grand maître de la fête, en désignant du fouet ceux qui doivent prendre part au lancer.

Il semble que le lieu ait été choisi à loisir pour faire [valoir la scène : les bardes, attachées chacune à un arbre, sont justement du côté du carrefour opposé à la coupe où l'animal est lancé.

Les chiens découplés traversent la route au galop, et, d'un bond, franchissent le fossé qui les sépare de la futaie.

Les chevaux sont frémissants ; ils voudraient s'élancer en même temps que les premiers chiens; ils sentent que la chasse est commencée, et ne comprennent pas qu'on retarde la poursuite.

Mes bons dadas, vous n'êtes que des utilités, et il s'agit de laisser la place

LA PROVIXCK A CHEVAL.

aux premiers rôles, les léiiors à quatre pâlies qui jcltenl aux échos leurs premières notes.

Les cLasseurs oui suivi les cliiens.

Quelques hardes restent attachées à leurs arbres respectifs, avec l'air tout décontenancé d'animaux qui ont eu de grandes espérances, complclement déçues maintenant.

Les pauvres toutous ont l'air affadi qu'aurait une aquarelle de de Penne tombée dans un baquet.

A gauche, deux ou trois valets de chiens, cramponnés à leurs laisses, courent à la lisière par laquelle on présume que débouchera le cerf attaqué, incident probable, si c'est bien le même animal qu'on a déjà chassé.

Dès le début, on voit quels sont les chasseurs friands de l'obstacle.

Un fossé assez large ferme le carrefour, ils l'abordent immédiatement, taudis que les autres, plus prudents ou plus ménagers des forces de leurs montures, suivent tranquillemcnl la route qui contourne le taillis.

[lemords. — J'ai cfrtuiDeinenf 'dépassé le maître de rêqnipagp, el le ccmMe de l'impolilesse, c'cBl qo'il m'a élé impoEstble de le saluer !!!

C'est le chemin choisi par les dames, peu nombreuses d'ailleurs, qui suivent la chasse.

En France, c'est déjà très-joli quand le beau sexe est représenté, et je ne me rappelle pas avoir jamais vu ici les tableaux que l'on aperçoit couramment en Angleterre : une demi-douzaine de jeunes fdles passant d'un même élan une barrière fixe à double travée, sans interrompre pour cela la conversation commencée.

Qu'est-ce qui vient d'arriver?

La moitié de ces messieurs sont à pied, et chacun discute.

Une chasse qui marchait si bien, et voilà un change.

La tète de la meute s'est divisée, et il n'est certes pas facile de distinguer le bon pied du mauvais, car les deux animaux sont de même taille et de même force.

Pierre, le vieux piqueur, qui, je le parierais, reconnaît les animaux à l'odeur, affirme que l'animal de chasse a pris à gauche, et la meilleure preuve en est que Ravaude est restée parmi les chiens embarques de ce côté; mais La Jeunesse est sûr que c'est à droite qu'il faut marcher, car il y entend la voix de Tonnante.

320 LA PKOVIMCE A CHEVAL.

Kn allomiaiil (iiriin Saloiiioii quelconque ait décidé, les frais du procès, représentés par de maîtres couj)s de l'ouct, sont supportés par les chiens (pi'on à pu ninqire.

La gent canine paraît, du reste, être d'avis aussi partagés que la race humaine, car, si bon nombre de chiens l'ont mine de s'élancer à droite, un assez bon groupe ne dissimule pas sa prédilection pour la gauche.

Derrière nous retentit la voi\ d'un retardataire, c'est celle du vieux Mirant, devenu le plus lent de tous les chiens de la meute, mais resté le plus sûr.

Nous sommes sauvés! et où il ira, il faudra aller.

Chacun remonte en selle, et l'on attend son passage.

Miraut opte pour la gauche, et les chiens incertains jusqu'alors s'élancent sans plus d'hésitation à sa suite.

Il n'y a pas à en douter, nous sommes sur la bonne piste, et cette fois encore c'est le vieux Pierre qui a vu juste.

II est radieux de voir son opinion conflrmée parle flair de son vieil ami Miraut, et c'est avec un entrain juvénile qu'il entonne un bien aller...

Page 1