L-a distance qui sépare ces deux villages, n'étant que de
30 lis presque sans sortir de la plaine, nous (fuittâmes Sha-
tieix après déjeûner, vers onze heures, et à trois heures nous
toaoliions à Ta-chuang. Rien de bien particulier durant ce
trajet; hors de Sha-tien, la route se dirige vers le nord,
côtoie pendant vingt minutes la base des collines, xs'y engage
juaqu^au sommet, tourne à Fouest et descend peu après dans
la plaine de Ta-chuang, qu'elle coupe dans sa plus grande
largeur. Sur toute son étendue sont disséminés des villages
i^-Io et quelques hameaux chinois, ceux-ci en minorité.
^0U8 traversons la petite rivière, qui prend sa source dans
^^ hautes montagnes abruptes au pied desquelles le village.
^* bâti, poursuit son cours vers le nord, s'engoufiEre dans
^^ souterrain et va reparaître non loin d' A-mi-chou.
Ta.^chuang possède dans ses environs des gisements mé- ^Wui-giques et des couches importantes de houille.
-L-^s Lo-lo ou I-jên, tout en faisant produire à cette ex-
ceileï^^e terre tout ce qu'elle est susceptible de rendre, ex-
ploit^;jjt des gisements de houille, de nature bien diflférente;
^^^l^iies-uns de ceux-ci appartiennent à la même chaîne de
^^*uxx^g^ qui court de l'ouest à l'est et que nous avons vu
foruxi^y la démarcation entre les districts de Mêng-tztt et
*^^tnî-chou; d'autres, situés au nord, en remontant du côté
u A.-xïji.çjjQ^^ fournissent une espèce d'anthracite qui présente
*^ tuême caractère que celui de Lin-an, ce qui ferait croire
* ^ne ramification de cette dernière couche. L'autre extrait
^ la chaîne de collines dont nous avons parlé plus haut
^^Une un produit très friable et sulfureux; le filon de cette
P^îtie, quoique inférieur en qualité, est beaucoup plus puissant
228 DE HSIN-HSING A MENO-TZC.
et Textractioii plus facile. Comme il serait îm])ossible ^ cause (le son état terreux, de remployer dans les fourneai les indigènes le mélangent avec une petite quantité de tei glaise et en façonnent des briquettes, qui font un bon usii dans les i)re8Soirs à huile.
En suivant la chaîne de montagnes abruptes, qui court r nord au sud et prolonge sa course jusque sur la frontiéj du Tong-king (^ ]^) pour remonter de là vers le noi le long du Kuang-hsi (^ |S), on rencontre un gran nombre de gisements métallurgiques dont quelques-uns seule ment sont exploités. Non loin de Ta-chuang, en gravissan la montagne qui suiidombe ce village, il y a des gisement de galène argentifère où un commencement d'exjdoitation donné de fort bons résultats, mais qu'il a fallu abandonne à cause du lavage du minerai. Les indigènes jnétendei que les eaux bourbeuses du toiTent mêlent au lavage cei taines matières étrangères, et comme ce ton*ent est le sei qui arrose cette plaine, ses eaux détruisaient toutes les n coites. Malgi'é la richesse des filons et la bonne qualité d minerai, les mandarins, pour éviter un soulèvement imm nent, jugèrent prudent d'interrompre l'exploitation.
Le versant sud -ouest de la même montagne renferm plusieurs gisements de cinabre et de mercure natif, ti-availk' avec succès pendant longtemps par les indigènes; mais 1 manque d'air et les frais d'extraction y ont fait renoncer.
