CHU KO-LIANG AU YON-NAN
souleva contre les Chinois nm menaçaient (renvaliir son territoire, où, à ce qu'il prétendait, sa famille régnait depuis des siècles; quelques tribus voisines suivirent son exemple. La troisième année de Chien-lising (^ J^ ), la cour impériale, informée de cette révolte par un messager du T'aïsliou de Yung-ch'ang, appelé Wang-k'ang (3E 'fnl)? ^^ ^^^^' posa à la combattre énergiquement. L'armée de Mêng-ho, forte de 100,000 hommes, et ayant à sa tête Yung-kaï, gouverneur de Chien -ning (^ ^), Chu-pao (:^ j^), gouverneur de Tsang-ho (^ ^vf\ et Kao-ting (^ ^), gouverneur de Yueh-hsi (^ -j^), se mit en marche. Wangk ang, gouverneur de Yung-cirang, et Lii-k aï ( g ^) refusèrent de se joindre à eux et demeurèrent fidèles.
L'armée impériale, sous les ordres de Chu Ko-liang, ne tarda pas à rencontrer les rebelles, et ])lusieurs combats eurent lieu où l'avantage resta à Chu Ko-liang. Chu-pao et Kao-ting, troublés des bons sentiments que Chu Ko-liang avait manifestés à leur égard en rendant la liberté à leurs prisonniers, songèrent à faii'c leur soumission. Ils invitèrent Yung-kaï à un banquet, dans l'intention de se saisir de sa personne et de le livi'er ensuite comme l'instigateur de la révolte ; mais celui-ci, pressentant une trahison, n'y alla pas. Les chefs l'attaquèrent ouvertement : il tomba entre leurs mains et fut mis à mort par 0-huan (^ i^), un des officiers de Kao-ting. Ce dernier se rendit chez Chu Ko-liang avec la tête de Yung-kaï et fit sa soumission, qui ne fut reçue qu'à la condition qu'il tuât aussi Chu-pao, ce qu'il accepta, et il fut ensuite réintégré dans ses fonctions de gouverneur de Ylleh-hsi-chlui (^ -j^ ^). Peu de temps après. Chu Ko-liang, mieux connu sous le nom de Kung-ming C^L 1^)7 trouvant ce temtoire ti'op étendu pour un seul
158 ESSAI HISTORIQUE SUR LE YCN-XAN.
adiïiînisti'ateur, forma, avec la partie située à l'est de Yungcli'ang, un nouveau district : il lui donna le nom de Yiinnan-chun (^ ^ ^) et en confia la direction à Lu-k aï. La pai'tie du territoii'e appelée Tsang-lio fut aussi organisée diiféremment et prit le nom de Hsing-ku-chiln (^ "jjp ^); Ma-clumg (j^ j^) en devint le gouverneur.
Mêng-lio, bien que abandonné par les chefs qu'il avait poussés à la révolte, n'en continua pas moins la lutte. Dans une bataille, il fut fait prisonnier ; mais, comme il se plaignait d'avoir été pris dans une embuscade, K\ing-ming le rendit à la liberté et lui pennit de recommencer la guerre. Sept fois Mêng-ho combattit et sept fois il fut fait prisonnier. S'inclinant enfin devant les talents militaires de son adversaire, talents qu'il attribuait à un pouvoir surnaturel, il vint se prosterner aux pieds de Chu Ko-liang, jura fidélité à Tempereur et s'engagea, pour lui et sa postérité, à lui garder une reconnaissance étemelle. Malgré ces protestations solemnelles, les officiers de Chu Ko-liang firent tous lem*s efforts pour décider leur général à remplacer par des Chinois les chefs indigènes; Chu Ko-liang persistai dans ses prudentes résolutions de ne rien changer h l'état politique de ce pays, car il n'est pas douteux que ces peuples à demi sauvages n'eussent pas vu sans une secrète imtation l'arrivée de fon(*tionnaires •chinois et qu'un nouveau soulèvement aurait pu en être la conséquence.
Les Impériaux, sous la conduite d'im capitaine aussi habile et aussi éclairé que K\ing-ming, qui aimait mieux employer la douceur que la force, gagnaient beaucoup de terrain; en 227, LungYu-na (f| >^ ^), autre chef indigène, qualifié de Çhiu-chang^ (^ ^y posa également les armes. Chu Ko-liang
» Chef de tribu.
