‹ La province a chevalChapitre 46 sur 49 · JU · texte numérisé non relu

JU

C'est un moment critique, et les inquiétudes du propriétaire qui compte monter son élève se font chaque jour plus vives.

300 I-A PROVIMCE A CHEVAL.

Un cheval bas du devant se selle difficilement, et c'est un travail malaisé que d'arriver à s'asseoir sur ses hanches.

De un an à dix-huit mois l'équilibre se rétablit peu à peu, et vers l'âge de deu.\ ans l'animal est arrivé à un aspect à peu près normal.

Mais c'est alors une autre affaire, l'avant-main se met à pousser avec une vitesse imprévue.

Le garrot monte à vue d'œil, pendant que le rein s'abaisse.

Et bientôt on est en présence d'une manière de girafe dont les jambes de derrière se courbent au coude, et où commence à apparaître le fatal jardon.

Celte période, pendant laquelle le producteur éprouve les émotions les plus douloureuses, est heureusement relativement courte.

La ligne du dos reprend bientôt une direction à peu près horizontale, et les craintes que le futur cavalier avait de glisser dans l'avenir derrière la queue de sa monture se dissipent déflnitivement.

L'animal se trouve encore une fois à peu près d'aplomb, mais il reste

LA PROVINCK A CHEVAL.

lourd, rond — disons le mot, il est boudiné comme un cochon ; — l'encolure reste courte et chargée, la croupe est molle et ronde, la queue mal attachée, les tendons sont serrés aux canons, et la tête, commune, est d'une grandeur démesurée : — bref, il n'a rien du père, et les qualités de la mère ont complètement disparu.

Triste, mais c'est ainsi.

Question d'atavisme, et le stupide animal, au lieu de ressembler tout bêtement à l'un de ses parents, s'est avisé d'aller ressembler à quelque grandoncle inconnu.

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11 n'y a plus d'illusion à se faire, c'est un simple rossard dont on aura de la peine à trouver huit cents francs, et encore faudra-t-il qu'il soit d'un caractère exceptionnel qui permette à son acquéreur de s'en servir à toutes fins.

D'ordinaire, c'est précisément lorsqu'il vient de faire cette déplorable découverte que l'éleveur amateur a l'idée de rechercher dans ses livres le montant des dépenses qu'il a faites.

En additionnant le prix de la saillie, l'avoine donnée, l'herbe inangée, la part des gages de l'homme chargé de le soigner, les visites du vétérinaire,

l,A PKOVINCr. A r.lIKVAF,.

les Irais de dressage, de i'crrurc, il coiislale avec iiii effroi mêlé d'étonnement que ses déboursés inonleul à un lolal l'antaslique, el qu'il a gaspillé une somme qui lui aurait permis de ehoisir daus l'écurie du marchand le plus cher un ciieval réunissant toutes les qualités désirées.

11 est trop tard pour réparer l'erreur commise, et, disons-le, c'est pain bénit, car ce serait d'un exemple déplorable, si des tentatives aussi saugrenues venaient à donner de bons résultats.

On ne s'improvise pas éleveur, et il est moral que les gens qui ont l'oulrecuidance de se croire capables de tout l'aire sans avoir rien étudié, apprennent à leurs dépens que tout apprentissage se paye.

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