ROUTE PAR TERRE, FU-SHIH
la natte, nous sommes constamment tenus sur le qui vive par toutes sortes d'insectes parasites qui grouillent dans ces lieux.
Vers minuit, Tarrivée du cuisinier et les plaintes des domestiques qui nous ont accompagnés, nous forcent à nous mettre sur pied ; hoys et coolies ont été pris de vomissements et geignent à qui mieux mieux. Après enquête, Tliôte nous apprend que, voulant sans doute se dédommager des fatigues de cette rude joiu-née, nos compagnons ont trop copieusement assaisonné leur cuisine d'huile du pays, tung-yu* (J^ y^) dont ils ignoraient les effets, et ils éprouvent quelque temps toutes les souffrances d'un empoisonnement.
8 janvier. — A l'aube, notre convoi s'ébranle; après la mésaventure d'hier, nous jugeons prudent de surv^eiller les préparatifs de départ afin de nous assurer que chacun a repris sa place dans les rangs. A la tête s'avancent nos petits chevaux du Kuei-chou, si vifs et si dociles, par détachements de quinze à vingt; chaque troupe est précédée d'un étalon plus vigoureux, la tête ornée de deux grosses queues de renard pendantes, le fronteaii rehaussé d'une bande de calicot rouge en guise de cocarde et, à chaque oreille, d'une longue plume de faisan qui ondule à chaque pas; un grand cojlier de grelots de toutes dimensions fixé au bât et descendant jusque sur le poitrail complète sa parure. Cette espèce de chef de file, marchant d'un pas relevé, s'anime au tintement des grelots qu'il agite et règle ainsi l'allure du convoi. Sur les flancs de la colonne se tient le L^o-pan, promenant sans cesse autour de lui l'œil du maître et gourmandant ses conducteurs ; chacun de ceux-ci a cinq chevaux ou mulets sous
* Hnîle extraite de l'arbre Elasococca vemicifera, qui abonde dans les bas-fonds