‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 19 sur 174 · DE CH'UNG-CU'ING A YÛN-NAN-FU · texte numérisé non relu

DE CH'UNG-CU'ING A YÛN-NAN-FU

sa surveillance. Des pavillons triangulaires en cotonnade jaune, avec des inscriptions chinoises indiquant que tout ce qu'ils couvrent, est la propriété de S. E. le vice-roî du Yunnan, sont plantés au sommet des bâts de charge et ajoutent encore à l'effet pittoresque de l'ensemble de notre caravane. A l'aiTière-gardc , les coolies portent aujourd'hui gaillardement et deux à deux, à la façon ordinaire, les caisses sous lesquelles ils succombaient au départ de Yung-ning-hsien. Après le défilé qui dure bien un quart d'heure, nous nous engageons dans une vallée pour regagner bientôt les hauteurs.

Il tombe une pluie fine, une sorte de brouillard condensé. Durant toute l'étape, la route s'élève de plus en plus en traversant une série de collines qui s'étagent en gradins successifs dans la direction ouest-sud-ouest; la voie est difficile et glissante, les montées sont fréquentes et raides. Le pays environnant est aride et monotone, noyé dans le brouiUard et presque désert; à peine renconti'c-t-on, à de rares intervalles, quelques cabanes au centre des défrichements restreints où croissent péniblement le maïs, le sarrasin, la pomme de terre et, dans les bas-fonds, une espèce de riz rouge de qualité inférieure, mais d'un assez bon rendement.

Vers le milieu du jour, les Lao-pan choisissent pour lieu de halte les bords d'un cours d'eau où l'herbe est plus abondante et laissent les chevaux, débarrassés de leurs charges, paîti-e en liberté pendant ime heure. Tandis qu'un des muletiers prépare le riz, ses camarades inspectent les harnais et réparent les avaries qui s'y sont produites durant la marche. Ces muletiers sont, du reste, infatigables; qu'ime de leurs bêtes boîte ou s'abatte, qu'un fer ou que quelques clous se détachent, aussitôt ils déchargent l'animal et réparent l'accident avec une nlextérité singulière. Ils ont toujours par équipe

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un cheval de rechange, monté d'ordinaire par le chef, mais toujours prêt à prendre une charge s'il survenait un accident.

Leur frugal repas terminé, un des hommes (on choisit d'habitude le meilleur marcheur) prend les devants de façon à avoir le temps de faire préparer les écuiîes à la station suivante et aussi pour obvier à l'inconvénient d'y trouver tout encombré, ce qui arrive bien souvent. Arrivés au terme de rétape, le pansement de leurs bêtes les retient encore debout une partie de la nuit. Il est impossible de trouver des ser- \iteurs plus vigoureux, plus dociles et mieux disciplinés.

Toutes les hautes vallées que nous traversons, renferment de nombreux gisements de houille, exploités à fleur de terre par les indigènes. Chaque famille ouvre une ou plusieurs galeries, dont la profondeur n'excède pas 70 mètres; parfois, si le charbon e«t de qualité supérieure et si l'extraction en est facile, plusieurs familles s'associent ensemble et continuent les travaux jusqu'à 150 à 200 mètres, mais sans jamais dépasser cette limite extrême. Le combustible que fournissent ces exploitations tout à fait primitives est consommé par les montagnards ou transporté par eux sur le marché de Yungning-hsien. ^

A cinq heures, nous arrivons au village de Wu-li-fan (^ H^ m), abrité, comme P\i-shih au fond d'une vallée étroite et d'im aspect aussi pauvre. Nous trouvons là le muletier qui nous avait précédé.

9 janvier. — Nos muletiers annoncent une journée fort rude. Dè« la première heure, nous avons à franchir, sous une pluie battante, une série d'escarpements rapides et presque impraticables à cause des dalles usées et glissantes qui continuent à former la chaussée. Après trois heures d'une

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ascension presque continue, nous arrivons au pied de Hstiehshan-kuan (^ Ul iS)? P^î^^* culminant du massif; la route en lacet ouverte dans les parois à pic s'engage sur le« flancs de la montagne et est bordée de précipices au fond desquels grondent des torrents qui descendent du sommet. Nos hommes se serrent contre leurs chevaux et ne marchent plus qu'avec des précautions extrêmes. A mesure que nous avançons, un brouillard ci)ais nous aveugle et nous n'entrevoyons que par échappées le danger que nous côtoyons; impossible de se tenir en selle. Il faudra encore deux heures de marche anxieuse et harassante avant de gagner la brèche qui donne accès sur le versant opposé. Enfin, après mUle peines, nous aiTivons près d'un temple taillé dans le roc et dédié au génie protecteur de la montagne ; nos chefs s'approchent de Tautd et sacrifient chacun un jeune coq qu'ils ont apporté à cet effet de Wu-li-t'an, notre dernière étape. La cérémonie de l'offrande est sans doute purement symbolique, car, après avoir versé le sang des volatiles et en avoir arraché quelques plumes, nos prudents sacrificateurs emportent leurs victimes, dont ils souperont ce soir. Il est vrai qu'en guise de compensation, ils donnent quelques sapèques aux bonzes gardiens de ce saint lieu.

