‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 42 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Nous avons résumé, dans ce chapitre, tous les renseigiielïients historiques que nous avons pu recueillir sur la province qui nous occupe. Dans le nombre il y en a qui proviennent, soit de recherches dans les historiens chinois, soit des chroniques indigènes ou de manuscrits des Tu-ssil et de différents ouvrages publiés à la même époque. Ces derniers, en beaucoup de circonstances, nous ont permis d'éclaircir plusieurs faits sur lesquels les historiens chinois ont gardé le silence. Autant que pc|ssible, nous avons écarté les traditions et légendes qui n'étaient corroborées par aucun document authentique, et nous avons cm devoir nous bonier à reproduire les événements les plus marquants qui ont eu lieu depuis environ deux mille ans, époque où le Yiln-nan a été, pour la première fois, en rapport direct avec la Chine.

Ce n'est que sous Han-kao-ti (*^.^ ^), le premier souverain de la dynastie des Han (22fi avant J.-C), que le» historiens chinois commencent à parler des régions occidentales de là Chine.

152 E8SAI HISTOKIQUE SUR LE YÛN-NAN.

L'an 1 00 avant notre cre, Fempcreur Han-wii-ti (^ ^ ^ dont la capitale était Hsien-yang-bsien ( ^ ^ ^) , ville la province du Slmn-lisi (|^ ^), prépara une cxpéditî poiu* aller reconnaître les contrées situées à Touest de » empii'e. Les peuples de ces contrées étaient divisés en grand nombre de principautés, gouvernées chacune par ou plusieurs chefs indigènes. Celui qui était à la tête la principauté de Tien (*|(^), le plus puissant de tous, pi nait le titre de Wang (^) ou prince de Tien\ Ce fut lui que Farmée de reconnaissance eut d'abord affaire. Bat dans une première rencontre, il n'en continua pas moins lutte jusqu'à ce que, réduit à l'impuissance, il fit sa soumi sion à l'empereur. L'an 104, Han-wu-ti, persévérant da ses projets de conquête, envoya les généraux Kuo-cirai (^ ^) ^t Wei-kuang (^ ^) combattre les peuplades sai vages du sud-ouest. Une partie de ces dernières, intimidées p l'arrivée des trempes impériales, ne tentèrent pas de résiste A la suite de cette campagne, Han-wu-ti, voulant récoii penser Tien Wang de sa fidélité ainsi que deis services qu' avait rendus, lui donna le gouvernement de tout le pays apjïc I-chou-chUn- (^ j^ ^) et lui envoya, ccmime marque c distinction, un sceau en jade. A cette époque, selon le Ti shih - tung - chien (jji; ^ jg ^), le Tien Wang avait i résidence à Paï-yaï^ (Q j^J.

• Prince du pays de Tien, dénomination ancienne sous laquelle étaient co l)ris le Kuei-chou et le Yiin-nan.

-^ Voir le Pén-chi-hsi-nan-i-chuan (jjj >ffî S ^ ^ *!$ )• 3 n nous a été imiM)S8ible d'avoir la signification exacte de ce nom. L aborigènes, et même les Chinois du Yiin-nan, ne savent là dessus que quVn dit le Pen-clii-lisi-nan-i-cliuan. Nous connaissons <leux village» d'I-j appelés Paï-chaï, et situés, l'un au sud de Kien-yang et l'autre prés de Ch; tung.

sous LA PREMIÈRE DYNASTIE DES HAN. 153

ans la trente -sixième ainicc du règne de Han-wu-ti (k>0 avant J.-C), les tribus barbares de la principauté de jjC'iw-i^îiig ^ (^ Ç^) s^ révoltèrent. Tien Wang, ne pouvant v-e»îr à bout de la rébellion, demanda du secours, et Femper'&TMX chargea de nouveau le général Kuo-cli'ang d'aller rétablir V ordre.

A pai-tir de cette époque jusqu'à l'avènement des Tung- Ixau (^ ]^), il n'est plus question de ces contrées dans les annales chinoises. Dans la vingt- septième année du règne de Kuang-wu (^t ]i^), c'est-à-dire en 52 après J.-C, un chef indigène nommé Hsien-li (^ |j|) alla faire sa soumission à l'empereur et reçut de lui les titres de Chiln-chang (t ^) et de Yueh-hsi (jg |H).

