‹ La province a chevalChapitre 42 sur 49 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

E\ TEMPS DE GUAXDES M AXOEU V RE S.

Par le temps de service obligatoire qui court, chaque Français est, a été ou sera soldat.

Il en résulte que rien de ce qui touche à l'armée n'est indifférent à personne, — on le voit du reste, quand, les moissons terminées, le moment arrive où, sur l'ordre du général en résidence momentanée au ministère de la guerre, les troupes se mettent en devoir de simuler les opérations militaires les plus compliquées.

LA rHOVI.VCK A CHKVAL.

Dans les régions désignées comme devant servir de Ihéàlre aux manœuvres projetées, il n'est pas question d'autre chose un mois à l'avance, et l'ouverture de la chasse, qui coïncide généralement avec ces graves événements, s'en trouve tout naturellement reléguée au second plan.

11 ne s'agit plus de savoir si l'on sera invité chez tel ou tel propriétaire, mais bien de savoir dans le voisinage de quel châtelain aura lieu la principale bataille, et auquel des geuticmea du voisinage reviendra l'honneur d'hosj)ilaliser l'état- major.

Comme en province les amours-propres sont toujours en quête d'occasions de se montrer au grand jour, il s'agit d'arriver à se procurer au moins un général à héberger, et chacun se met à étudier l'annuaire avec frénésie pour y chercher si l'on ne connaît pas dans l'effectif mis en mouvement dans l'arrondissement quelqu'un de ces personnages que Boquillon appelle, avec son irrévérence habituelle, « une grosse légume « , par allusion à la graine d'épinards.

LA l'ROVIMCE A CHEVAL. 3:5

Si on le découvre, il n'est pas de bassesse à laquelle on ne se livre sans vergogne pour obtenir qu'il honore votre domaine de sa présence ; tout propriétaire tient à ce qu'on dise en montrant son château : C'est là qu'a demeuré le général X..., Z... on *** pendant les grandes manœuvres de cette année, avec tout son état-major.

Il y avait tant d'hommes au château et tant de chevaux aux écuries. Plus il y en a, plus le châtelain est satisfait.

Gomme disait Lhéritier dans je ne sais plus quel chef-d'œuvre de l'immortel Lfibiche, en montrant sur sa tabatière le portrait d'une belle inconnue qu'il faisait passer pour son épouse défunte, « cela llatte un veuf». De même, cela flatte un propriétaire d'avoir hébergé une iuq)ortante fraction de l'armée nationale.

Dès que les premiers éclaireurs ont fait leur apparition, tous les habitants ne quittent plus le pas de leur porte; chacun est aux aguets et veut être le premier à signaler l'arrivée des nouvelles troupes.

I,A IMIOVIMCK A r.HEVAr,.

An iiioiiulro bruil, rliacuii accoml, cl si l'on niloiul imc soiiiiorie (|ni'Icon(|iic à un kiloiiièlic, l(uit le iiiiiikIo se ])rcci|)itc' iliiiis la tlir('(,'li()i) oli elle a éclalé.

C'est un émoi général ; les paysans quillcnt leur cliarnie, les ménagères leurs inarniiles, et au moindre mouvement des corps en présence, les villages se vident pour se porter à leui- rencontre.

Rien de ce qui constituait la vie au cliàteau n'existe plus; le laun-tennis est désert, le crocket sommeille, et si l'on monte à cheval, c'est que c'est encore le moyen le plus pratique de suivre les évolutions devenues la préoccupation générale.

La plus vulgaire sagesse exige toutefois que les curieux qui choisissent ce moyen de transport, s'assurent au préalable que leurs montures sont insensibles à la mousqueterie et à la canonnade.

S'ils négligent celte précaution, ils ont tout à craindre de l'ouverture des hostilités, et ils courent le risque, à la première explosion, de se trouver complètement emballés ou prestement déposés sur le sol.

C'est surtout aux amazones qu'il faut éviter de donner dans ces occasions des animaux trop allants, qui pourraient les entraîner plus loin qu'il ne convient à la suite de MAI. les militaires.

On cite de fâcheux exemples, et j'ai entendu parler d'une très-aimab!e femme qui, emballée de la sorte, n'a pas encore réintégré le domicile conjugal depuis cet accident, qui s'est produit lors des manœuvres de 1877.

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En dehors des sentiments chauvins dont est animé à l'égard de l'armée tout véritable Français, le côté pittoresque du spectacle suffirait d'ailleurs à expliquer très-suflisamment l'empressement des populations.

Si la vue d'un bataillon en marche suffit à attirer sur son passage tout ce que Paris possède de badauds toujours empressés à admirer un tableau qu'ils

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