Pendant l'absence des courriers, nous profitâmes des quelque jours que nous avions devant nous pour faire des excursion dans les environs. A A-mi-chou, Mêng-tzù et Kuo-chiu (^ -fl nous trouvâmes la population très bien disposée pour le étrangers : les notables ou chefs de ces distiîcts et les mai chauds avec lesquels nous avions lié connaissance ne savaiei
PRÉJUGÉS SUR LE CLIiMAT DE MAN-HAO. 229
trop comment exprimer leur gratitude envers M. Dupuis, le premier pionnier européen qui allait leur ouvrir une source de richesse et de prospérité si malheureusement tarie par les dissensions civiles. Ces braves gens s'efforçaient de nous expliquer, dans leur dialecte provincial et rustique Tavàntage considérable que tout le pays devait retirer de la réouverture des voies de communication; comme ceux de Lin-an, ils se plaisaient à énumérer les désastres que cette fermeture malencontreuse leur avait fait subir, soit en suspendant le commerce, soit en obligeant, faute d'écoulement ^€s produits, à réduire le personnel des mines et même à ^n fermer une partie.
Quinze jours s'étaient écoulés depuis le départ des cour- Tiers et nous n'avions pas encore de nouvelles, ce qui nous ^lonnait à espérer que peut-être, après leurs cinq jours écoulés, ''s avaient entendu dire que les convois allaient arriver et ^i^i'îls avaient retardé leur départ en conséquence ; cette hypo- ^^^èse seule nous faisait attendre patiemment.
I^urant ces jours d'anxiété, passés à Sha-tien ou à Ta- ^huang, les notables ou anciens négociants qui avaient la P^^ipart fait le voyage de Man-hao cherchèrent à nous con- ^'aîiicre de la témérité qu'il y avait pour les Européens et '^'^ Chinois qui nous accompagnaient à se risquer dans un *^y er pestilentiel comme celui de Man-hao. L'incrédulité que '^^iis manifestions au sujet du tableau effroyable qu'ils nous ^^çaient de ces parages, affectait beaucoup les Chinois de uotre suite, et ceux-ci à leur tour s'efforçaient, par tous les ^^yens possibles, de nous faire abandonner notre projet. "^ Si vous n'y allez, » disaient-ils, « que pour rester quelques
* ligures et remonter ensuite à Yao-tou (|^ ^), comme nous
* lo. faisions jadis, vous pouvez, en prenant de grandes
230 DE HSm-HSING A MÊNG-TZO.
» précautions et surtout en ne buvant que de Teau de ce
> dernier village, risquer d'entreprendre ce dangereux voyage; » mais, si vous voulez séjourner 'à Man-hao , cette décision » pourra vous être funeste. » Avec des gens aussi convaincus, il était difficile, sinon impossible, de raisoimer ou de combattre des préjugés enracinés dans leurs têtes depuis des amiées ; cependant nous hasardâmes une question : « Com- » ment se fait-il, » leur demandâmes-nous, « que les étrangers
> vivent parfaitement dans ce pays ? Nous ne faisons pas
> allusion aux indigènes, qui doivent être accoutumés à tous » les fléaux qui régnent chez eux ; mais les Cantonais et » ceux de leurs compatriotes qui y ont fixé leur résidence, » ne pensent pas que le pays soit aussi malsain que vous » voulez bien le dire, car^ bien que le commerce soit encore » interrompu, ils n'en restent pas moins parmi vous ». A cette question, ils répondirent, avec cette naïveté qui caractérise les gens de la campagne, que les Cantonais possédaient une médecine souveraine contre ces sortes de maladies, que c'est par leur entremise que les quelques maisons du Ylln-nan ont connu cette panacée et que, pour empêcher les autres habitants des montagnes de profiter des avantages lucratifs du commerce qui se fait par cette voie, ils ont toujours gardé le secret de leur remède; aussi, tous les habitants du plateau du Yiin-nan qui descendent dans ces parages pour y passer quelques jours, s'en retounient-ils empoisonnés par cette atmosphère viciée et ne tardent -ils pas à succomber.
Le fils adoptif du Tl-t'aï, ainsi que l'autre mandarin qui était avec nous, effrayés des sombres perspectives qu'on déroulait à nos yeux, cherchaient un moyen de battre en retraite. « Nous aimerions mieux, » disaient-ils dans les