‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 7 sur 174 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE HANKOW A CffUNG-CH'ING

CFTAPITRE PREMIER

C'est au mois de septembre 1870 que nous quittâmes l'arsenal de Fu-cliou pour commencer le long voyage, dont nous mettons le récit sous les yeux du public. Le moment, il faut le reconnaître, était assez mal choisi, et une telle enti-eprise, qui devait nous conduire au fond de la Chine à travers des provinces à peu près inconnues aux Européens, ne pouvait débuter sous des auspices moins favorables. Le territoire du Céleste Empire n'offrait alors aucune sécurité à l'étranger qui s'aventurait hors de l'enceinte des ports ouverts au commerce. Les tristes événements qui venaient d'avoir lieu à Tlen-tsin, l'effervescence des passions populaires, la menaçante rameur d'un grand rassemblement de troupes destiné à combatti'e les Européens, tout cela rendait difficile notre situation de voyageurs pacifiques; d'autre part, l'efficacité des lettres officielles qui nous accréditaient auprès des fonctionnaires du YUn-nan n'était guère rassurante, car jusque là nous devions voyager à nos risques et périls. Nous allions être entièrement à la merci des mandarins, fonctionnaires imbus de préjuges, qui infatués de leur propre civilisation, dédaignent ce qui y est étranger et, accoutumés aux bassesses

de leur entourage, prétendent, loin du pouvoir central, faire

ployer (levant eux tout ce qui les approclie. Si nous avions prêté Foreille aux remontrances de nos amis, nous aurions (lès les premiers pas rebroussé chemin; mais notée résolution étuit prise depuis longtemps, nos plans faits, nos préi)aratifs terminés; en outre, les officiers qui devaient nous accompagner étaient arrivés : nous paiiimes.

Afin de circuler avec plus de liberté i)armi des populations ignorantes et hostiles, notre premier soin fut de dépouiller, en apparence du moins, la qualité d'étianger en revêtant complètement le costinne national.

A Hankow commença en réalité notre voyage. Comme M. Dupuis avait surveillé lui-même les derniers ai)i)réts du départ, nous ne restâmes que deux jours dans cet endroit avfint de remonter le fleuve.

La petite flotille, composée de ti*ois barques du pays, quitta Han-yang ('^ ^) par une nuit d'octobre; il avait fallu, pour oi)érer cette manœuvre, attendre le lever de la lune afin de côtoyer sans encombre les nombreux radeaux qui s'échelonnent le long des murs de la ville. La nuit était sereine; de temps à autre, la brise, soufflant jiar rafales, enflait les voiles et aidait nos bateliers à remonter le courant,

très fort en ces parages; les étoiles scintillaient comme des diamants, la lune qui montait à l'horizon répandait ses mornes clartés sur (*e coin de terre si bruyant et si animé tout à l'heure. Dans le lointain se dessinait, à travers h^ bnimes de l'atmosphère, la noire silhouette de la tour Huang-huolou, (j[ue nous ne devions pas tarder à perdre de vue. Le battement des bambous d'un veilleur de nuit annonçait] çà et là le voisinage des lieux habités et troublait seul doj son bruit monotone le calme profond qui régnait autour de; nous.

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