‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 20 sur 174 · PA-TSE-P'ING · texte numérisé non relu

PA-TSE-P'ING

dépassé Pa-tsê-p'ing (B j^ i^), il nous est donné pour la première fois de voir des Miao-tzû (|jj -^) en coshime national. Un homme et une femme passent à côté de nous et quittent peu après la grand'route pour s'enfoncer dans un sentier qui les conduit sans doute à leur village ; ils marchent d'un pas rapide mais ferme, leur regard est vif et dur, leur taille petite, mais ils paraissent robustes. La femme, jeune encore, a des traits fort réguliers et une physionomie sympathique, elle porte un enfant attaché sur son dos par une ceinture de toile, de grandes boucles d'argent se balancent à ses oreilles. Les hommes et les femmes se coiffent à peu près de la même manière : ils ramènent tous leurs longs cheveux sur la nuque et les tortillent en forme de chignon; la plupart du temps les hommes se couvrent la tête de turbans à couleurs voyantes ou d'un petit chapeau pointu. L'accoutrement des femmes consiste en un court jupon en toile et en une petite casaque de même étoffe ; celui des hommes, en une blouse en toile serrée à la ceinture et qui descend jusqu'aux genoux. Us portent les uns et les autres des sandales de paille pour chaussures et ignorent l'usage des bas.

Le pays, jusque là stérile et désolé, prend un aspect plus riant et tout annonce l'approche d'une ville. La population, moins clair semée, paraît plus active, possède des rizières, des jardins potagers assez bien entretenus et se livre à l'élève des bestiaux et de la volaille; elle ajoute à ces ressources la vente d'articles de vannerie qu'elle fabrique pendant la morte saison, la préparation du charbon de bois et l'exploitation des gisements de houille. Sur les lieux d'extraction de la houille on fabrique avec les débris une sorte de coke obtenu au moyen des mêmes procédés que le charbon de bois, c'est-à-dire eA disposant au fond d'une fosse des couches de

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combustible dans lesquelles des ouvertures sont ménagées que Ton recouvre de terre lorsque le remplissage est terminé^ -

Nous marchons entre de hautes montagnes aux flancs dfc-' nudés, puis après avoir gravi un mamelon où se dress^^ luie pierre conimémorative de la prise de Chii-kung-ching (Hl ^ ^) par Tsên Yu-ying (J^ ^ ^), gouverneur diT Yiin-nan en 1867, nous apercevons dans la brume les remparts de la cité baignés par une i)etite rivière qui arrose la vallée, contourne les collines et s'engouflfre, à quelques lis plus loin, dans une anfractuosité de la montagne pour reparaître a quelques lieues de là au milieu d'une plaine fertile.

La ville de Pi-chieh est située entre des collines,' au centre d'un paysage sévère et d'un aspect original. Sa population n'est pas importante, mais elle semble fort industrieuse. L'importation des tissus de coton et de laine en tous genres, du sel et de manit autre objet de consommation, en un mot, tout le commerce extérieur s'y trouve entre les mains de gens du Kiang-si, du Ssù-ch uan et même de négociants de Canton, qui reçoivent leurs produits de cette dernière province. Les indigènes s'adonnent plus spécialement à la petite industrie et se contentent des profits de main d'œuvre.

Pi-chieh doit à un trafic singulier la réputation d'assez mauvais aloi qu'elle s'est faite parmi les provinces limitrophes. C'est là que s'arrêtent les mandarins ou les voyageurs en quête d'une seconde, voire d'une troisième épouse. Après le départ des bandes rebelles, le malheur des temps contraignit un certain nombre de paysans à se sépai-er de leurs filles à

« District situé au sud-est de la ville de IM-chieh. Aux Miao-tza qui Thabitcnt étaient venus se joindre des Man-tzU (^ ^y niontagnartls du Liang-shan (^ LU)» ^*» ensemble, ils avaient réussi à s'emparer de (luelques fortes iKtôîtioos et menaçaient Pi-chieh.

\esLiOL:K deniers comptants; puis, la misère continuant, Tusage 'établit dans les familles de se défaire ainsi des bouches iiiitiles, et peu à peu cette ville est devenue ce qu'on pourrait appeler i)ar euphémisme la grande agence matrimoniale du jay s. Des maisons particulières reçoivent les jeunes filles auxqae^llcs, la plupart du temps, leurs familles, quoique malheur^TLses, n'ont pas manqué de mettre les pieds à la torture dans l'espoir de leur procurer un parti avantageux. Tandis qvie les matrones les hébergent, les parents s'occupent de leur placement et traitent avec l'acquéreur, le tout moyennant une commission dont les termes sont fort modérés. Notre ami Chêng, qui nous transmet ces détails avec le plus grand sérieux, parait assez enclm à profiter de la circonstance pour se pourvoir lui-même; mais au dernier moment reculerait-il devant la dépense ou bien songerait-il qu'un marché semblable ne se conclut pas sans mûre réflexion et qu'il y aurait danger à fixer son choix au pied levé? Toujours est-il que notre brave compagnon rentre seul le soir au logis sans faire d'allusion nouvelle à cette fantaisie.

