LE FU-T'AI ASSIÈGE CH^ENG-KUNG-HSIEN
La libération de la ville ne pouvait être aussi complète que le croyait la population ; car, la plus grande partie des familles musulmanes qui s'y étaient réfugiées étant étrangères au département, il fallait attendre, pour régler la question d'évacuation, que les localités dont elles étaient originaires fussent reprises sur les rebelles; cet état de choses continua pour elles jusqu'en 1871, époque à laquelle la réoccupation de plusieurs bom'gs environnants permit de rendre à chacun sa propriété.
Ma Ju-lung envoya quelques bataillons contre Hsiao-tungk'ou (>J\ ^ P), Han-i-tsun ('^ H ;(îîj'), Ta-tung-kou (^ ^ P ), villages situés à 80 lis de la ville, dans les montagnes et à l'entrée de la plaine de Tung-hai. L'expédition ayant échoué et la saison des pluies arrivant, il revint dans la capitale* avec son armée après une campagne de six mois, se promettant de continuer son itinéraire ainsi que le lui avait tracé la cour de Pékin, aussitôt que la saison serait favorable.
Le Fu-t ai était toujours à Ch'eng-kung-hsien, où il attendait que ses troupes eussent chassé les rebelles des positions qu'ils tenaient sur les hauteurs qui dominent la plame de Ch'éng-chiang-fu. Ces derniers, sachant que leurs adversaires ne leur feraient point de quartier, se battaient avec cette ténacité qui caractérise les fanatiques musulmans, de sorte que les impériaiux n'avançaient que très lentement et en perdant beaucoup d'hommes. Quand le Fu-fai apprit la
^ Ma Tê-hsing était resté à Yiin-nan-fu ; mais il vivait retiré depuis la capture de Ma Yung. La plaine et la ville de Hsin-hsing une fois rendues à Tadministration provinciale, il alla s'établir à Ta-ying-t'ou parmi ses coreligionnaires, et quoique fort avancé en âge (il avait alors soixante-dix-neuf ans), il se maria avec une jeune veuve.
victoire de Ma Ju-liing, qui avait eu à surmonter, disait-on, des obstacles considérables, son amour-propre fut sensiblement froissé, et à partir de ce moment il n'épargna rien pour triomplier à son tour. Il mit la tête des insurgés à prix et celle des chefs en particulier, puis il se rapprocha du centre des opérations et offrit une somme de 300 taëls pour chaque fortin que prendraient ses braves. Ce moyen fut assez efficace : les bataillons, au risque de perdre du monde, entraînés par l'appât de Targent, se précipitaient sous le feu meurtrier des rebelles qui ne lâchaient pied qu'à la dernière extrémité. Enfin, après quelques mois de luttes et d'énormes sacrifices, le Fu-fai réussit à prendre position dans la plaine, où d'autres difficultés non moins sérieuses l'attendaient; tous les villages, tous les points stratégiques étaient barricadés et prêts à la résistance; il fallait faire le siège d'un village après l'autre avant d'arriver au pied des remparts, oii une autre défense non moins énergique était préparée.
Yang Shcng-tsung, qui ne pensait toujours qu'au grade de mandarin qu'il avait perdu, n'ayant rien a faire depuis son retour de Hsin-hsing-chou, alla offrir ses seniees au Fu-fai, qui les accepta. Il espérait que ce semblant de patriotisme, joint aux services qu'il avait rendus dans les campagnes précédentes et au siège de Hsin-hsing en particulier, seraient de puissants auxiliaires pour racheter sa faute.
Bien que l'année du Fu-tai eût reçu des renforts considérables et cinq ou six pièces d'artillerie venues de Nankin, avec des canonniers qui en connaissaient la manœuvre, il avançait lentement. Tout présageait que le siège serait long, coûteux et meiirtrier, mais il était évident que la victoire devait finalement rester aux impériaux.