DE YUN-NAN-FU A CHENG-CHIANG
Le Fn-t'aï (gouverneur), que nous espérions rencontrer dans la capitale, était, ainsi qu'on Ta vu plus haut, (levant les murs de Chêng-chiang ; comme il éta,it indispensable que nous le vissions le plus tôt possible, il fut décidé, après quelques jours de repos, pendant lesquels M. Dupuis arrangea certaines affaires, que nous irions le trouver au milieu de son camp.
14 février. — A une heure de l'après-midi, laissant derrière nous le gros de nos bagages et n'emportant que ce qui était nécessaire, nous nous mettons en route. Du côté de la porte du sud, par laquelle nous sortons, il reste à peine des traces du luxe d'autrefois ; les maisons occupées par les chefs insurgés ont seules échappé à la destruction. Nous suivons, dans la direction du sud -est, une chaussée pavée, encore obstruée de décombres. Bientôt nous traversons un pont couvert que les rebelles avaient fortifié pour arrêter la marche des troupes impériales; à droite et à gauclie s'ouvrent de larges fosses, garnies de pieux en bambou, et deux tourelles, flanquées aux issues du pont, montrent leurs créneaux écornés par les projectiles. Parmi ces ruines, tristes vestiges de la
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guerre civile, le sol reste en friche : pas la moi parasite n'a encore poussé dans ces sillons évent mine.
Depuis que Ylin-nan-fu a été ilélivive de W fer qui menaçait de l'anéantir, tout ce qui regar vemement est resté dans le même état que le j rebelles ont abandonné leurs positions. Au-delà dcM s'élèvent de distance en distance une foule de i tourés de fossés; d'après l'état des murailles e1 de débris, on devine que des combats acharnés livrer.
La vaste plaine de Ch éng-kung ( ^ ^ )• U^^^ à nos yeux, nous offre un i)aysagc plus riant. le tation est très active : aussi loin que la vue peut la plaine est couverte de fèves i>resque mûres, énormes pertes qu'ils ont subies, les paysans, laisser abattre, ont compris que la culture de féconde pouvait, en peu de temps, les aider à de la misère dans laquelle la guerre livs avait j)] pourtant ici encore il y a des ruines : remplace ciens \illages se reconnaît a ([uelques pans dt milieu des ronces; (*eux (|ui bordaient la rout< souffert que les autres.
Après oO lis de marche à travei-s un [)ays coupé de canaux et bonié à l'est par le lac. à des montagnes qui s'échelonnent à l'horizon, noi au village de Hsiao-pan-ch iao (/J^ jjjl Jj^): connut ce village a y\\ s éloigner la tourmente, car de maisons en briques ont fait place aux huttes de p jour de marché; les paysans des cmirons, q\ vendre leurs denrées et faire leurs achaU, ^'e
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est si heureux de rencontrer un compatriote qu'il nous offre une hospitalité aussi cordiale que son ya-mêri délabré le lui permet. Tout, chez lui, dénotait une gêne extrême ; un mandarin civil de ce grade s'accommoderait malaisément dans une autre province d'un ameublement aussi mesquin; mais au YUn-nan, et surtout à la suite du fléau qui venait de s'appesantir sur eux, les fonctionnaires, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, souftraient de la plus profonde misère. Beaucoup d'entre eux ne supportaient leur malheureux sort que dan^ l'espoir d'un avancement rapide ou d'un poste avantageur^ ailleurs.
Il était dix heures quand nous pûmes enfin satisfaire notifc-: appétit. La table du mandarin nous eût semblé, en d'autre circonstances, peu confortable; mais ventre affamé n'est p*^ difficile, et, d'ailleurs, s'il y avait à redire à la qualité d^ mets, ils étaient du moins copieux. Après dîner, nous prinfx^ congé de notre hôte, et les domestiques nous conduisir^^ dans un grenier, où des grabats avaient été préparés à not:^ intention. Il ne fallait pas s'attendre à autre chose dans c^^ parages où les rebelles avaient fait im long séjour; ce^l valait mieux, après tout, que de camper à la belle étoiE^
lo février. — Ce matin, à peine le soleil levant a-t— doré les cimes des montagnes qui bordent le lac que noi-"> sonnnos en selle. La \\OTi^ du sud, vers laquelle nous noO dirigeons, est fermée; nous éveillons le portier qui, tout chen^hant ses clefs, ne peut s'emi)êcher de grommeler con les ftmes peu charitables qui viennent troubler son somm i\ une heuiv si matinale.
