DE CH'UNG-CU'ING A Y(ÎN-XAN-FU
Les nouvelles embarcations sont plus longues et moins étroites que celles du Yang-tzû, le fond en est également plus solide afin de pouvoir les traîner sur les cailloux, et lorsque, malgré leur faible tirant d'eau, le chenal n'a pas une profondeur suffisante, un aviron, placé à l'avant, aide à évoluer dans les passages difficiles. Nos bateliers sont tous d'avis que, malgré l'assertion des marchands que nous avons rencontrés avant-hier, ils sont certains de passer ; cette confiance nous fait espérer que nous n'éprouverons pas de retard. Le lettré qui nous accompagne est parti hier par terre pour Yungning ; ayant sur nous quelques jours d'avance, il aura le temps
de tout préparer, pour la continuation de notre voyage.
La rivière, large de 65 mètres environ à son embouchure, se rétrécit bientôt de moitié et coule encaissée entre des collines verdoyantes ; cependant, le courant est à peine sensible, et nous naviguons tout le jour au milieu d'un paysage des plus pittoresques et sans rencontrer un seul rapide. Les hauteurs qui nous entourent sont couronnées de fourrés de bambous presque impénétrables; dans les vallées, bien cultivées, des plantations de thé ou de pavots tranchent sur les cultures potagères en plein produit. Çà et là, on exploite ce bambou d'une qualité spéciale désigné sous le nom de ching-chu (^ ^), et dont on fabrique des papiers de toutes sortes que cette rivière fournit partout en grande quantité aux marchés du Yang-tztt ; aussi s'explique-t-on la sollicitude avec laquelle le paysan de ces parages favorisés sait aménager les coupes et prévenir le dépeuplement de ces forêts qui lui procurent son bien-être.
3 janvier.- — Nous quittons notre mouillage de très bonne heure; le temps est clair. Nous passons devant plusieurs villages, où tout respire le travail et le calme; des temples