ASPECT DE LA ROUTE
n'avaient pas pris les armes contre eux alors que les édits rtes mandarins les invitaient à le faire. Quand les troupes nuisulmanes se présentèrent victorieuses devant leurs murs, uue dépiitation de notables sortit pour traiter avec le général en chef*, qui accepta leur soumission à la condition d'approvisionner ses soldats tant qu'ils camperaient dans le pays. Voilà comme ils évitèrent le fléau de la guerre qui, de ce coté plus qu'ailleurs, exerça des ravages épouvantables. Aussi, dès qu'on approche, on voit au premier coup d'œil que cette ville n'a point souffert ; ses rues, ses maisons, ses temples, les mamelons couverts d'arbres sont en bon état de conservation et ont gardé intact le caractère qui distingue les villes chhioises.
Au sud-est, non loin des remparts, on prend la route qui descend à Kuang-i (J^ |^) et de là à Lin -an (g§ ^); riutervalle entre les collines est si étroit et si bien dissimulé par la végétation que de loin ces hauteurs semblent se souder sans interruption Tune à l'autre.
Jusqu'à Cln-chiang-paï (J\^ y^ ^) la route est des plus accidentées; presque tout le temps, on ne fait que monter et surtout descendre des pentes abruptes, entre lesquelles s'écoulent de nombreux torrents, dont l'œil ne saurait suivre les détours. La nature du sol varie sensiblement : en certains endroits dominent les grès friables (*olorés, en d'autres, ils .sont plus consistants et les sommets sont en général couverts de blocs de granit; plus loin, une couche de tern» végétale très rouge, qu'on prendrait de loin pour de l'oxyde de ploml) étendu à sécher si les sapins ne croissaient par là en abondance, tapisse les flancs de quelques collines,
' Mil .Ju-lun;:: avait le coininaiulnncnt des tioiipei-i et le graml'pvètn; Ma Tè-hsin^ •'tait radmiiii.strateur général ou ^raiid clid', Ta-ynan-Hhuai ("yC j^ Bllj)-
De temps à autre, on traverse quelques villages. LcC^ habitants de ces parages, natures ardentes et actives, cul^ tivent les petites vallées et font, quand ils ne travaillent papaux champs, des coupes de bois à brûler qu'ils apportent* sur le marché de Timg-haï-hsien (^ j^ |g^). Cette route, Tannée dernière, était peu fréquentée à cause des chefs rebelles qui occupaient les districts de Kuang-i et autres dont nous avons déjà parlé; elle a repris quelque animation et, çà et là, nous croisons des convois apportant les marchandises du sud. Il n'est pas besoin de demander d'oii elles viennent : on le devine aisément au costume des muletiers. Ceux de YUan-chiang* (jq ^), le teint hâlé par le soleil, se font remarquer par leurs habits aux couleurs éclatantes et par l'énorme turban qu'ils enroulent non sans grâce autour de leur tcte. Ceux de Lin-an, qui se parent de couleurs assez régulières, tranchent sur les autres par lem- teint un peu cuivré, et au lieu du turban, ils portent un petit chapeau tressé en paille de bambou, de forme conique ; leur regard, vif et hardi, leurs façons décidées et leur démarche, un peu théâtrale, impriment à leur physionomie un caractère d'indépendance particulier aux populations méridionales; ici, plus encore peut-être que dans le nord-est de la province, cette classe de gens est passionnée pour la musique, et il est bien rare d'en rencontrer qui ne portent pas avec eux l'indispensable mandoline^ (^ ^ •^).
La route continue à serpenter le long des flancs escarpés d'une montagne, au pied de laquelle un torrent, qui prend naissance sur les hauteurs, roule avec fracas; de chaque
» Prononciation française : Yiien-teiang. 3 Le San-hsien-tzù.