Non loin de la ville, au milieu de collines bien cultivées sont établis des Miao-tzû, qui vivent de fruits, de sarrasin, de maïs et de pommes de terre; ils ne récoltent pas le riz en quantité suffisante pour en faire la base de leur alimentation et ils préfèrent le vendre pour la consommation des citadins. Actifs et vigoureux, ils entretiennent avec grand soin les forêts d'où ils retirent les bois de construction nécessaires au district ; ils exploitent aussi avec beaucoup d'activité des gisements assez productifs de galène argentifère, mais le manque d'argent et la crainte d'être volés ne leur permet pas de donner à cette industrie plus d'extension.

Au sortir de la ville, une marche de quelques heures a conduit au village de Kao-shan-p'u ("j^ \i\ ^), bâti sur éminence au centre d'une exploitation de houille en pie activité.

14 janvier. — Le mauvais temps semble nous accorcE quelque répit; la route est passable, et nous cheminons sa trop de fatigue au milieu de collines de formes conique =^ élancées comme des aiguilles et boisées jusqu'à leur sommes ^ Çà et là, dans les bas-fonds, des terrains ont été défrich^^ par les Miao-tzû ou par les montagnards chinois, des masur^^ sont élevées à proximité de la route et servent d'abri prcn^ visoire aux époques de mise en culture et de récolte ; maS^ les villages sont toujours placés sur les hauteurs isolées ^ ^ sont entourés d'un système de défense capable d'arrêter le^ maraudeurs et de protéger les troupeaux contre les nombreux: léopards^ (^ •^) qui infestent les environs. Le gibier d^ toutes sortes abonde dans cette région, et quelques heures de chasse en suivant le convoi nous permettent de faire une provision de faisans, d'outardes et de chevreuils, à la plus grande joie générale, car ce soir notre personnel se promet de profiter de l'aubaine. Ces détails ont leur importance pour des gens privés de leurs provisions presque dès lé début du voyage et réduits depuis cinq jours à la portion congrue.

16 janvier. — Ce matin, nous avons quitté Sa-na-chi (?S ^ ^) P^^ ^^ temps couvert et froid, mais, par exception, sans brouillard. Ce village, construit sur le côté droit de la route conduisant au Yun-nan, est assez insignifiant; une partie de ses maisons conservées en assez bon

' Pao-tzû.

SA-NA-Cffl. 61

état dénotent suffisamment que la rébellion y a fait moins de ravages que dans les passages stratégiques; les habitants en petit nombre, il est vrai, sont, comme le ïeste des montagnards, travailleurs, doux et hospitaliers; la moitié des maiBons sont disposées pour recevoir les chevaux qui vont et viennent sans cesse par cette voie. Situé dans un endroit très pittoresque, ce village voit se développer* entre une suite de collines boisées, des vallons où Ton cultive le riz ^t d'autres céréales.

L'étape est fort courte et la route assez monotone, sauf

'es accidents de terrain inséparables d'un pays de montagnes.

*-n descendant sur le versant occidental, nous passons devant

^^ nombreuses ruines. Parmi les pierres des temples et des

P^iifi de murs noircis par l'incendie, quelques malheureux,

^«^i.^és par les bandes, sont revenus prendre possession de

. ^^riï^s petits héritages et ont construit des cahutes en paille

P^i^^ï* se garanth-, tant bien que mal, contre les intempéries

de& saisons. A onze heures, nous arrivons, par une descente

en 2sigzags, au bord d'une rivière encaissée entre des mon-

tBSxies : c'est un affluent du Chin-sha-chiang (^ ^ ^). Un

^Tit de pierre à trois arches, mesurant à peu près 70 nièti-es

^ longueur, est le seul ouvrage d'art qu'on trouve sur ce

^Tcours; plus nous avançons, plus les gisements métallur-

^ques se multiplient. L'oxyde de fer se présente dans bien

des endroits, et, non loin de la route, une mine de galène

argentifère, jadis très productive, est abandonnée faute de

ressources.

Nous entrons à P mg-shan-p'u (^ jjj ^) à quatre heures.

IQ janvier. — Il règne un froid intense sur les hauteurs; le plateau que nous suivons est fort ondulé et le brouillard

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s'y cristallise en tombant. La nature a revêtu sa parure d'hiver : l'herbe, les buissons, les arbustes, toute la végétation est recouverte d'une mince couche de grésil, et aux: branches des arbres sont suspendues de fines stalactites de trois à quatre pouces de long. Malgré les fourrures qmî nous préservent du froid, il est impossible de rester à cheval 5 la chaussée est glissante et difficile. Bientôt pourtant nou^ passons dans une zone moins rigoureuse et la dernière partie de l'étape s'opère le long d'un sinueux coui's d'eau, et enfirm nous débouchons par le travers d'une plaine, parsemée de villages, la plus vaste et la plus féconde de celles que nous ayons traversées depuis Yung-ning.