Devant nous, aussi loin que la vue peut s'étendre, apparaissent des montagnes aux formes plus régulières et moins abruptes. A nos pieds coule, au milieu des détoiu's de la vallée, le Cirili-shui-ho (^ ^Jc |f^), rivière qui sert de frontière aux provinces du Kuei-cliou et du Ssû-ciruan. Sur une colline de la rive gauche nous distinguons les mines d'un village fortifié. La descente est relativement facile, les rayons blafards du soleil remplacent le brouillard de l'autre versant; la température devient à cliaque instant plus douce. A mi-côte

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nous trouvons des camélias sauvages en pleine floraison et çà et là des églantiers bordent la route ; plus bas des i)lantatîons à' Ekeococcas y des céréales et même des orangers, domient un air de gaîté au paysage, si monotone sur le versant que nous venons de quitter. Un bac est établi sur la petite rivière, à peine large de 30 mètres. Les chevaux, débarrassés de leurs fardeaux, passent d'abord, ensuite les marchandises, puis les voyageas. Comme ces opérations de transbordement ne laissent pas d'être longues et entraîneraient des retards au début de l'ébipe, il est d'usage d'effectuer le passage dans la soirée, de telle sorte qu'on couche sur la rive droite en venant du Ssû-chuan et sur la rive gauche lorsqu'on arrive du Kuei-chou.

La vallée, assez fei*tile, nourrissait naguère une population nombreuse, active et laborieuse. Mais diu'ant la guerre civile que le Kuei-chou (le nord-ouest en particulier) a eu à soutenir contre les Miao-tzû (|jj -^), les habitants de ces cantons ont été dispersés, tués ou emmenés par leurs persécuteurs. Aussi les bras manquent-ils aujoiu'd'hui pour reprendre les cultures depuis longtemps délaissées.

Le village de Ch ili-shui (|jj^ ^fc), où nous passons la nuit, n'est, à proprement parler, qu'un amas de décombres; on voit que l'invasion a exercé plus de ravages que sm* la rive opposée ; hommes et femmes sont à peine couverts de guenilles, et les enfants vont tout nus. Tous ces pauvres hères vivent du peu qu'ils récoltent et du passage des voyageurs. Accroupis tout le long du jour autoiu- de foyers qu'ils entretiennent presque sans dépense, ils laissent les terres en friche, attendant sans doute le moment où ils seront assez nombreux pour repousser les maraudeurs. Leur dénuement est si profond que c'est avec la plus grande difficulté que nous pouvons nous

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procurer un poulet qu'il faut payer 1000 sapèques (4 fr. 50 c.). Nos domestiques qui croyaient trouver du riz, se voient forcés de partager celui des muletiers.

// janvier. — Ce matin, nous allons chevaucher sur le territoire du Kuei-chou qui, d'après les Chinois, est aussi le pays des brouillards; il fait à peine jour que nos apprêts sont terminés, et c'est avec un certain soulagement que nous quittons ces parages nihospitaliers. La route est relativement facile pendant la montée; les dalles ont dispara de la voie, ce qui rend la marche moins pénible. Comme chaque jour, un brouillard intense se transformant en pluie fine vers midi, règne siu- les hauteurs. Nous arrivons sur un plateau dont la végétation est très active; à droite et à gauche, des l>oi8 de chênes, de saphis et d'autres essences d'arbres couvrent les collines basses; en bien des endroits la route est presque envahie par la végétation, mais, à la descente, nous retrouvons la chaussée pavée ; elle serpente au milieu de hauteurs très ravinées. Dans le fond, la présence du fer se manifestât de différents côtés par l'épaisse couche de rouille que les petits cours d'eau et les sources déposent sur leur parcours. Toute la région est à peu près inculte et déserte ; de loin en loin nous rencontrons sur la route une mauvaise hutte en paille, près de laquelle croissent quelques plantes potagères.

Nous faisons halte, à cinq heures et demie, à Wan-li-pu

12 et 13 janvier. — L'étape ne doit être que de 40 lis, aussi avons-nous résolu de gagner d'une seule traite Pi-chieh (^ f jî), la première sous-préfecture faisant partie du Kueichou et ou il sera facile de nous ravitailler. Après avoir

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