‹ La province a chevalChapitre 40 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

EXCLl'SIVEMEXT COXSACRE Al'X ACCIDENTS LES PLl'S LSITES.

Il y a des gens qui ne peuvent se battre, raênie au premier sang, à moins de faire au préalable leur testament.

Ceux-là ne doivent pas manquer au moins de le relire, quand ils doivent chasser le lendemain

Outre la chance que tout cavalier a de se casser les reins, les fronts des cerfs et les hures des sangliers sont , en effet, surmontés ou terminés par des armes autrement terribles qu'un fleuret démoucheté.

I,A l'UOVIXriE A r.HKVAI,.

(]('.s animaux, qui, lorscju'oii les alla(]uc, oui parfois la uicchancclc' de se (léfcndic, font niioux, quand ils s'y nicllcnl, que de découdre un ou deux chiens acliarnos à leur poursuilc cl foiiccut volontiers sur leurs poursuivants luiniains, qui ne paraissent pas d'un grand poids au bout de leurs andouillers.

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Un cavalier et son cheval ne résistent pas mieux à un pareil choc qu'un enAxnt de sept ans au coup de poiny d'un maître boucher, et dans cette occurrence, il n'est pas besoin que le coup porte directement sur riiomme pour que sa situation soit diyne d'intérêt.

Il est lancé à une telle distance qu'il ne peut prévoir où doit aboutir sa chute, et que, semblable au sauteur marseillais, il a le temps de " s'embêter en l'air d .

^MSi^tâ

La dernière culbute de ce genre que j'aie vue n'a cependant produit aucun mauvais résultat.

Le veneur, le cheval et le sanglier, qui ont roulé en un seul groupe, se sont relevés tous trois à peu près intacts, et, l'instant d'après, tous trois galopaient à nouveau les uns derrière l'autre.

Voici comment les choses se sont passées.

LA PROVINCE A CHKVAL.

La nuit approchait, et le comte L. de C..., arrêté au milieu d'une ligne, attendait de pied ferme un sanglier chassé depuis plusieurs heures qui venait droit sur lui, et attendait, pour tirer, qu'il fût à belle portée.

Le coup part; mais, soit que la jument du comte eût remué, soit que son tir eût été gêné par le crépuscule, le sanglier, au lieu de rouler sur lui-même, comme nous nous y attendions tous, poursuit sa marche d'un élan plus rapide, et, passant au travers des jambes de la jument, la retourne comme une simple crêpe.

Jugez quelle culbute !

Elle fut complète en ce sens que le dos du cheval toucha le premier au sol ; par bonheui' le cavalier avait été jeté quelque peu de côté et ne fut pas écrasé, comme il s'y attendait, sous le poids de sa monture, mais sa trompe, qui avait supporté la pression de son corps, est demeurée depuis aussi aplatie que ces fleurs collectionnées entre les feuilles d'un livre j)ar les amoureux platoniques.

LA PROVIVCK A CHKVAL

Je me rappelle égalcmeiil un (Mpitainc de cliasse quasi royale qui, au (luieiil (le servir à la carabine un dix rors tenant tête aux chiens, fut cliaryé „'ec une telle impéluosilé, que nous aurions eu certainement à déplorer la lin trajjique de l'un de nos plus aimables causeurs, si, par un liasard |)r()videuliel, il n'avait relayé l'instant d'auparavant.

m avec

Grâce à la vitesse de son cheval, complètement frais, l'avance qu'il put prendre le mit rapidement hors d'atteinte, mais je vous affirme que les premiers moments de cette fuite désespérée n'avaient rien de rassurant pour les spectateurs.

Le cerf louchait de son mufle la croupe du cheval, et je n'ai, quant à moi, jamais eu aussi peur de voir des andouillers disparaître dans un uniforme de veneur.

A défaut d'accidents aussi tragiques, il est rare que toute une chasse se passe sans une chute quelconque, effrayante quelquefois, le plus souvent comique : d'autant plus que la culotte et l'habit accusent de leur note blanche ou rouge la position extraordinaire prise par le cavalier.

LA PROVIMCE A CHEVAL

Si la culotte est bien rcnij)lle, il y a telles combinaisons de lignes dont l'ellct est irrésistible, et, quelque empire qu'on ait sur soi-nu'me, il faut y aller de son éclat de rire.

Première position. — Le cheval qui vous précède a refusé l'obstacle et s'est piqué sur les deux pieds de devant.

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Vous voyez son arrière-main puissamment contractée, la selle vide, et le cavalier, cramponne au sommet de l'encolure, vous tourne exactement le dos, en s'efforçaut de se maintenir en équilibre sur ce support très-peu stable.

