MA JU-LUNG MARCHE (^ONTRE UN-AN
A cette époque se place la raort de Fempefeur Hsien-fêng (21 août 18G1), événement qui passa presque inaperçu et n'eut aucun effet sur la situation.
Ma Ju-lung parvint ainsi jusqu'aux abords de la plaine de Lin-an, dont la population, n'oubliant pas qu'il était leur ennemi de la veille, le reçut avec beaucoup de malveillance et entrava ses mouvements. Les indigènes, que Liang Shihmei avait su gagner par d'adroites promesses, figui'aient, eux-mêmes, dans les rangs des défenseurs et, connaissant à fond le pays, ils auraient réduit à néant le plan de Ma Julung, si quelques villages à l'est ne lui avaient conservé leurs sympathies.
Cette campagne ne fut qu'une succession de combats meurtriers, mais Ma Ju-lung, malgré la résistance opiniâtre qu'il rencontra, fut constamment victorieux et put arriver sous les murs de la ville. Ce général faisait de grands préparatifs de siège lorsque des dépêches urgentes le rappelèrent immédiatement à la capitale et lui firent perdre le fruit de ses succès.
1862. — Que s'était- il passé dans le chef- lieu de la province? Un certain Ma Yung (|| ^), auquel Ma Ju-lung avait donné le grade de tsan-chiang* (^ ^) et qui était depuis la convention à Wu-ting-chou (^ ^ itl)i avait profité du départ de son supérieur pour venir à YUn-nan-fu sous prétexte de prendre part à l'expédition contre Liang Shihmei. En réalité, il était mécontent de sa nouvelle position et n'attendait qu'une occasion de faire un coup de main. Afin de ne pas donner l'éveil aux autorités, il entra d'abord dans la ville avec une faible partie de ses soldats, puis,
1 Grade équivalent à celui de colonel.
TS LA KÙ:KLL1«»X MISILMAXE AU VCX-NAX
Ii>rs*|uc i'oux t|ui l'tHÎeiit restés ilaus le voisinage renrent rejoint ik'U à ihmk il s\*nii»ara de toutes les positions stratéjriqnes de Yun-nan-fn. Le viee-roî lui enjoignit en vain de eontinuer s;i ma relie sur Lin-an : il n'en fit rien, et bientut même il lan^a si's si»Klats sur la \ille qu'ils pillèrent en jMmie, et établit ensuite de forts eamiM^ments aux diiféreute« |H>rtes,
Peuple et mandarins, terrifies pîir eet audacieux coup de main, tournèrent leurs regards vers Ma Tè-lising qui pouvait seul, par le res|Hvt qu'il inspirait à tous les partis, réprimer ee soulèvement. Le grand-prètre s'épuisa en vains effort» pimr persuader Ma Yung de rentrer dans le devoir; ee dernier lui avoua eynit|uement que siui but était de s'emparer des rieliesses de la ville et de se déelarer indépendant; il pnqK»S2i même à Ma Té-bsing de le mettre à la tête de 8e« partisans.
C'est dans eet état de eboses que le vice-roi Pan alla en persimne tnniver Ma Yung prnir tâcher d'arriver à un arrangement amiable, mais cette honorable démanche n'aboutit qu'à un nouveau méfait : Ma Yung, irrité de l'attitude calme et impassible du vice-nù, se laiss;) aller à rim})étuosité de son caractère, et le fit assiissiner au moment où il se disposait à entrer dans son palanquin [20 mai*s).
La poi)ulation consternée voyait déjà dans cet assassinat le signal du massiUTe et du pillage. Au milieu de la perplexité générale, on ne songea (|u'à gîigner du temps afin de donner à Ma Ju-lung les nu^yens de déli\Ter la ville.