MENG-IIO. 1 59
lui accorda en récompense le nom chinois de Chang-chien-ninjç^
< C'est en partie à dater de cette époque », rapporte le Tung-chien-kang-inu, « que cette région, couverte de forêts
> désertes et presque impénétrables, commença à être dé- *fricliée; qu'on y bâtit des maisons et que la culture d'un
> grand nombre de plantes utiles originaires de Cliine y fut
> introduite. »
Chu Ko-liang, après avoir conquis cette vaste contrée, ou après y avoir du moins fait reconnaîti-e l'autorité de Tenipereur, retourna au Ssû-ciruan. Il mourut dans cette province à Wu-ehang-yllan (^ -^ |^), dans la douzième année du règne de Cliien-lîsing, en 232, à l'âge de cinquante-quatre ans*.
Après la dynastie des Hou-lian, les troubles qui éclatèrent dans les ti'ois royaumes firent perdre de vue cette partie écartée du territoire. Durant une période d'environ trois siècles pendant laquelle les dynasties de Cliin (^), Tung<.hm C^ §), Sung (^), Clii (^), Liang (^), Chêii (B[)? Sui (^) et quarante-un empereurs se succédèrent sur le trône, on ne ti-ouve dans les amiales de la Chine aucune trace des événements qui eurent lieu dans l'ouest. Ce n'est que sous Tai-tsung (^ ^), second prince de la race des Tang, qu'on s'en occupe de nouveau. Nous voyons dans le Ylhi'nan-chiu-chih (^ ^ ^ ^) qu'il y avait à cette époque, dans le district de Cliien-ning-chUn, un chef indigène nommé Cliang Yo (§g |j|), auquel par la suite Tempereur octroya le titre de Shou-ling ("|^ ^); l>î^i^ <iwe l'histoii-e
^ Voir le Yiin-^ian'CHnf/-chih (^ ^ ^ ^).
* Le souvenir de cet homme remaniuable s\'st perpétué dans le Ylin-nau ; on voit encore aujourd'hui, au sud de Chao-chou, une colonne en fer qui a été élevée à sa uémoire.
160 ESSAI iriSlY)RIQUE SUR LE YON-NAN.
soit obscure sur ce point et ne donne aucun détail sur ce personnage, nous sommes portés à croire qu'il descendait de Lung Yu-na, dont Chu Ko-lîang changea le nom en celui de Chang-chien-ning.
A la date de GfîO, on lit dans le Yiin'nan'timg-chih que Chang Yo abdiqua son titre de Chiang-chiin (^ ^) en faveur d'un chef de la principauté de Mêng-shih (^ ^) appelé Hsi-nu-lo (Jg^ 7^ ^). Des six princes qui, comme nous l'avons dit, se partagèrent le pays, ce dernier était le plus puissant ; ses états étaient situés plus au sud, de là sou surnom de Nan-chao (^ ^). C'est de lui que descendent les princes dont nous allons parler. Ils régnèrent sur une partie du YUn-nan et du Ssû-ch'uan.
Mêng-shih Hsi-nu-lo (^ ^ JfW 3^ ^) établit sa cour à l'ouest de Chao-chou (^ »|^); au sud, son royaume était bonié par le Tong-kin et au nord-ouest par les Tu-fan (fth 1^)- Sa postérité, ainsi que nous le verrons par la suite, acquit une grande puissance. A la mort de Hsi-nu-lo (685), son tils Lo Shêng-yen (^ ^ jj|) lui succéda. La ville de Yaochou (^ ^) s^ sépara et passa sous l'autorité des Tu-fan. Les indigènes de ces parages, composés d'Ai-lao (^ ^), d'I-jen (H ^) et de Man-tzil (i^ •^), se révoltèrent; malgré cette défection, Lo Sheng-yen resta fidèle aux Chinois. L'an 713, Shang Lo-p'i (j^ j^ ^) lui succéda; il envoya des présents à la cour de Chine et l'empereur lui conféra le titre de Tai-teng-chUn Wang (^ >^ ^ 3E)- ^^ même que sous le règne de son père, la rébellion continua, étouffée dans un endroit, se rallumant dans un autre. Menacé de tous côtés, il envoya des ambassadeurs à l'empereur, en 710, et fit bâtir une ville ceinte de remparts, à laquelle il donna le nom de To-tung-knei-clmig {jf^ ^ ^ ^j.