A la mort de Kuang-wu (58 après J.-C), son fils Ming-ti

(W ^) hû succéda sous le nom de Yung-p nig (^<^ ^). La

première année de son règne, le chef des I-jên d'un endroit

appelé Ku-fu-i (^ ^ ll)^ s^ révolta et marcha contre le

Tstt-shih^ d'I-chou; ses bandes furent taillées en pièces et

'w-même fut fait prisonnier et condamné à mort; on envoya

^ tête à l'empereur, qui résidait à Lo-yang^, alors capitale.

^ douzième année du même règne (70), nous lisons dans

^ ^ên-chî-ai-lao-chuan (2(j >ffi !^ ^ "1$) Que les barbares

-^î-Iao étaient sous la conduite d'un chef nommé Liu-mao

'W ^). Ce chef, qui se parait du titre de Ai-lao Wang

Ce diâtrict était alors important; il forme aujourd'hui la sous-prcfocture ad- ""^^^tréc par le Chih-hsien de Yiin-nan-fu.

Ce terme, en usajço aujourd'hui pour désigner un Chih-chou, servait, sous ** ^*^ynastie des Ilan, à qualifier une espèce d'intendant- qui, tout en exerçant des lonctions civiles, avait le droit de lever des soldats et d'eu disposer selon se»

^ La ville de l^o-yang-hsicn (^j^ Q|r ^t\ province <lu Ho-nan, fut choisie comme biége de l'empire et prit le nom de Tung-ching {^S "p) ou capiiok de CEsL

(^ ^ 3E)i àivma son teiritoire en deux districts q nomma Ai-lao (^ ^) et Po-nan (^ ^); ayant cnsi soumis la partie occidentale du tenîtoire d'I-chou-cl (^ ^ ^), il la partagea en six districts : Pu-wei (Jf^ % Hsi-tang (H 0), Pi-8U (Jt Ml Yeh-yU' (^ m Hsi lung (^ ^) et Yiin-nan (^ ^), et . forma, avec ces districts, le département de Yung-ch'ang-chUn (^<^ ^ f A la date de l'année suivante (71), le Tung-chieu-ka ^^^ (M ^ iâ9 S) rapporte que la province du Yliu-i était alors divisée en six royaumes, à savoir : Meng-hsi-cl (M H nS\ Yueh-hsi-chao (j^ :^ |g), Lang-cliiung-cl (ÎH ^ Ml Teng-shan-chao (^ fl^ gg), Shih-lang' cl (M î^ bS) ^* Mêng-shê-chao (^ ^ |g). Le plus portant de ces royaumes, situé à l'ouest et gouverné Mêng-slîilî, était borné au sud-est par le Tong-kin et au no ouest par les Tu-ifan (n|^ |§). Dans la suite, ces prin régnèrent sur une partie du Ssù-ch'uan et du Yiin-nan, et fut de Méng-sliih que descendirent les rois de Xan-d

OÊ m)-

A l'avènement de rempereur Shang-ti (77), le prince lao Wang appelé Lei I^ao (^ ^) se révolta et entra à sa suite un grand nombre de ti'ibus. Le T'ai-shou " (-^ ^ de Yung-cb'ang-cliiin appelé Wang Hsin (^E ^) nian contre lui et le poursuivit jusqu'à la principauté de Yeh-; L'année suivante, un autre chef nommé Lu-ch cng ^ (^ 2 leva des soldats, attaqua Lei Lao, le mit en déroute et le prisonnier dans le district de Po-nan, où il fut mis à me

* Ancien nom de Ta-li-fu.

2 'Htrc équivalant aujourd'hui à celui de préfet, mais qui, sous les Ilan, respondait à celui de prince.

3 On ne sait d'où vient ce chef; l'histoire n'en parle (jue dans cette circonsta

sous LA DEUXIÈME DYNASTIE DES H AN. 155

I^^'eimpereur, en reeoimaîssance de cette victoire, donna à L^vi. — cheng le titre de I-liou^ (^ >^), l'an 78.