Quelques jours avant notre arrivée, ce petit pays avait été le théâtre d'un vol audacieux, commis en plein jour, par des bandes de maraudeurs, au préjudice de deux délégués du vice-roi du Yttn-nan qui retournaient dans leur province accompagnant un convoi d'argent de 60,000 taëls (environ 450,000 francs). Ces derniers furent assassinés par les malfaiteurs qui emmenèrent ensuite, sous les yeux des villagc^i^ terrifiés, les chevaux chargés du précieux butin. Les rechercbe^^ du mandarin du district n'avaient abouti, lors de notre passageà aucun résultat favorable pour l'arrestation des coupable^ Aussi comprend-on que les exploits des voleurs défraient 1^^' propos de nos hommes pendant la soirée que nous passor^ au hameau de Chi-chia-wan (j^ ^ jg).

17 janvier. — Quoique la plaine où nous sommes SO' encaissée entre des montagnes, on a été obligé, pour eo battre le froid et l'humidité, d'entretenir de grands feu^ pendant la nuit. Le charbon est, du reste, partout à flea de terre, et il suffit de quelques coups de pioche poi^

renouveler la provision quotidienne. Dans ces régions de pluie et de brouillard une telle abondance de combustible est un véritable bienfait pour la population et les voyageurs, car, après une fatiguante journée de marclie, on est bien ai»e de trouver un foyer pour sécher ses vêtements imprégnés d'eau.

Au sortir du hameau, qui se compose de quelques cabanes

en i>aîlle, le chemin s'enfonce dans une gorge étroite; des

géodes et des roches gigantesques, détachées de la masse

par quelque convulsion souterraine, en encombrent l'accès à

Vouest Au pied des montagnes, entre des falaises presque

verticales qu'on dirait taillées de la main des hommes, coule

paisiblement un ruisseau qui s'engouffre plus loin avec fracas

dans une excavation, où il disparaît.

La montée est pénible à mi-côte, une pluie glaciale nous

cïiveloppe et, malgré nos chaussures ferrées, il devient à

chaque instant plus difficile d'avancer. A peu de distance

"^ plateau, nous rencontrons les cadavi-es raidis de deux

P^ït:efaix que la nuit a surpris au milieu de ces affreux

parages. Le chêne nain et d'autres arbrisseaux couvrent les

'Montagnes, le bois mort pourrit partout; cependant les indi-

S^nes préfèrent brûler du charbon qui est un peu sulfureux,

^aîs ne fait pas de fumée et surtout n'exige pas d'entretien

^t ne coûte guère plus que la peine de le prendre.

Notre descente s'effectue par une rampe très rapide. Dans ^*ii fond rocailleux, un torrent sort du pied de la montagne, ^t à gauche, dans un renfoncement, se trouve le village de Ta-ch lao ' (^ ;j|g), d'aspect tout à fait misérable ; il est ™bîté seulement par quelques familles et situé près d'une exploitation de galène argentifère, où l'or se rencontre égale-

^ hameau est aussi appelé Hsin - clf iao (jSj ^Ifë}'

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ment; quatre galeries ouvertes sur le côté droit sont abandonnées depuis le passage des bandes de maraudeui*s, les ouvriers manquent, et ceux qui restent se bornent au lavage des terres. Quoique fait sur une petite échelle, ce procédé donne de bons résultats; le fourneau et le soufflet sont disposés à cent mètres de là, au bord du torrent qui leur sert de moteur. Le plomb qui pro\ient de ce traitement est vendu en partie à l'état de litharge; l'autre partie, mise en saumons, est portée jusqu'à Yung-ning à dos de mulet ou par des coolies.

Après une halte d'une heure pour faire reposer les chevaux, nous nous dirigeons vers Hêng-shui-fang (;|^ ;|c ^\ et nous y passons la nuit.

18 janvier. — Ce village, composé d'une seule rue dont les maisons bordent chaque côté de la route, est habité par soixante-dix à soixante-quinze familles. L'hôtellerie en est confortable si on la compare aux réduite infects où nous avons logé jusqu'ici; la vie y est plus active, la population plus industrieuse, symptômes qui en tous pays dénotent le voisinage d'une ville.

La portion de route qui nous sépare encore de Wei-nmg

(jS ^) ^®* ^^^ P^^^ mauvaises; les montées et les descentes sont fort pénibles; par-ci par-là, quelques \illages aux toits couverts de chaume donnent de l'animation au paysage. Aujourd'hui, comme chaque jour précédent, nous croisons des convois, dont les muletiers échangent des compliments avec les nôtres et s'mterrogent réciproquement sur les conditions de leur engagement.

Ici, la nature du sol change : les pics, indices de soulèvements volcaniques, font place à des massifs qui se relient

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