Les faulnnirgs du sud si>nt dans le même état de dév tHtîon que eeiux de Test, Nous longeons quelques rizièïr<
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avant de débouclier dans une vallée plantée d'arbres fruitiers ^ De chaque côté, la route est bordée de cercueils, wntenant les cadavres des soldats impériaux tués sous les taurs de la ville et qu'au fur et à mesure de l'exhumation. Von restitue à leurs familles ; l'odeur nauséabonde qui s'exlide de cette pourriture est si forte que nous sommes obligés de prendre un chemin de traverse. Les hommes qui i)roeèdent à cette opération y semblent fort peu sensibles, car ils causent tranquillement sans avoir l'air d'éprouver la moindre gêne. Selon le rapport des gens du pays, quarante à cinquante cadavres suivent chaque jour la même voie, sans compter ceux qui ont été enterrés sur les lieux.
A 10 lis de la ville, sur le versant d'une petite colline, nous apercevons les restes du village de Ta-mi-lo (-^ ^ ^); quelques maisons encore debout sont occupées par les Liangtdi du Fu-taï. C'est là -que les troupes de Chêng-chiang viennent renouveler leurs vivres ; tous les jours, un détachement de chaque bataillon, muni d'une planchette sur laquelle est collé le permis délivré par le chef de coi'ps et visé par Yintendant général, reçoit, sur sa présentation, le nombre de rations nécessaires.
Ce vfllage passé, nous poursuivons notre route à travers
le» montagnes et ne tardons pas à arriver sur le plateau qui
forme le point de partage des bassins de Chêng-chiang et
ie Cheng-kung. Au sud, un immense ravin sert de lit à un
^^ûMcan qui, un peu plus bas, se grossit des eaux des col-
Imes voisines, fort abondantes pendant la saison des pluies;
* Ce district produit une grande quantité de fruits, tels que poires, pommes, î'^ pêehes, qui se débitent fort bien sur les marchés de YUn-nan-fu, I-liang- ■■*»» K'un-yang, Hsin-hsing*, les poires représentent au moins la moitié de la Moetion totale.
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felle« du versant iionl descendent dans la vallée, serpentent dans la ]daîne de Cirêng-kung et se jettent dans le lac de K nn-yang, tandis que celles du sud vont tomber directement dans le lac de Chcng-chiang.
I^ nature de ce sol montagneux parait peu propre à la culture : le grès coloré et des ro<*hes granitiques le com- |Miscîit en grande partie: par ci par là, dans les bas-fonds, croissent des clicnes et des sapins; plus loin, au sud-est, sur la croupe des collines, les I-jén ont profité de Fabondaîic(r des eaux pour établir des rizières dans les vallons. Sur les hauteurs oii Veau manque, ils cultivent le sarrasin, le maïs et les pommes de teiTc. L'écobuage, qui se pratique sur tous ces terrains élevés, est indispensable pour assurer les récoltes.
Avant de descendre par un sentier très escarpé, quoique en lacet, nous jetons un regard sur Chêng-chiang, dont le punoraniR se profile à riiorîzon; de temps en temps, de légers tourl)ili()ns de fumée blanche s'élèvent dans Tatino- Hphcre, et, bicMi (lue le vent soit contraire, nous entendons le bruit sourd des canons qui bombardent la ville.
Au piiMl <le hi vallée formant l'entrée de la plaine, le sol est partout bouleversé; des trous coniques de 3 à 4 mèti'cs de profondeur iudi(iuent la place des fortins construits par h'M rebelles (»t (jue les Impériaux ont fait sauter par la mine.
Le IT), à trois heures de l'après-midi, nous anivons au quartier géuénil du Fu-taï (gouvenieiu'), qui est absent; en nlt(»iulaut HOU retour, nous allons faire ^^site à Yang-ta-jên ^^) A A )•* *'** uu\ndarin, ayant gardé ini excellent souvenir
' Son \MUilU^ nom oi»t Yan^ SliouK-tsun^- (ij^ J^ ^ ). C'est ce fonctionm\\v (|ul iTvut lo» niemhiVH de la mission de Lajrrt'e et ee fut chez lui, à Tunçeli*Hrtn, i|ue M. d<» l.HKw\e fut ojh^iv \m\t le din^teur Joubert. Cette opération frapi>a
ARRIVÉE A C'HENG-CHÏANGFU. 95
lin passade de la mission de Lagi'ée, nous offre de ])arta}çer
ïsoii logement^ dont ime partie est en ruines; nous aeeeptons
son hospitalité avee plaisir. Ce i)ersonnagei d'un caractère
jo>nal, se mît avec tant de rondeur à noti-e disposition qu'en
peu d'instants nous nous trouvâmes i)aifaitement à Taise. Il
ne manqua j)as de nous demander des nouvelles du docteur
Joubert, ^ ce célèbre médecin,» disait-il, qui sait ouvrir les
corps humains et les remettre en état sans tuer le malades -.