ULéE neuvième année du règne de Ho-ti (5(5fl ^), en 99, un rtmorf qui prenait le titre de Tan-kuo Wang (||| g ^ j fit sa i>oaji.ïnission et envoya de riches présents à l'empereur. Depuis c^^^tite époque jusqu'à An-ti (^ ^), en 115, l'histoire dit peu de chose sur ce qui se passe dans ces royaumes, première année du règne de An-ti, Tan-kuo Wang ^, appelé vingYu-tiao (lH*^ f^), reconnut de nouveau par des présents la suzeraineté de la Chine.

Sous les souverains de la même dynastie qui se succédèrent ensuite ^, les discordes civiles empêchèrent de s'occuper de cette contrée éloignée. L'empereur Hsien-ti (jUJ ^), en -21, se laissa dominer par un de ses ministres nommé Ts'aotsao Ç^ H^), auquel il avait donné le titre de prhice (Wang) ^t qui fut plus particulièrement connu sous le nom de Wei ^"^ang (1^ 3E)- Hsien-ti, d'un caractère tropl faible pour résister à tous les caprices de son favori, n'eut plus qu'une autorité nominale, à tel point, dit le San-hiO'chih, que Wei Wang fit mettre à mort un des membres de la famille impériale. Ce général, qui, par ses talents militaires, retarda de trente ans la chute comidète de la dynastie des.Han, en pré- Pî^ra une nouvelle dans sa propre famille.

Son fils, Ts'ao-pi (^ ^), non moins illustre par ses qualités administratives, s'empara du pouvoir souverain et força le débile Hsien-ti à lui remettre son sceau. L'empereur, poussé ^ bout, le lui fit remettre par un de ses nunistres, mais Ts ao

* Voir le Ai-lao-i-chnan, titre dc uoblesse.

* Ni le Ai'lao-i-chunn, ui le T^ung-chien-kaïuj-mu ne disent (luel ét^iit le pays (pie Rouvernait ce prince.

^L'empereur Shun-ti régna dix-neuf ans, (irung-ti et Cliih-ti un an chacun, Hêng-ti >ingt-un, Lin-ti vingt-deux et Hsien-ti trente-un.

exigea, afiu de consacrer, pour ainsi dire, son usurpation, qu'on élevât une terrasse sur laquelle il recevrait le sceau des mains mêmes de rempereur, qui abdiquerait publiquement en sa faveur. Ce qui fut fait. Ts'ao donna à sa dynastie le nom de Weï.

A partir de cette époque (221), l'empire chinois fut divisé en trois royaumes. Chang-wu (^ ^), de la famille des Han, régna sous le nom de Hou-lian (j^ ]p|) et établit sa cour à Chêng-tu (j^ ^), capitale actuelle du Ssû-clnian. Cette famille conserva alors tout le pays connu sous le nom d'I-cbou ^ (^ j^y et la province du Slian-hsi. Le prince de Weï, qui avait sa capitale dans le Ho-nan, aux lieu et place de l'emperexn- Hsien-ti, gouverna les provinces du Shan-tung, du Cbih-li et du Sben-bsi. Le prince Wu, bien que n'ayant pas plus que Weï droit à une part de l'empire, s'installa à Chien-yeb^ et étendit son autorité sur les provinces du Chiang-su, du Cbc-cliiang, du Hu-kuang et du Cbiang-hsi.

Chang-wu, premier empereur des Hou-han, régna trois ans; à sa mort, en 213, son fils A-tou (p^ ip) lui succéda et régna sous le nom de Chien-hsing. Ce monarque avait pour conseiller un lettré de grand mérite, Chu Ko-liang (^ ^ ^), qui avait été le in-écepteur de son père; Chienhsing lui accorda toute sa confiance et, comptant sur son dévouement à sa famille, le nomma gouverneur d'I-chou.

Ce pays, en partie soumis autrefois, était partagé entre des chefs que la dynastie des Han avait reconnus en leur donnant des titres. Le plus puissant des chefs, Mêng-ho, se

* A cette éiKxiue, le pays d'I-chou comprenait la province du Ssû-ch'uan, le Kueï-chou, le Yiin-nau et une partie du Laos. 2 Ancien nom de la ville de Nankin.

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