CURIEUX EXEMPLE DES EFFETS PROTECTEURS DE CENTRALISATION
Le principal argument des centralisateurs consiste à faire grand bruit de la surveillance éclairée du pouvoir central, qui protège les petites communes contre leurs propres écarts, et fait obstacle aux intempérances des vanités locales, trop souvent disposées à consentir des dépenses au-dessus des ressources.
En supposant que les choses se passent ainsi et que la pro« tection dont on nous parle soit réellement efficace, ce raisonnement nous toucherait peu. Car si on Tadmet dans la question de liberté communale, il faut l'admettre dans toute autre question de liberté. Le droit d'agir, en effet, comporte toujours le droit d'abuser ; et pour éviter l'abus, le meilleur moyen est de permettre l'usage. Pour apprendre à marcher, il faut que l'enfant tombe; mais, si pour éviter les chutes on le clouait sur un fauteuil, il ne faudrait pas longtemps pour m faire un paralytique. Nous repoussons donc une surveil-
lance qui ne s'accomplit qu'aux dépens de la vitalité cominnale, une protection qui ne s'obtient qu'au sacrifice de b dignité humaine. Nous aimerions mieux voir quelques conmunes se ruiner par la liberté tandis que les autres se dérelopperaient par elle, que de les voir toutes ensenable terminer une stérile existence dans la paralysie générale de la tutelk.
Que sera-ce donc si le surveillant ferme les yeux, si k protecteur ne protège pas, si le tuteur se fait complice des prodigalités de son pupille? Pour sipaler le véritable eut des choses, et les garanties illusoires qu'offre la centralisatiim, il nous suffirait de faire l'histoire des emprunts départemeataux et communaux, de compter les chiffres accumulés qui grèvent toutes les fractions du territoire. Il nous suffirait de parcourir aujourd'hui les principales villes s'évertuant i démolir et à bâtir, à l'imitation de Paris ; grossissant l'impôt additionnel et multipliant les emprunts pour satisfaire à de somptueuses fantaisies; entassant sacrifices sur sacrifices poer entasser pierre sur pierre, et tout cela avec les encourag^ meots, les excitations, presque les contraintes du tuteor général. Mais la matière est trop vaste et le sujet trop abondant. Nous préférons donc nous restreindre dans un modeste exemple, qui n'est pas le seul assurément, mais qui pent servir à donner la mesure des autres.
Il s'agit d'une bien humble localité et d'une seule afiaire bien simple. L'enseignement n'en sera peut-être que plos profitable ; car si dans une sphère aussi étroite, un préfet a pu entasser les abus de pouvoir, couvrir de l'égide centrale les irrégularités d'un maire , et autoriser, bien plus, profoquer des dépenses ruineuses, on peut juger de l'efficacité de la tutelle, lorsqu'il s'agit d'afiaires multiples et compliquées, dans des centres importants.
Garons est une commune rurale située à neuf kilomètres de Nîmes.
Elle ne possède aucun bien productif de revenu. La somme totale de l'impôt qui se monte à 5,806 francs, doit donc être prélevée sur ce qu'en termes de finance on appelle la matière imposahley c'est-à-dire sur les habitants, qui sont au nombre de 925.
Or, c'est sur cette matière imposable que vont s'exercer, d'une part, le maire et le conseil municipal, d'autre part, le préfet.
Quant à l'autorité municipale, il est de principe, chez les centralisateurs, qu'elle doit nécessairement être imprévoyante. Quant au préfet, c'est autre chose. Il est, selon eux, le gardien éclairé des intérêts, le protecteur contre les écarts, 1% providence des villages. Nous allons voir si la morale de notre histoire est la confirmation de cette thèse.
La population de Garons est très-catholique : considéra-* biement accrue depuis une trentaine d'années, elle se trouve, aux jours de grandes fêtes, très à l'étroit dans l'église actuelle, et depuis longtemps elle désirait avec une ardeur méridionale que l'édifice fût agrandi.
Son désir était d'ailleurs surexcité par le zèle du curé qui mettait un amour-propre personnel à développer la Maison do Seigneur.
Le maire, de son côté, poursuivait avec chaleur une mesnre qui pouvait lui donner une popularité dont proba- Mement il avait besoin. Car il n'était pas au nombre des conseillers municipaux, et avait été nommé par le gouvernement en dehors du conseil élu.
Ce dernier fait est important à consigner. Toutes les irrégularités municipales appartiennent dès lors à un homme
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du gouvernement et non plus à un mâgislrit éla par ses
concitoyens. Si le conseil y participe, c*est qu'il y a nue pression constante de la part d'un maire représentant du pouvoir et non de la eommune.
Ajoutons» toutefois, que les vœux de la population étaient si prononcés, que les conseillers, partageant d'ailleurs les mêmes sentiments, n'étaient que trop disposés à se laisser aveuglément entraîner.
C'était précisément une de ces circonstances exeeption^ ; nelles, où le pouvoir central pouvait exercer une action bienfaisante, en tempérant le cèle, en modérant les sacrifices.
Voyons comment le préfet accomplit sa mission. i Les faits que nous allons raconter sont extraits d'un Mémoire imprimé soumis en consultation au barreau de Paris. C'est une histoire d'aujourd'hui, et même non encore achevée ; car le conseil d'État est saisi de la question.
Pour se mettre en mesure de satisfaire à l'empressement des habitants de Garons, l'autorité municipale avait eu soin, pendant quelque temps, en dressant ses budgets annuels, d'y porter des crédits plus élevés que ne l'exigeaient les besoins réels.
Elle fit plus : à partir de 1851, elle inscrivit successive* ment aux budgets de 1852, 53 et 54 une imposUtêm extraordinaire de 600 francs pour la première année, de 1 ,000 francs pour la seconde et de 2,000 francs pour la troisième, le tout mis en réserve pour servir aux futurs travaux # l'église. Ces budgets furent revêtus de l'approbation du préfet. L'imposition extraordinaire avait, d'ailleurs, été votée, suivant la loi, avec le concours des plus imposés doublant le nombre des conseillers municipaux. Il y avait accord