WEI-NING-CHOU
entre eux ; le granit coloré et un peu de marbre se montrent sur les hauteurs.
Le ciel, couvert à notre départ, se dégage peu à peu et le soleil ne tarde pas à nous gratifier de son doux éclat; sur le plateau, de grandes mares oîi s'accumulent les eaux de pluie servent d'abreuvoirs aux chevaux et aux troupeaux qui passent dans les environs. Nous apercevons bientôt les eaux bleuâtres du lac de Wei-ning, sillonné de nombreuses barques aux voiles blanches; les abords de la ville sont signalés par des cultures qui s'avancent jusque dans les montagnes. Là oîi l'herbe est encore verte, des pâtres gardent des ti'oupeaux de chèvres et de moutons ; des enfants, montés sur des buffles, descendent, au pas lent et cadencé de leurs montures, les collines d'où l'on domine la ville. Nous y arrivons à trois heures.
19 janvier. — Wei-ning-chou (^ ^ »f»|»|) est le point le plus élevé qu'on atteigne pendant les onze jours de marche qui la séparent de Yung-ning ; c'est juste la moitié du trajet pour aller à YUn-nan-fu.
Bâtie sur une légère émînence, Wei-ning-chou domine plusieurs vallons cultivés autant que le permet la température de ces régions élevées. Ses remparts suivent les sinuosités de la colline et baignent à l'ouest dans les eaux du lac. L'intérieur offre un aspect paisible et monotone, et la population, composée, en dehors des Chinois natifs du pays, d'individus de toutes les provinces, semble vivre en bonne intelligence avec les Miao-tzû et quelques I-jên (^ ^), qui peuplent les montagnes. Ses faubourgs, peu étendues, donnent asile à la population flottante, que son genre de travail oblige à être sur pied à toute heure de la nuit.
68 I>K CH'UNd-CiriNC; A YtN-XAX-FU.
(le la niontagfiie de Mo-kou ("^ ^); de ce côté, la rébellion nmsulmaiie n'ayant pas perniîft aux mandarins d'entretenir la voie, toute trace de chaussée dallée disparait, et nos chevaux avancent d'un pas jdus sûr et plus rapide. Après avoir atteint le jdateau, nous contournons les conti'eforts du massif raviné du Lianjç-shan (^ \\\ ), dont les pics élevés se profilent à riiorizon du nord au sud-est. Le pays que nous traversons a rasj)ect sévère et j^arde l'empreinte profonde des convulsions violentes qui l'ont assailli.
Partout se montrent des affleurements de gi'ès très friable, rouge, vert ou violet, et le sol recèle de nombreux ^sements métallurjiciques oii le cuivre domine. La route est large, nuiis accidentée et pénible jusqu'à la couchée.
:il janvier. — Tan-tan (^ ^), où nous passons la nuit est^bati en amiihithéâtre, sur le versant d'une colline, au ccnifluent de deux ruisseaux, qui descendent des hautes montagnes dont ce district est entouré et qui ti'ouvent vers l'est une issue commune. (ï^ village sans importance entretient cependant un mandarin* chargé de la surveillance des mines et de la justice civile. Une grande partie des habitants sont musulmans.
Sur ))resque toutes les ramifications que présente la chaîne du Liang-shan, il y a des hameaux j)euplés de musulmans, auxquels se mêlent rarement les I-jén (|| ^) ou naturels de ces montagnes. Malgré la présence de trois races distinctes. Chinois, Musulmans et I-jén, la rébellion musulmane n'a compté en cet endroit que de rares adhérents, et durant les dix-sept ans de guerre civile, la paix n'a cessé d'y régner.
' Fonctionnaire infêrienr, du neuvième ranfc, :*e('ond ordre ( ^ISt ^T ).
HSOAN-WEI-CHOU. 69
L'industrie minière du district est assez active ; des galeries d'extraction fournissent des échantillons de minerai de cuivre de diverses qualités, tels que le minerai panaché gris et l'oxyde de cuivi-e; ce dernier surtout est en grande abondance, mais d'un rendement bien inférieur au premier. Deux autres gisements de minerai sulfuré, autrefois exploités, sont aujourd'hui à peu près abandonnés.
22 janvier. — Au sortir de Tan-tan, on suit, dans la direction du nord-ouest, le cours d'un ruisseau jusqu'à sa source avant d'escalader des hauteurs. Sur le plateau qui domine la vallée de HsUan-wei-chou (^ ;^ jtl)î ^^s montages sont moins abruptes; des hameaux bâtis en pisé et à couvertures de chaume, sont à moitié enfouis parmi les noyers et les noisetiers qui les entourent ; de vastes champs de maïs et de pommes de terre couvrent le versant des collines, et dans les déclivités de terrain jaillissent des sources, que le paysan utilise pour ses rizières.
La nature du sol change sensiblement; on retrouve la zone houillère parmi les cultures en plein rapport; cette houille, bien différente de celle que produit le Kuei-chou, est très grasse, mais peu employée par les indigènes à cause de la fumée excessive qui s'en dégage. Un certain minerai que les indigènes nomment Imang-hua^ (^ :fÊ), est expédié à dos de mulet jusqu'au Ssû-ch'uan et par eau jusqu'à Ching-te-chên (^ ^ ^), dans la province du Chiang-hsi iJJL BS); là, il est acheté par la manufacture impériale pour fabriquer les couleurs qui servent à peindre la porcelaine.
> Ce minerai n'est autre que du sel de plomb à l'état naturel-, on s'en sert dans la peinture sur porcelaine. Cette branche de commerce est entre les mains des Chinois de la province du Chiang-hsi.
70 DE CH'UXG^iriNr; a YfN-X.\N-FU.
Plus on avance, plus la culture devient active: bi nou.s rencontrons des chariots attelés de bœufs ou de bu et malgré leur imperfection, nos yeux se portent avec p sur ces véhicules primitifs, les premiers que nous v( depuis que nous avons quitté les ports ouverts au comr européen. Les roues de ces chariots sont pleines, r( ensemble par un essieu en bois et tout simplement for d'un assemblage de planches coupées en disque et de 80 < mètres de diamètre; avec le temps elles affectent les i\ les plus bizarres.
Depuis qu'ils foulent le sol du Yiin-nan, ceux dt
muletiers qui en sont originaires, et que les parages :
et pluvieux du Kuei-chou empêchaient de se livrer à
goût musical, reprennent leurs mandolines et ne cessen
faire résonner les cordes à la cadence des grelots de
chevaux. Sans doute les habitants du Yiin-nan ont, C(
les Espagnols, une affection particulière pour ce gem
divertissement, car la plupart des muletiers ou charre
que nous rencontrons, portent en bandoulière cet ii
ment, qu'ils rejettent sur le dos à la moindi-c néct
Passe -temps aussi inoffensif qu'agréable, et surtout
(îoûteux, vu que, pour la modique somme de • cinq
cents sapèques\ ils peuvent ainsi charmer les ennuis route.
Admirablement assise au fond d'une gi-ande plaine, J trémité de laquelle coule une rivière qui descend des I fthan et se dirige vers le sud-est, la ville de Hsiian-wei vM ^ j^) ^ réuni ses faubourgs dans son enceint une ligne de remparts, construits par les habitants eux-ii
■ Environ -2 fr. 50 c, le tacl ne valant ici que 1,G00 fnosses sapèqu change ost, cVailleurs, très variable .lan» ces différents districts.