‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 66 sur 174 · DEPART POUR TA-CHUANG · texte numérisé non relu

DEPART POUR TA-CHUANG

Quelques jours avant notre entrée en ville, une de ces scènes de violence avait eu lieu : un des partisans de Cliang Laï-ch'îng, pendant qu'il travaillait aux clianips, avait été tué par un des hommes de Yang Chiu-kueï. Ce meurti-e avait causé une grande agitation : on procéda à une enquête minutieuse, et il fut prouvé que la victime avait été provoquée. Fêng T u-ssù, reconnaissant son homme coupable, consentit à payer imc somme de 250 taëls à la famille du défunt et le calme se rétablit.

Nous étions depuis une quinzaine à Mêng-tzù, occupés à explorer les environs, en attendant des nouvelles de l'expcditîon Dupuis, lorsque nous reçûmes des dépêches qui nous app^Xaient dans la capitale. Nous nous éloignâmes aussitôt de (^^tt^ ville, oïl nous avions été Tobjet d'une cordiale hospitaiifc^^ pour aller à Ta-chuang faire nos préparatifs de départ. ^^ route de Mêng-tzù à Ta-chuang est non moins facile qo a.^pj.éable. D'abord on se dirige droit au nord, et, après ^ '^. 15 lis de marche, on arrive dans une sorte de bastond^ où les eaux de quelques torrents réunis ont formé un P^tit lac. Un pont de pierre, qui n'a pas moins de vingt ^^'clx^s^ jeté sur le bras du lac, évite de faire un long détour ^ c'est le seul travail d'art qu'on trouve dans ces paï^g^iQ. Dans toute cette partie de la plaine, qui s'étend en long-eur sur un parcours de 35 lis et environ la moitié en Uîg^ur, la nature sablonneuse du sol et le manque d'eau ne ï^^rmettent pas de cultiver le riz; elle est aujourd'hui à çeu près abandonnée, et pourtant, d'après le rapport des ^yBans, elle était, avant la rébellion, occupée par les aborigènes, qui y récoltaient du maïs, du sarrasin, des pommes de terre et des pois. Depuis que la population a diminué, j'on ne met en culture que les endroits dont la fertilité

254 DE HSIN-HSING A MENG TZU.

assure des bénéfices. Les AÔllages du nord, d'apparence très humble, sont en général peuplés d'I-jên; les arbres cle toutes essences, qui ailleurs contribuent beaucoup à égayer l'aspect de ces pauvres demeures, sont ici très clair-semés. Aux approches de Ta-chuang, la plaine se resserre entre de petits mamelons, au tournant desquels le paysage s'anime, et l'œil se repose avec plaisir sur des cultures disposées en amphithéâtre. Nous arrivons dans l'après-midi.

Une inflammation du foie, occasionnée, au dire des médecins chinois, par les fatigues du voyage, vint désagréablement interrompre nos préparatifs de départ et nous força de garder la chambre pendant plusieurs jours. La convalescence s'opérant lentement, et notre état de faiblesse nous interdisant de monter à cheval, nous résolûmes de partir en palanquin par la voie de l'est, plus longue il est vrai, mais d'un parcours plus facile.

Na Ssù-î, avec tout le personnel, resta à Ta-chuang pour y attendre l'arrivée de l'expédition.

Ma Kuang-wen, qui nous avait accompagné dans presque toutes nos excursions, voulut venir avec nous à la capitale.

Le 28 novembre 1872, nous quittâmes Ta-chuang par une délicieuse jouniée ; étant partis tard, nous n'allâmes pas plus loin qu'A-mî-chou, où nous passâmes la nuit. Tout ce district, jusqu'à Chu-ylian et au-delà, produit beaucoup de cannes à sucre. On y rencontre des mines de houille, qui paraissent être des ramifications de celles de Lin-an et de Ta-chuang, à en juger par les produits qui sont' de même nature; l'exploitation en est abondante. Bien que la route soit relativement commode, le mouvement de la chaise à porteurs nous fatigue considérablement; aussi, eu arrivant aux gîtes d'étape, le moindre effort nous est impossible.