KO LO-FENG. 161
Pï Lo-ko (^ JPI ^)) plus heureux que sou père, par-
yint à soumettre les ciuq royaumes voisins, et les réunit
an sien. Décoré en conséquence par l'empereur Jui-tsung
($$> ^^) du titre de Kuei-I Wang (^ ^ 3E)? ^1 transporta
sa résidence à T ai-ho-ch eng ' (^jt ^ ^) en 738. Afin de
fortifier ses bonnes relations avec l'empire, il envoya son
petit-fîls Fêng Cliia-I (J^ jjo ^) en ambassade auprès de son
suzerain, qui le qualifia de Hung-lo-ching (y3| fl§ ^). Ce
prince, un des plus remarquables de cette dynastie locale,
xiiottrttt en 748, léguant le pouvoir à son fils Ko Lo-fêng
En 750, ce monarque, irrité des exactions commises par le» mandarins chinois qui commandaient les troupes cantonnées sur son territoire, voulut faire un exemple : un d'eux, non moins débauché que rapace, avait séduit des femmes de la cour; Ko Lo-fêng le tua de sa main. En même temps il leva l'étendard de la révolte^ et s'empara de trente-deux villes. L'empereur envoya contre lui le général Hsien-yiiehung-fung (^ ^ >fïji U ) à la tête de forces considérables. Ko Lo-feng, pour gagner du temps, demanda à traiter de la ])aîx, mais son envoyé fut jeté en prison. Alors il marcha en avant. Dans une grande bataille, qui eut lieu près de la rivière Hsi-erh (Q ^^ Jg*), les Chinois furent mis en déroute et un de leurs généraux appelé Wang T'ien-yiin (3E ^ jM) Perdit la vie; à la suite de cette défaite, ils évacuèrent tout le territoire qu'ils occupaient. Ko Lo-fêng s'y établit en maître et donna au pays le titre de Ta-mêng-kuo (j^ ^ H)* P^îs i^ s'allia avec le roi des Tu-fan (Thibet)
* On voit encore aujourd'hui des vestiges de cette ville, au sud -ouest de Ta-li-fu.
- Voir tiAUBiL, Mémoires concernant len Chinois.
par crainte d'un retour oifensif des Cliînoîs, et fit graver sur une table de marbre, qu'on montre encore aux environs de Ta-li, une inscription où il expliquait les motifs qui l'avaient obligé à prendre les amies. Les Chinois firent de nombreuses tentatives pom* replacer sous leur autorité le vassal révolté, mais sans succès. En 754, par exemple, ils envahirent le Ylinnan sous les ordres du général Li Mi (^ îj&); mais à peine arrivés sur les bords du Hsi-erh ^ que, décimés par les maladies et la faim, ils ne tardèrent pas à rebrousser chemin; pendant leur retraite, Ko Lo-fêng les atteignit et acheva de les disperser.
Ko Lo-féng mourut en 779 ; son fils Fêng Chia-I étant mort presque aussitôt après, son petit-fils I Mou-hsUn (^ É^ ^) prit les rênes du gouvernement. Le nouveaii roi, qui avait eu pour précepteur un lettré chinois nommé Cheng-hui (J^ W)' ^"^* ^^ Lo-fêng avait appelé à sa cour, s'empressa de l'élever au rang de ministre. Mettant à profit son influence dans l'intérêt de son pays, le favori manœuvra de telle sorte qu'il amena le faible monarque d'abord à rompre l'alliance avec le Thibet, puis à se replacer sous la suzeraineté de la Chine. En 793, il marcha contre les Tu-fan, les battit et s'empara de quinze de leurs villes. À la suite de ce succès, l'empereur Taï-tsung ( j^ ^) envoya l'ordre à Wei-kao (:^ ^), gouverneur du Ssû-chiian, d'inviter le roi du Yttn-nan (794) à reprendre son ancien titre de Nan-chao, de quitter celui que le souverain du Thibet lui avait donné et d'expulser les Thibétains de son territoire. I Mou-hsUn consentit à tout et, en 795, prononça le serment solennel d'allégeance dans un temple situé au pied de la montagne de Tien-
' Cette rivière prend sa source au nord de Ta-li-fu et se jette dans le lac £rh-hai.