‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 16 sur 174 · RAPIDES · texte numérisé non relu

RAPIDES

bâtis au milieu de bouquets d'arbres et toujours fréquentés, des colonnes élevées au dieu protecteur des voyageurs, dénotent à chaque pas, en même temps que ses penchants religieux, les mœurs hospitalières de la population.

La navigation devient plus difficile : des roches pointent dans le chenal ; les hauts-fonds se succèdent fréquemment et nos barques touchent à chaque instant ; néanmoins, le courant est encore si faible que nous parcourons 80 lis dans la journée.

4 janvier. — Vers onze heures, nous pénétrons dans une gorge étroite; la rivière est tellement resserrée entre des falaises presque à pic que deux barques ont beaucoup de peine à se croiser ; dans ces passages difficiles le courant est presque nul. Sur le flanc des montagnes un chemin a été taillé dans le roc afin de faciliter le halage; il offre aussi une voie de communication par terre entre Na-chl-hsien et Yung-ninghsien (^ |^ jp^). Aux difficultés sans cesse croissantes s'ajoute bientôt la rencontre de rapides, qui présentent des dénivellements de 1 mètre à 1" V^; mais la nappe d'eau manquant de profondeur, et notre équipage trouvant toujours, aux moments critiques, l'aide intéressée des riverains, nous franchissons sans trop d'encombre ce mauvais pas et, vers quatre heures, nous débouchons dans ime vallée fertile, que nous suivons jusqu'à la nuit

5 janvier. — Ce matin un brouillard intense couvre la campagne; nous passons successivement plusieurs ban-ages formés par les galets que charrie l'eau à l'époque des crues et sur lesquels il faut littéralement traîner les bateaux; la rivière est presque partout à sec et, d'après ce que disait hier notre chef d'équipage, il est à craindre qu'elle ne descende

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en attendant le départ ; 105 charges sont déjà prêtes, il nous manque encore 10 à 15 bêtes et un certain nombre de coolies pour prendre le restant, mais comme nos gens ont traité à forfait pour un voyage de vingt-deux jours, les chefs veulent se mettre en route. Il est alors décidé que nous les suivrons en compagnie de Tch êng \ et de deux domestiques ; M. Dupuis et le lettré Wang formeront Tarrière-garde à quelques jours de distance. Les muletiers cliaussent leurs grosses bottes ferrées et imperméables ; les porteurs attachent aux talons de leurs sandales une sorte de crampon à deux pointes, qui leur permettra d'avancer d'un pied ferme sur les pentes glissantes; on nous amène nos chevaux de selle et des chaises à porteurs. Enfin, en cas d'accident, après un déjeûner aussi copieux que les ressources du pays le comportent, nous donnons le signal du départ.

Yimg-ning-hsien, que nous quittons, est une sous-préfecture populeuse, située au centre d'une vallée assez riche ; elle sert d'entrepôt aux marchandises qui arrivent des provinces du Kuei-chou et du Yîln-nan. La petite rivière que nous avons remontée depuis Na-chl-hsien, la divise en deux parties : celle de droite est habitée par les indigènes et les marchands du Kuei-chou ; l'autre, la plus importante, comprend la cité murée et ses faubourgs où se traitent à peu près toutes les transactions commerciales. Plusieurs ponts mettent en communication ces divers quartiers.

Avant que la frontière du Ssû-ch'uan ne fût reculée jusqu'au Chlh-shui-ho (^ ;fc jf^*), la rive droite de cette rivière était considérée comme appartenant au territoire du Kuei-chou

* Ce mandarin en disponibilité, n'osant faire le voyage tout seul, profita de notre compagnie pour aller au YHn-nan voir son beau-père, qui était à ce moment Cliili-cliou (sous-préfet) û An-uiug-chou, ville située à 70 lis de la capitale.

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et administrée i)ar un mandarin, dont les agents prélevaient des droits snr toutes les provenances de la rive opposée.

Yung-ning-hsien ahrite sous ses murs une population flottante considérable ; des milliers de chevaux et de mulets vont et viennent dans toutes les directions. H faut également compter par milliers les coolies qui ti'ansportent les marchandises trop fragiles ou trop encombrantes pour être confiées aux muletiers. Originaires de 1*^ partie montagneuse du pays, de plus haute taille et plus vigourti^x que leurs compatriotes de la plaine, ces porteurs préfèrent au travail sédentaire la pénible besogne qui leur assure de meilleurs profits et surtout une existence en plein air, nomade et insouciante. On les rencontre dans tout le nord-ouest du Kuei-chou et jusque dans le Yîin-nan, où ils apportent la porcelaine de la manufacture impériale de Ching-te-chên (^ ^ ^) et prennent en retour du thé de P\i-êrh (^ );^), si estimé sur les marchés du centre comme drogue pharmaceutique. C'est par leur intermédiaire que les districts de Pi-chieh-hsien (^ |jî Ap^), de Wei-ning-chou (j^ ^ ^) et les villages de l'intérieur reçoivent leurs approvisionnements de sel de Lu-chou et expédient en échange des produits pharmaceutiques ainsi que du plomb, tiré des mines de galène argentifère que possèdent ces parages.

Au sortir de la ville, la grande route dallée suit, pendant quelques kilomètres, les berges de la rivière, transformée en un torrent, dont les eaux transparentes sautent de roche en roche en bouillonnant avant de s'engager dans le chenal de la plaine; puis, cette route s'élève i)ar une suite de détours sur le flanc de montagnes escarpées. H pleut depuis le matin; nos chevaux trébuchent sur le granit humide devenu presque impraticable, et la chaussée longe parfois des ra^^ns profonds

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