RETOUK A LA CAPITALE. 255

Nous traversons deux grosses rivières, qui, d'après les cartes du pays et les renseignements qu'on nous donne sur les lieux, ne sont que des affluents de la rivière de Canton. Les gens du pays n'ont rien de particulier ; les I-jên, qu'on trouve de ce côté en assez grand nombre, sont, comme partout ailleurs, retirés dans leurs montagnes. Jusqu'à la capitale cette région semble mieux cultivée que celle de Lin-an, ce qui s'explique par le séjour moins prolongé qu'y ont fait les. rebelles. Après avoir couché à Pan-clnao, nous repartons de grand matin et nous entrons dans la capitale du Ylin-nan à Luit heures et demie. H y a peu de monde dans les rues. LéE population, plus ou moins habituée à fumer l'opium, est loin d'être matineuse : les artisans et les marchands, qui dans d'auti'es villes travaillent ou vaquent à leurs affaires, sont ici à peine réveillés et n'ont pas ouvert leurs boutiques. Cà et là nous rencontrons des paysans chargés de provisions et des vidangeurs attardés dont les tinettes, hermétiquement fermées, sont portées par couples à dos d'âne.

Malgré l'heure matinale pour un fonctionnaire chinois, nous trouvons Ma Ju-lung occupé de mettre en ordre sa belle collection d'armes. La salle de réception oflî'e l'aspect d'un véritable arsenal; à côté des fusils de chasse on aperçoit des fusils de gueri'e de toutes sortes : le chassepot, le Remingto]i, le fusil à aiguille, le Martini, le Snyders, et beaucoup d'autres appartenant à des systèmes nouveaux ou perfectionnés et dont nous ne connaissons pas les noms. C'est avec un certain orgueil que le général énumère ses armes, dont la plupart lui ont été données en présent.

Après avoir échangé quelques paroles sur la marche des affaires dans le sud et sur l'insuccès de notre voyage, il fit servir le déjeûner. Le repas terminé, il nous conduisit dans

256 1>E HÂ75HSIXG A lŒKGTZU.

mi appartement oti des onvriers étaient en train de réparer des cottes de mailles. D paraît attacher beaucoup d*importance à ces vêtement» de guerre, car U s'occupe lui-même d'en diriger les réparations.

Ces cuirasses de combat qu'on nomme Mien-chia sont de:? gilets sans manches, très longs, qui servent à proté^r le corps contre les balles, sans gêner les mouvements. En usage parmi tous les militaires du Yiin-nan, elles sont fabriquées en toile, en soie ou en drap, et doublées avec de la lK)urre de soie préparée tout exprès et qui Went du Kueïchou. L'épaisseur moyenne, et celle qui donne les meilleurs résultats, varie entre 3 ou 4 centimètres. D'autres ressemblent à un gilet ouaté ordinaire ; on les rehausse de lames en fer forgé, en cuivre ou en argent, selon les ressources du propriétaire.

Trois de celles que nous voyons en réparation se composent en dessous d'un plastron de 10 à 15 millimètres d'épaisseur, et en dessus de plaques d'argent découpées en fonne d'écaillés de poisson. Ces sortes de cottes d'armes coûtent assez cher : la plus petite, bien que les écailles, qui sont d'argent, soient plus minces, contient 250 taëls de ce métal (ce qui équivaut à 1,750 francs), sans compter la main d'œuvre. Les deux autres, faites pour résister aux fusils européens, descendent plus bas, sont garnies d'écaillés bien plus épaisses, et pèsent 410 taëls d'argent (environ 2,870 francs). Ces dernières cuirasses, les seules que nous voyons de ce genre, ont été fabriquées, nous dit le général, pendant sa dicbiture.

11 nous montre aussi deux cottes de mailles, faîtes avec des anneaux de fil de cuivre. Le prix actuel d'une armure de ce genre ne dépasse pas 50 taëls. Excellentes contre les

Page 1