‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 127 sur 174 · INTRIGUES POLITIQUES DU FU-T'AI · texte numérisé non relu

INTRIGUES POLITIQUES DU FU-T'AI

laissa la plus grande partie de ses troupes sous les ordres de son général IIu (^J^), qu'il chargea de maintenir . libre la route de Yung-ning, où se montraient des bandes de pillards. Le commerce, stagnant à cause du peu de sûreté des routes, commençait à refleurir : une partie des négociants qui avaient fui au moment du danger, rentrèrent dans leurs foyers, et la douane de Lao-wa-t'an, la plus productive de la province, vint contribuer au rétablissement des finances. Tout l'argent provenant des autres octrois et des crédits mensuels que le gouvernement avait ouverts dans six provinces était versé au trésor et mis à la disposition du viceroi, qui le distribuait selon les besoins de chaque corps d'armée. Le Fu-tai aurait voulu obtenir l'administration de ces ressources et en disposer à sa guise; mis de côté par le vice-roi, il eut recours, pour en venir à ses fins, à ses armes habituelles, la corruption et l'intrigue. Il écrivit à Pékin que dans l'état actuel de la défense, ses ressources pécuniaires étant très limitées, il ne lui était pas possible d'obtenir la libération du teiTitoire ; mais que, si le gouvernement impérial lui en fournissait les moyens, il se chargeait de donner une grande impulsion aux affaires et d'arriver à une prompte solution. Ce mémoire, accompagné d'un cadeau important à l'adresse d'un des hauts dignitaires de l'empire, eut le résultat auquel s'attendait son auteur. Le gouvernement, voyant que le vice-roi n'avait encore rien fait de notable, lui retira la moitié des crédits qu'il lui avait alloués et les transmit au Fu-tai. Ce dernier, enivré d'une telle faveur, ne mit plus de bornes à son ambition, et le sceau de la vice-royauté devint l'objet de sa convoitise. H envoya un Liang-fai du grade de Tao-fai à Chung-ch'ing-fu avec l'ordre de hâter la renti-ée des fonds, et assuré désormais

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que l'argent ne lui manquerait i)as, il renforça ses coi'ps et se disposa à aller rejoindre ses troupes qui opéraient devant Cireng-kung-lisien. L'amvée du viee-roî retiirda quelque peu son départ, et bien qu'il n'eût aucune sympathie pour ce fonctionnaire, il l'aceueillit avec les démonstrations de la plus sincère cordialité.

Dès son entrée en fonctions, le vice-roi se trouva très embarrassé : il ne connaissait point les affaires eu cours d'exécution, et même avec le conc^mrs de Ma Ju-lung, il ne voulait prendre aucune initiative. Il n'osait se décider à rien sans avoir eu au préalable l'approbation du Fu-f ai, et comme le Fu-t ai ne la donnait jamais, force lui était d'accepter tout ce que faisait ce dernier. Ce manque total de volonté i)orta le deniier coup à l'autorité du vice-roi, et, à partir de ce moment, le Fu-t ai ne le regarda i)lus que comme un instrument à sa dévotion.

Ma Ju-huig, que la conduite de son ancien protégé et l'insigne faiblesse du vice-roi avaient péniblement affecté, éprouva une déception nouvelle qui faillit porter ime grave atteinte à son crédit : Yang Wei, qu'il traitait avec toutes sortes d'égards, prit la fuite en emportant quelques fusils de luxe, dont le Tl-fai lui avait fait cadeau. Ma Ju-lung, sur qui planaient des soupçons de complicité, envoya aussitôt à la recherche du prisonnier, mais on ne put reti^ouver sa trace. Sa femme, qui avait probablement facilité l'évasion, refusa de donner aucun renseignement. Quelque temj)s aj)rès on apprit <iu'il était arrivé à Ta-li-fu, et qu'il s'wcupait d'organiser une autre expédition contre les impériaux. Dès lors. Ma Ju-lung, qui s'était porté garant de la pai\ile de Yang AVei, tît exécuter sa femme sur la j)lace publique, où une foule immense vint assister à la mort de cette héroïne.

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