DEPART DE TA-YING-TOU
Notre petite caravane quitte Ta-ying-tdi le 17 octobre 18T2, à dix heures du matin, par une journée eliônnante. Avant d'arriver à Hsin-hsing, on oblique à l'est pour suivi-e un ruisseau, dont le lit est la plupart du temps à sec. La première localité que nous rencontrons, Pu-miao, est entourée de champs cultivés et habitée par . une vingtaine de familles chinoises. Presque aussitôt après, on quitte le ruisseau pour prendre, à travers des collines, un sentier qui se dirige au sud-est. Sur ces hauteurs formant une espèce de plateau et plantées de jeunes sapins, nous traversons plusieui's villages chinois et I-jên, où la population est assez nombreuse, et qui sont à peu près en bon état, ce qui porte à croire qu'ils ont été moins exposés aux visites des bandes rebelles. Cette partie du trajet serait assez facile si le chemin, déjà coupé de nombreux torrents, n'avait été détruit en beaucoup d'endroits. Dans un pli de terrain, parmi les arbres voisins d'une habitation, nous apercevons deux ou ti'ois mûriers; comme ce sont les premiers que nous ayons rencontrés dans la province, nous sommes curieux de connaître comment s'y pratique rélevage des vers à soie; mais le propriétaire nous répond qu'il n'a jamais songé à pareille chose et que ces arbres, en triste état d'ailleurs, ont été plantés par d'autres que par lui. Après avoir grimpé une succession d'escarpements, nous redescendons pour escalader ensuite la montagne qui forme la ceinture du lac de T'ung-haï et de la plaine de Na-chia-ying, village musulman, où nous arrivons à cinq heures du soir.
Nous retrouvons là de vieilles connaissances et, malgré notre désir de continuer notre voyage, les Kuan-shih veulent absolument nous garder au moins jusqu'au lendemain. Afin (le ne pas avoir la mauvaise grâce de refuser une hospitalité
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si généreusement offerte, nous acceptons les invitations qui nous sont faites chez différents notables.
18 octobre. — Au lieu de traverser le lac comme le font d'ordinaire les voyageurs qui vont à Tung-haï (^ ^\ ce qui abrège de beaucoup, et tandis que les bagages et marchandises partent par terre et contournent le lac à l'orient, nous décidons de suivre la voie de l'ouest, quoique plus longue, pour passer à Ho-hsi, où nous devons voir le Cliihhsien (sous-préfet).
Les villages s'étendent jusqu'au pied des montagnes et la campagne est parfaitement cultivée. C'est jour de marché à Ciri-kaï {^^ ^), l'un des gros bourgs de ce district; une foule de barques sillonnent les eaux dans cette direction, vers laquelle se rendent, de leur pas tranquille, à pied ou en charrette, les paysans de la montagne. Les Kuan-shih, qui nous ont accompagnés jusqu'ici, vont faire leurs provisions, et nous poursuivons noti-e route jusqu'à Ho-hsi (^ g), où nous arrivons à onze heures.
Cette petite ville est bâtie presque à la pohite occidentale du lac. Quoique au milieu d'mi centre des plus fertiles, elle n'a pas d'importance commerciale ; autant Tung-haï, sa voisine, est remuante et active, autant celle-ci est calme et monotone. Il est toutefois juste d'ajouter que l'occupation par les rebelles du village de Tung-kou (^ p), qui en est séparé seulement de 15 lis, n'a guère dû rassurer tout ce qui vit du négoce ; aussi vit-elle avec le temps les marchands s'éloigner et son commerce diminuer au profit de T\ing-haï.
D'après Wang I (3E |^)î 1^ ^1^^^ ^^s I-j^^i ^^ ^c district, la plupart des habitants qui résident en ville sont propriétaires et s'occupent de faire valoir leurs biens; ils paraissent
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porter un intérêt médiocre au commerce et ne s'inquiètent guère de ce qui se passe autour d'eux. Au lieu de tenir des marchés réguliers chez eux, ils apportent leurs céréales et autres productions agricoles sur celui de T\mg-haï, qui, par sa situation entre deux villes \ réunit un grand nombre de vendeurs et de chalands.