Le Fu-taï, aussitôt revenu de rin8i)ection {générale qu'il
venait de passer, nous envoya chercher. Après la j)rcsenta-
tion et les politesses accoutmuées, nous lui ex])osâmeH le but
de notre voyage; au moment de nous retirer, il nous invita
à visiter son camp le lendemain matin, sous la conduite de
notre hôte, qui nous avait accompagnés, et a dîner ensuite
avec lui.
10 février. — La journée s'annonce par une matinée ra\issante et, malgré la fatigue, nous ne jiouvnns résister à la curiosité d'aller jeter un cou]) d'(eil sur les <*nvirons: notre excursion se prolonge ])lus longten)])s (pu* nous ne* l'aurions voulu, car à noti'e retour le nnindarin nous attcn- <lait et nous nous rendons ensemble à lïnvitation du Fii-t'aï. (.'e dernier étant en palanquin et nous à cheval, il nons fit prendre les devants, en nous d(mnant rendez-vous a lliingshaii (j^ jlj), ou le Mont roiuje, petite énnnencc (pii domine la ville au nord et où les Impériaux avai(;nt placé (|ueh|ues pièces d'artillerie. De cette hauteur occuper» ])ar les troupes
teUenient rima^nation de Yang Slién^-t^iuifi: qu'il m parla fie tous côt/'s et fit ane réputation considérable au «locteur: ce domior gu('*rit aiiHsi, pendant son aéjonr en cet endroit, de nombreuse» maladies cryeux, de Horte (pie mw nouvenir e^t resté fcr^vé dans la mémoire des habitants comme celui d'un bicntaiteur.
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(le Yang-ta-jen, on pouvait suivre les mouvements des rebelles. L'intérieur de la ville présentait un aspect étrange : pas une âme dans les mes; les habitants, par crainte du bombardement, s'étaient réfugiés dans des souterrains qu'ils avaient creusés autour des remparts; durant le jour chacun restait enfermé; les gens de semce ou de corvée circulaient seuls en courant et en faisant des zigzags, car les Impériaux, de leurs positions élevées, ne manquaient pas de tirer sur quiconque s'oifraît à leur vue. Sur le rempart l'ennemi avait établi des postes de cent en cent mètres; solidement bâtia. en terre, ces postes abritaient chacun deux hommes chargés:^ de surveiller les assiégeants, et, comme leurs munitions codql mençaient à s'épuiser, ils les ménageaient en ne tirant qu'^^ coup sûr; mais les canons lisses fabriqués à l'arsenal (L < Nankin (^ ^) sont si mal pointés que Teifet en est presq nul. Au nord-est, prés de 2,000 hommes travaillent activ ment à creuser des mines pour détruire les fortifications c'est surtout à ce travail et à celui des tranchées que le^^ Impériaux perdent beaucoup de monde, car ils sont forc€^^ de se mettre à découvert pour charrier les déblais.
En redescendant, Yang-ta-jên nous mène chez un de ô^* amis, Slmo-ta-jen (g|J ^ \)^ où nous trouvons le gouv^r neur, qui examinait par une feneti-e les progrès de ses ti-oupc?^ Ce généralissime, quoique ayant monti'é ime certaine bravoi-i-r^ alors qu'il était petit mandarin, craint aujourd'hui pour sî pers(mne et ne s'aventme pas trop près de l'ennemi dep^m d'être assassiné, car il sait qu'il a beaucoup d'envieux; -pai précaution, il i)orte toujours une épaisse cotte de maille^.
l)ans l'après-midi, un grand nombre d'officiers, les ^->liis distingués i)anui les commandants de corps, étaient coxl^^t'fc par le Fu-taï pour ])rendre part au dîner qu'il noui^ a.vai<