C'est probablement ce motif qui guida les mandarins, poussés par l'opinion publique, à ott'rir la vice-royauté à Ma Té-hsing qui, pensaient-ils, grâce à ses anciennes relations
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avec les rebelles et comme chef de leur religion, pourrait peut-être détourner Torage dont la ville était menacée. Le grand-prêtre accepta avec empressement cette dignité temporaire (mai). Il prit possession du Ya-mên du vice-roi, oîi tous les mandarins vinrent lui présenter leurs hommages et lui remirent le sceau officiel. Le Fu-fai HsU Yiian-clii, épouvanté des conséquences que cette nomination pouvait avoir pour lui, et réduit à Timpuissance par l'extrême danger de la situation, en perdit la raison.
Le grand-prêtre à peine nommé. Ma Yung entrevit l'espoir d'agir de concert avec lui et ouvi'it les négociations à cet eflfet. Ma Tê-lising, afin de gagner du temps, fit traîner ces négociations en longueur et donna ainsi le temps à Ma Julung de paraître, avec son armée, sous les murs de la ville. Désespéré d'avoir perdu des moments précieux en poiu'par- 1ers, Ma Yung n'avait plus qu'un parti à prendre : conserver par les armes ce qu'il avait conquis par la ruse.
Ma Ju-lung, qui avait des intelligences dans la place, en força vite l'entrée, et une lutte meurtrière s'engagea dans les iTies; ce ne fut qu'au bout de cinq à six jours qu'il réussit à chasser les intrus de la cité (juillet). Il déposa immédiatement Ma Tê-hsing, dont la mission était du reste terminée, et s'occupa de réparer les désordres commis pendant son absence. Il envoya une partie de ses troupes à la poursuite de Ma -Yung, qui, avec ceux de ses soldats restés fidèles, s'était réfugié dans les numtagnes de Hsun-tien-eliou (^ ^ iti)- (^'<îî!^t là qu'il fut pris après une courte résistance, au moment ou il se préparait à rejoiiulre les rebelles qui occupaient les environs de Hui-li-chou (^ 3^ ^\ dans le Ssil-clùian. Ramené sous bonne escorte à la capitale, il
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fat fX[Kif«4^ pendant un mois daiLs ane eag^e de fer, pnk. lorsque le |>euple eut été convaincu de îm>d identité, il fiit condamné à avoir le« jarrets coupés et à être ensnite décapité par dix coups de sabre.
r^ conduite de Ma Ju-lung dans cette affaire et la punition cruelle qu'il infligea à Ma Yung furent, aux yeux des mandarins, un nouveau gage «le sa sincérité, et domièrent au peuple une nouvelle confiance dans Tavenir.
L'ordre rétabli, des dépêches furent envoyées à la conr de Pékin jiour l'informer de ce qui venait de se passer. (*elle-ci approuva les actes de Ma Ju-lung et nomma Lao Tsung-kuang (^ ^ ^t)' ^^^^ Fu-fai du Knei-chou, ani fonctions de vice-roi du Yun-kuei* (^ ^). Ce fonctionnaire, qu'une disgrâce avait amené dans ces parages, avait eu une carrière accidentée. Il occupait un poste élevé à Canton quand les Anglo-Français se présentèrent devant cette ville, et, à cette occasion, il fut accusé d'avoir entretenu des relations avec l'ennemi et mis en disponibilité. Sa punition fut toutefois de courte durée, et il fut bientôt nommé Fu-fai du Kueichou. 11 se distingua dans Texercice de cette chai^ en réorganisant une administration bouleversée. Il accorda aussi une plus grande latitude aux missionnaires, qui se plaignaient des entraves que le gouvernement apportait à la liberté de leurs mouvements.
186 S. — Ma Ju-lung, depuis son retour à la capitale, ne pensait plus à renouveler son expédition contre Lin-an; il attendait l'arrivée du vice-roi avec impatience, afin d'aller réprimer les rebelles de Ta-li, qui menaçaient d'avancer audelà de Cliên-nan.
* C'est-à-dire du YUo-uan et du Kuei-chou.