HOSTILITÉS ENTRE CHEFS
de l'autre et cherchèrent à se supplanter. Chang Laï-ch'ing, surnommé Chang Lao-pan, jadis petit épicier, se crut plus puissant que ses collègues et s'empara d'une grande partie des terrains situés à l'est de la ville, et dont les propriétaires n'étaient pas encore revenus. Le Chinois Yang Chiu-kueï et Fêng Tu-ssîi, Lolo d'origine et chef de tous les aborig'ènes du district, suivirent son exemple en s'appropriant des terrains; mais leur part étant de beaucoup inférieure, ils se liguèrent ensemble contre Chang Laï-ching. A la suite de pourparlers qui n'aboutirent qu'à aigrir les esprits, la discorde éclata : chacun des deux partis réunit autant qu'il put de soldats et s'apprêta à défendre ses intérêts par la • ^oie des armes. Fêng T'u-ssû et Yang Chiu-kueï, auxquels ^^ joignit par la suite Li Chêng-kung, commencèrent par ^•^''l'êter sur la route de Man-hao tous les convois appartenant ^ Ohang Laï-ching.
T-*a guerre ainsi déclarée, chacun se tint sur ses gardes.
'^ang Chiu-kueï et ses collègues restèrent maîtres de la ville
^t Chang Laï-chmg, redoutant une surprise, se retrancha
4a.ns ses maisons. Les habitants, que ces armements avaient
*'2tl>ord un peu surexcités, s'habituèrent bientôt à cet état
^^ guerre et continuèrent leur train de vie comme devant.
Il eût été trop onéreux pour les chefs ennemis d'entretenii-
^^ grand nombre de partisans pour surveiller leurs mouve-
^^xits respectifs; aussi les envoyaient-ils travailler aux champs
P*^ petits groupes et surtout armés, de crainte de surprise :
ceeî expliquait les laboureurs armés que nous avions vus en
eti^trant dans la plaine. Ce singulier état de choses dure
depuis des années. H amve parfois qu'en se rendant à leurs
travaux les partis hostiles se rencontrent : on se dispute et
A^s injures on passe aux coups; les couteaux et les lances
252 DE HSIN-HSING A MENG-TCU.
entrent en jeu, et bien souvent ces bagarres se terminent d'une manière funeste à plusieurs combattants. Dès que les esprits sont calmés, les blessés rentrent au logis, et les autres, aussi peu émus que s'il n'était rien ari'ivé, s'en vont travailler comme à l'ordinaire.
Chang Laï-ch'ing, tout en gardant son caractère indépendant, et luttant contre ses adversaires, faisait tous ses efforts pour gagner les bonnes grâces du Fu-t'aï, auquel, de temps à autre, il envoyait des sommes d'argent, dans l'espoir d'obtenir l'impunité sur ce qu'il avait volé à ses concitoyens ; et peut-être comptait-il un jour être nommé administrateur du district.
Le Cliih-lisien, qui, depuis la mort de Liang Shili-meï, avait acquis un peu plus d'autorité, essaya, à différentes reprises, d'apaiser cette querelle; ses tentatives n'aboutirent au contraire qu'à la rendre plus vivace. Le gouveniement provincial intervint à son tour et manda Chang Laï-cli'ing dans la capitale avec ses troupes, afin qu'il participât à une expédition qui se préparait pour l'ouest. Celui-ci une fois
parti, Yang Chiu-kueï et Fêng T'u-ssù profitèrent de son éloignement pour piller et saccager ses propriétés. Chang Laï-chmg, averti, rebroussa chemin en toute hâte, et son retour fut le signal d'un branle-bas général : on se battit pendant plusieurs jours; enfin, sur le conseil du Chih-hsien, Chang Laï-ching se décida à poser les armes. Durant cette lutte, les rues de Mêng-tzû présentaient une animation peu ordinaire : les habitants, tout habitués qu'ils étaient à ces sortes de manifestations, évitaient autant que possible de se risquer dans le quartier occidental, où se livrait la bataille ; ils restaient spectateurs et n'osaient manifester leur sentiment pour l'un des deux partis, de peur d'être maltraités par les soldats de l'autre camp.