CAPITULATION DE YON-NAN-FU
SOUS prétexte de faciliter la négociation, de changer la dernière syllabe de son nom, Hsien en celles de Ju4ungj et celui-ci y ayant consenti avec l'approbation de Ma Tê-hsing, le Fu-t'ai et ses collègues purent, sans offusquer leurs supérieurs, représenter comme le libérateur du pays celui qui, la veille encore, était d'après eux le pire des malfaiteurs.*
Ne voulant pas être en reste vis-à-vis de Ma Tê-hsing, ils lui offrirent le grade de Tao-fai (intendant de cercle), mais le grand-prêtre déclina cette faveur et se déclara satisfait d'avoir été l'un des promoteurs de la paix. Il accepta toutefois une pension mensuelle de 200 taëls, que les mandarins, désireux de conserver son appui, lui offrirent avec une rare délicatesse.
En ce moment, le gouvernement impérial se trouvait dans une situation très embarrassante et ne pouvait soumettre à une enquête minutieuse les nominations qu'on lui proposait; néanmoins, il les approuva. La grande rébellion des T'aipings régnait alors dans plusieurs provinces ; les raahométans du Shan-hsi et du Kan-su et les Miao-tzû du Kuei-chou tenaient tête aux armées impériales, et ces luttes intestines avaient épuisé le trésor et le pays. Le gouvernement, hors d'état de s'occuper efficacement du Yilti-nan, était trop heureux d'approuver les changements officiels, proposés même irrégulièrement, qui pouvaient ramener Tordre et la tranquillité.
La soumission de Ma Hsien (que nous appellerons désormais Ma Ju-lung, de. son nouveau nom) et de son armée^ n'entraîna pas, comme on pourrait le croire, la pacification de la province et n'inaugura point encore une ère nouvelle de prospérité ; elle ne fit que donner des forces au gouvernement et changea le courant de l'insurrection. Elle ôtait aux
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muftiilmans tout motif sérieux de continuer leur campagne puisque, grâce aux concessions des autorités, et forts de Tappui de ^la Te-lising et de Ma Ju-Iung, ils pouvaient dorénavant se livrer au travail. Leur vengeance même ne pouvait exiger plus que le châtiment qu'ils avaient, depuis le début des hostilités, réussi à infliger à leurs persécuteurs; néanmoins, la province ne rentra pas dans le calme. Beaucoup de gens avaient contracté l'habitude de cette vie de combats et de pillage et répugnaient à reprendre des occupations paisibles; d'autres étaient mécontents de la position subalterne qu'on leur offrait dans l'armée impériale. Ces considérations firent que Ma Ju-lung et son armée furent presque seuls h se soumettre. Toute la partie occidentale qui obéissait aux ordres de Tu Wen-hsiu, alors Yiian-shuai resta plus que jamais hostile aux autorités chinoises.
D'un autre côté, Liang Shih-mei, qui montra tant de vigueur dans le département de Lin-an lorsque ce district était menacé, furieux et jaloux du compromis qui accordait tant de faveurs à ses ennemis, se déclara indépendant du gouvernement provincial. Ce dernier se trouvait donc aux prises avec une double insurrection, mais sa situation était bien meUleure qu'auparavant jnusqu'il pouvait compter sur la forte armée de Ma Ju-lung, lequel s'occupait déjà activement des armements militaires afin de pouvoir enti'eprendre une campagne contre Liang Shih-mei.
1861 . — Lorsque Ma Ju-lung fut installé dans ses nouvelles fonctions et qu'il fut au courant de la marche de« affaires, le T'i-tu Lin Tzu-clnn, qui voulait se retirer, lui remit la direction des opérations militaires. Ce mandarin, que nous avons vu exercer la dictature dans la capitale et