OH'l-CHIANG-PAL 205
côté s'ouvrent çà et là des précipices. Cette route, naturellement difficile, est dans un état complet de bouleversement. I^^puis le début de la guerre ci\ile, on a négligé d'en réparer l^^ dégâts; les ravines creusées par les fortes pluies de mai ^ juillet et quelquefois d'août, l'ont déti'uite en bien des ^î^droits, et ce n'est qu'avec d'exti'êmes précautions qu'on P^^nient à franchir ces obstacles passagers.
Liang Shih-mei* (^ ^t ^) ^^^î* profité de ces points stratégiques pour y élever quelques fortins^; une petite garnison les défendait, mais, quelque faible qu'elle fût et gi-âce à la disposition naturelle des lieux, elle suffisait à barrer le passage à un corps d'armée chinois. Un petit mandarin qu'il avait installé dans ces postes percevait un droit de péage de quelques sapèques sur tout ce qui suivait cette voie, voyageurs et marchandises ; ce fonctionnaire était chargé en même temps de protéger les voyageurs contre les mauvais sujets qui infestaient ces parages.
Le torrent, gi'ossi en route par de petits affluents, continue sa course bruyante entre les rochers qui forment son lit. En avançant vers la plaine, on trouve quelques ponts en pierre qui, afin de faciliter le chemin, ont été construits entre l'un et l'autre côté de la montagne. Ces travaux d'art paraissent remonter à une époque assez éloignée ; ils ont beaucoup d'analogie avec ceux que les souverains de la dynastie des Ming ont établis sur le grand canal, dans le Chiang-su et les autres provinces du littoral. L'entrée de la plaine de Ch i-chiang-paï ^ (^ •^ 5f^), qu'on aperçoit bientôt, se dessine au sein d'une atmosphère
' n commandait à Lin-an. Voir les notes sur la rébellion musulmane. * Mandarin et fortifications ont été supprimés en 1873 par Ts'ên Yii-yin^ fi& ^& i£} lorsqu'il revint de son expédition de Kuanjç-i. 3 Paï, en chinois, signifie plaine.
206 DE HSIN-HSING A MÊNG-TZp.
brumeuse; depuis le départ de Tung-haï, et quoiqu'on ai quelques hauteurs à escalader, on descend néanmoins sensible ment, et plus on avance, plus le changement de températui est appréciable. On entre dans un pays au milieu duqui la rébellion a longtemps séjourné; tous les passages un pe impoi-tants sont fortifiés et les villages, grands et petits, soi entourés de murs en teire qui en détendent l'approche. . Feutrée de la plaine, sur une légère éminence, se trouve 1 village de Tsang-pu (|^ ^), oîi s'arrêtaient les voyagem qui venaient du nord ou qui ne voulaient i)as s aventurer passer la rivière de crainte de tomber entre les mains dt rebelles de Kuang-i.
Une rivière, assez considérable en etïet, aiTose le \)^y> ainsi que la plupart des cours d'eau en Chine, elle pren un nouveau nom dans chaque endroit qu'elle traverse; l elle est appelée Cln-cliiang-ho (-{;; jx. M)'i ^^^^ coupe 1 plaine d'un bout à l'autre ; d'une largeur d'environ 100 mètrei elle en atteint 200 à 300 à l'époque des pluies et couvi ainsi de sable et de galets une grande smface du sol. Pai tant de llsin-hsing-chou, elle passe à Hsi-o, oîi elle reço un affluent important qui vient des montagnes de Lao-lu-kua (^ @ H), et grossit son cours de nombreux tributaire entre autres le Si-tsao-t'ang (|^ ^ ^), qui vient la joindi au sud-est de la plaine. En quittant cette deniière, elle n monte au milieu des montagnes, va baigner P'u-hsi (y^ g autre village musulman, et finit par se réunir à d'autres coui d'eau qui forment l'artère sujiérieure du fleuve de Canton.
Deux ponts, l'un en pierre et l'autre en bois, sont jett sur la rivière : le second, passerelle pour les piétons, e^ en face de Sha-pa (jj^ j^), grand village fortifié ; le premiei situé presque à l'extrémité orientale de la plaine, est celv