‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 33 sur 174 · PHYSIONOMIE DE I^V CAPITALE · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DE I^V CAPITALE

^vec eux et, abusant du caractère officiel dont ils étaient ^vêtus, ils prenaient possession de leurs ya-men; si ces derniers se montraient dociles et ne s'occupaient plus de rien^ on tolérait leur présence et on leur donnait les moyens rfie vivre; sinon, ils étaient mis dehors sans autre forme de />iit>cè8. D arrivait quelquefois que des chefs, d'un naturel ^oîns accommodant, ne voulaient même pas les laisser entrer ^n xîlle, les reléguaient dans les faubourgs et refusaient de fournir les objets de première nécessité. Dans l'un dans l'autre cas, la situation des fonctionnaires civils trè« précaire et, au lieu de s'entourer, comme ils en l'habitude, d'une foule de domestiques entretenus la pludu temps aux dépens des malheureux qui viennent ander justice, ils avaient le strict nécessaire pour leur Leur toilette si recherchée et le décorum dont ils ô ^cîeompagnent toujours avaient complètement disparu : la de soie et les fourrures avaient fait place à la modeste de coton; chez eux tout respirait la gêne; çà et là, ^^I>endant, l'on trouvait encore des traces d'ancienne splen- ^^Hr. Ceux qui étaient envoyés dans les villes que les re- ^^lles venaient d'évacuer n'avaient pas moins de tracas et se voyaient contrainte, malgré l'autorité dont ils étaient investis, ^^ faire des concessions regrettables aux militaires en garï^ison; ils étaient, en outre, accablés de travail et assaillis ic réclamations sans nombre, car, dans beaucoup de districts, k cadastre n'existait plus et toute l'admmistration civile se trouvait dans le plus complet désarroi.

Pendant que la population de YUn-nan-fu se divertissait, leg affaires étaient suspendues. Nous profitâmes de cette espèce de vacances pour entreprendre une excursion de deux

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jours aux environs de la capitale. L'endroit qui nous fat ■ ^ recommandé comme étant le plus pittoresque et le mieux conservé était Hei-lung-t'an (IH f| ]^) ou le Bassin du dragon noir.

Nous quittons la capitale à une heure de l'après-midi; ^^ porte de l'est, par laquelle nous sortons, généralement ^^ plus fréquentée, est déserte, mais dans le faubourg quelqiB-^^ débits de thé sont ouverts. A peine avons-nous fait quelqticentaines de mètres que les cordes de nos bagages se rompe pour ne pas perdre de temps, nous engageons un muletL qui passe avec un cheval; il est convenu qu'il prendra to les bagages et les conduira à destination pour la somme 550 grandes sapèques * ; puis nous nous remettons en mardi Pendant ce temps d'aiTct, de gros nuages noirs montent l'horizon, et à peine sommes-nous à moitié route, c'est-à-di à 5 lis de la ville, qu'ime pluie battante nous oblige à eh cher un abri sous la toiture d'un fortin en ruines, qui le passage. Sur cette route les rebelles ont élevé de no breuses fortifications, et pourtant le pays n'a pas eu trop souffrir de leur présence, probablement à cause du peu d ^^^ résistance qu'ils y ont rencontré. De tous côtés les culturer^^^ sont en bon état et convenablement arrosées; les travau^^ de la campagne ont repris leur activité, et dans les viUageô voisins il y a beaucoup de maisons neuves.

Le but de notre excursion s'annonce par une forêt de sapins, au milieu de laquelle se détachent trois ou quatre bâtiments dispersés sur la colline. Avant d'arriver, un bruit sourd nous avertit que nous approchons d'ime chute d'eau; en effet, à côté d'une cabane en paille, est établie une roue

» Le change actuel est de 2,000 sapèques pour un taël d'argent, qui équivaut

EXCURSION A HEILUNG-T'AN. 105

liydranlique horizontale mue par une chute, d'un mètre de

ftant et de trente centimètres de large sur dix d'épaisseur.

Cette roue met en mouvement une petite meule d'un mètre

de diamètre et du poids d'environ 150 kilogrammes, qui

tourne dans une auge en forme d'U et dont le mouvement

circulaire légèrement prolongé décortique le riz. Ce n'est

pas sans une certaine curiosité que nous avons visité ce

simple appareil de décortication, où, pour la première fois

depuis le début de notre voyage, nous voyons l'eau appli-

qnée comme moteur \

A quatre heures, nous amvons enfin au premier temple; nos domestiques, qui nous avaient précédés, ont déjà tout préparé pour le dîner. L'intérieur de l'édifice est propre et 2îU bon état ; les dépendances extérieures sont remplies (quelques-unes du moins) de pièces de bois de construction, appartenant, nous dit le gardien, au général Ma Ju-lung. Un Srand bassin, d'où jaillit une source limpide et abondante, ï'^nferme une quantité de poissons de toutes les grosseurs; ^ous leur jetons des grains de riz sur lesquels ils se précipitent avec voracité. Ces poissons sont considérés comme ^^rés. A quelques pas de ce réservoir, coide ime source 4' eau minérale presque chaude et non gazeuse, mais d'im 8^ût acidulé; malgré sa température élevée, elle ne parait avoir aucune qualité médicale.

Bien que depuis quelques mois nous soyons rompus aux tribulations d'une vie nomade et accoutumés à coucher sur ^ dure, notre arrivée dans la capitale semble nous avoir rendus plus exigeants, car les lits qu'on nous a improvisés sont si durs et si secs que nous en sommes presque à regretter

' A Yang-lin C^ tt)» ^^"^ avions déjà vu des roues hydrauliques hors d'usage et des exploitations abandonnées.

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les grabats des auberges du Kuei-chou et du Ylin-nan, où il était toujours facile, moyennant une faible rétribution, d'obtenir le luxe de quelques bottes de paille fraîche. Enquête faite, nous apprenons que les domestiques, n'ayant trouvé dans l'établissement que des bottes d'herbes sèches coupées dans la montagne, en avaient composé notre coucher en étendant les couvertures par de3sus.

A cette époque de l'année, les nuits ne sont déjà plui froides et le printemps s'annonce par quelques beaux joîucrrfl qui font revivre la nature. Le soleil, dès son lever, no^i^ô caresse de ses rayons obliques, et nous nous empressons ^^^ quitter une couche où nous avons cependant réussi à goû-'^fc^ï le repos.

Ce matin de bonne licure, quelques bonzes d'un ten^;^?^^ voisin, secouant leur indifférence habituelle et poussés jr^^^r la curiosité, viennent nous faire visite, et, après nous av"^=^^ questionnés sur l'usage de tous les objets qu'ils ne conna»^*^" saient pas, nous invitent à aller voir leur petit jardin, o\ disent-ils, deux arbres seulement ont été épargnés. Ce soi venir leur rappelle les vexations qu'ils ont subis de la par^^ des rebelles : ils nous en font le long récit, mais nos oreilles ^ sont tellement rebattues des histoires de ce genre que nous leur prêtons peu d'attention. Le jardin en question confine au bâtiment que nous habitons ; quelques pots de fleurs fanées et deux magnifiques camélias sont, en eifet, tout ce qu'on y trouve; mais si l'ensemble manque d'entretien, la vue est largement, récompensée par les innombrables fleurs et boutons doubles, rouge et blanc, plus ou moins ouverts, qui se balancent à ces arbres dont la hauteur atteint au moins cinq mètres. Ces prêtres de Bouddha paraissent très fiers de leurs arbres et en prennent le plus grand som. Il est

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