Ho-hsi-hsien a sulîi passagèrement la présence des rebelles,
rt pourtant on y voit peu de monde. Le lac, qui baigne
presque ses murailles, ouvre aux habitants une voie sûre et
commode pour se transporter aux diverses foires qui ont
'ï^n dans les environs, sur l'une ou l'autre rive.
Au sortir de la ville, on côtoie la droite du lac, puis on
^avance au milieu d'une plaine bien cultivée, où des villages
^^^nts de remparts en terre et des maisons bien construites
'^^*notent une certaine aisance. Les 30 lis qui séparent Ho-
^^î cle T'ung-haï sont franchis sans la moindre fatigue et au
'^'lîeu d'un paysage doux et tranquille.
T^^ung-haï, sur le même plateau que Ho-hsi, présente une
^'^s plus belles Mies du Yiin-nan : les montagnes qui bordent ^ I>laine s'élèvent à mesure qu'elles s'avancent vers le nord ; ^ I51C, aux eaux poissonneuses et limpides, s'étend en lonnr de l'est à l'ouest, toujours couvert de barques de le ou de voyage.
/indigo, que nous avons remarqué dans la plaine de
^in-hsing, ne se montre pas de ce côté, l'altitude du pla-
^^11 nuisant sans doute au rendement avantageux de cette
^^^.nte. Les arbres fruitiers qui couronnaient les hauteurs
^^ Tung-haï s'échelonnent à présent sur l'une et l'autre
^"V^c; partout où l'eau alimente difficilement les rizières, on
^^Itive le blé, le riz, les fèves, les pois, la moutarde et une
' Hohsi au nord-ouest et Ning-chou au nord-est.
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foule (le légumineuses dans cette fertile plaine; les fruits de toutes sortes, dont elle est abondamment pourvue, sont en grande partie livrés aux confiseries du pays, qui les préparent d'une façon particulière pour les distiibuer ensuite sur tous les marchés de la province.
Sur la route que nous venons de suivre, c'est-à-dire quelques lis avant d'arriver à la ville, se ti'ouve, vers le sud, au pied d'une colline boisée, une source d'eau minérale qui dégage de l'acide carbonique. Les Chinois, admirateurs de tout ce qu'ils ne comprennent pas dans la physique terrestre, y ont élevée un fort joli temple, où les fidèles vieiment adresser leurs dévotions au terrible dragon protecteur de la montagne qui, d'après eux, a le pouvoir de faire jaillir des torrents de feu si les habitants lui donnent des sujets de colère. Des bassins adroitement disposés retiennent une certame quantité d'eau, tandis que le trop plein se déverse dans le lac par une rigole ménagée à cet eff^et.
Cette ville présente un rectangle régulier ; la porte du nord, qui s'ouvre sur le lac, n'en est distante que de quelques centaines de mètres, et les faubourgs forment une gi-ande rue qui occupe toute la façade sud ; c'est là qu'on trouve des écuries assez vastes pour remiser toutes les bétes de somme qui servent au commerce de transit. La cité est très peuplée ; ses habitants, actifs, doux et hospitaliers, ont compris dès les premiers jours que le soin de leurs intérêts leur faisait un devoir de s'entendre avec les rebelles. Ayant vécu jusque là en bonne intelligence av^ec les musulmans des environs \ ils
' Quatre villages voisins, Na-chia-ying, Ku-cireng, Hsiao-tung-k'ou, Ta-tuug-k'ou, étaient, avant la rébellion, entièrement habité;? pardesMusubnan.s. Ho lisi en eoniptait environ ôO à 70 familles et autant (ri-jên.