LE RAPIDE DE LUNG-MEN
nombreux qui obstinieut le chenal. Sur tout le trajet fait aujourd'hui, nous avons passé près de quelques bateaux à moitié coulés, dont les marchandises étaient étalées à sécher, résultat probable d'un choc contre quelque roche.
Ce matin, nous avons franchi le rapide de Lung-mên (jH P^), non sans peine; la différence de niveau en cet endroit est considérable, et les rochers qui obstruent le milieu de la passe obligent les bateaux à des détours qui augmentent beaucoup les difficultés ; mais, grâce au concours rétribué, et dès lors toujours empressé, des riverains, nous n'avons pas eu d'accident à déplorer. Pendant la journée, un certain nombre de petits rapides, où le halage a été parfois difficile, ont retardé notre marche; néanmoins, nous mouillons à six heures du soir, à Pei-shan (:|(J ji|), gros village assez important.
Le fleuve, quelquefois resserré, devient très large et le courant plus faible; les bancs de sable et les roches ne se montrent plus qu'à de rares intervalles; une petite brise du nord-est nous pousse agréablement, mais il est dit que nous n'arriverons pas sans encombre : à la suite d'une fausse manœuvre, notre gouvernail se brise, et nous profitons de ce contretemps pour aller visiter des sucreries indigènes.
Le 26, deux pagodes à plusieurs étages signalent, à 20 lis en amont et en aval du fleuve, l'approche de Ho-chiang-hsien. Cette cité manufacturière renferme une population très dense, adonnée au tissage de la soie, laborieuse, afiable et hospitalière, mais aux habitudes moins mercantiles et aux mœurs plus simples que les habitants des villes situées plus bas sur le fleuve. Elle a été fort éprouvée pendant les inondations de 1868 et 1869; ses faubourgs, qui formaient environ lin tiers de la ville, ont été entièrement détruits par les eaux.
40 DE CU'UNG-CiriNG A YÛN-NAN-FU.
Le district produit, en dehors des denrées communes à tout le bassin, de l'indigo, qui s'exporte sur le marché de Chung-chuig.
Aujourd'hui 27, après bien des efforts, nous mouillons à six heures du soir à Man-t\)U (^ ^). A quatre heures, nous avons passé devant Lao-lu-chou (^ y^i ;^), qui tombe eu ruines; quelques terrassements et des pans de remparts encore debout marquent seuls l'emplacement qu'elle a occupé. C'est là une des nombreuses catasti'ophes causées par l'inondation. Dans cette partie de la vallée, les montagnes se rapprochent du fleuve, dont le lit, plus étroit, est encombré de bancs de galets. D'énormes quartiers de roche le divisent en deux bras et donnent ainsi naissance à de forts courants, que nos hommes remontent avec peine. Heiu-eusement le magnifique paysage qui se déroule souij nos yeux, à mesure que nous avançons, vient faire diversion à la monotonie et aux lenteurs du voyage.
Malgré la saison avancée, une végétation abondante couvre encore la campagne, et nous éprouvons une impression de bien-être en admirant ces collines et ces montagnes que la culture a partout envahies.
28 décembre. — Lu-chou (y^ j{|), situé h l'angle d'un coude que fait le fleuve, était naguère une des cités les plus commerçantes du Ssil-chuan. Depuis une époque qu'il est difficile de préciser, une grande partie de son commerce s'est transporté à Ch'ung-ch ing, où les marchands se contentent de maintenir des comptoirs pour l'échange de leurs produits. Cette ville n'en demeure pas moins un lieu de transit fort important, et surtout im centre manufacturier, oii sont tissées