2'' posilion. — Vous avez passe un obstacle, et, par un sentiment de curiosité bien naturelle, vous regardez de quelle façon s'en tirent les chasseurs qui vous suivent.

L'uu d'eux fait panache :

Son cheval a touché également des deux genoux, de telle sorte qu'il s'élève

LA PKOVIX'CE A niKVAI,.

pcrpcadiiiilairt'iiiciit au-dessus de Tubslaclf, tandis que le cavalier plane coinnic un oiseau de proie eu Iraiu de choisir le ])oinl où il doit s'abattre.

T-^^^^iiiiip!

y position. — C'est un obstacle en hauteur, et qui demande au cheval un effort sérieux : le saut eu hauteur étant toujours plus déj)laçant que le saut en largeur, le cavalier a glissé sur la croupe et s'est accroché des deux mains aux quartiers de la selle ou à la crinière.

Vous ne voyez guère que le dos du cavalier et les jambes de derrière du cheval, de telle sorte que la queue de l'auimal parait plutôt appartenir au cavalier.

LA PROVINCE A CHEVAF..

A' position. — La cluile est accomplie.

Votre ami, peut-être uu de vos plus chers amis, est tombé à plat au foud d'un fossé pendant que sou cheval a contiuuc sa course.

Vous ne voyez que deux jambes qui s'agitent, ornées de leurs bottes et de leurs éperons; l'effet est irrésistible, et vous riez aux. larmes.

Dans les pays de meulières, espèces de cliausse-trapes remplies de boue recouverte d'herbe, la même chute produit un spectacle encore plus réjouissant.

Le cheval s'abat aussitôt que le sol manque sous ses pieds, et le cavalier, projeté en avant, se trouve fiché en terre la tète la première.

LA PROVIMCF, A ('.IIKVAr,.

(^(iiiimc il esl jncnaci! d'aspliyxic, s(îs jambes s'agilenl froiiéliqucniPnt, et ajoiileiil par leur lolé<]Ta|tliic désospéiTC à ranirnation de la scène.

Dans le Ucrry, où ces Irciiibles sont lrès-notiibreii\, on cite des cas de dis|)arition définilive, et des sauvetages aussi émouvants que celui du puisatier d'hleceiiilly.

Le marquis de M..., le vieux lonvelier bien connu, et qui mériierail, |)ar sa passion pour la cliasse et par bien d'autres particularités, de trouver un biograplie spécial, avait, à la nuit tombante, IVaiulii une baie qui coupait par le milieu une assez vaste prairie.

A l'époque dont il s'agit, le marquis, dont les débuts avaient été des plus brillants, et qui avait jadis atlacbé une grande importance à la tenue de ses équipages, avait dès longtemps, et pour des causes multiples, renoncé à toute ostentation. Sa mise était devenue plus que négligée, il n'avait plus qu'un ebeval, excellent, mais d'un aspect qui ne permettait pas de préjuger ses (pialités. Il fallait le voir à l'œuvre, sans quoi le plus grand connaisseur l'eût à première vue imj)iloyablement classé dans la catégorie des coursiers destinés à la remonte de AIM. les maraîcbers.

Après cette parentbèse nécessaire pour expliquer la tenue laiilaisiste, quoique scrupuleusement exacte, reproduite dans le croquis ci-dessus, revenons à nos moulons.

Du côte où il avait pris son clan, le terrain élait solide; mais de l'aulre, c'était le plus beau tremble qu'on put imaginer, et, du premier coup, le cheval y enfonça à mi-corps, et le cavalier jusqu'aux genoux.

'11' iv' 'H/Wj;!;.'-

A chaque effort de l'animal, le groupe s'enfonçait plus profondément, et malgré les appels désespérés du marquis, aucun secours n'arrivait. Les chasseurs étaient loin derrière, et pas un paysan à l'horizon.

Sa situation était critique, et le vieux veneur, aussi peu patient que profondément religieux, alternait les jurons et les actes de contrition, puis réembouchait sa trompe et sonnait à pleins poumons.

330 I,A l'ROVl.YCE A CHEVAL.

Cepoiidaiit il cnfonçail loiijoiirs.

Quand on arriva, le rlu'val avait coniplôloinciit disparu, cl le veneur n'avail |)lus hors de houe (jue \c inas(|iie.

Avec des rênes et des cordes mises houtàboul, (|u'oii parvint non sans peine à lui passer sous les aisselles, el auxquelles on dut atteler nn hœuf, on finit par l'extirper de son hain de vase.

Il en sortit avec le hruil d'un bouchon violemment tiré de sa bouteille.

Quant au cheval, il y est encore.

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