‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 9 sur 174 · YAO-CHOU · texte numérisé non relu

YAO-CHOU

aujoiu'd'hui la plupart des soldats disséminés dans les garnisons sont originaires du Hu-nan. Dès lors on comprend qu'élevés, pour ainsi dire, au milieu des camps, ils en retiennent les coutumes à tel point que, après le licenciement des corps auxquels ils ont appartenu, beaucoup d'entr'eux, trouvant trop pénibles les travaux de la campagne, cèdent à leurs penchants de paresse et de dissipation et vont grossir ces bandes de vagabonds et de mauvais sujets qui cherchent dans les villes à vivre de rapines.

Le Hu-nan, par son climat et par les nombreux cours d'eau qui l'arrosent, par ses gisements métalliques et par la fertilité de son sol, est une des provinces les plus favorisées de l'empire. De ses mines, jusqu'à présent exploitées sur une petite échelle, on tire une grande partie de la houille et du fer* brut qui alimentent le marché de Hankow.

Dès noti-e an-ivée, les mandarins de la douane, voyant le pavillon du vice-roi du YUn-nan flotter au haut des mâts, s'empressèrent de venir à bord pour connaître le sujet de notre mission. Après avoir échangé les politesses d'usage et bu le thé, ils demandèrent, avec des formes très courtoises, à examiner nos papiers, s' excusant, au reste, de traiter des fonctionnaires comme eux en vulgaires marchands et alléguant les nécessités du service qui les obligeait, comme le transport des armes était prohibé, à faire scrupuleusement leur devoir. Ici commençaient nos embarras : non contents d'avoir vu tous nos papiers et les dépêches du vice-roi du Yîin-nan, ils soulevèrent une difficulté quelconque dans le but d'obtenir une gratification. Comme nous avions hâte de nous remettre en voyage, nous eûmes recours à l'argument décisif, c'est-à-dire à quelques lingots d'argent, dont ces messieurs

DE HANKOW A ('irUN(;-(;iriNG.

C^ette aflFaire eonelue et nos provisions faîtes, nous mîmes à la voile pour traverser le lac. Il offrait en (*e moment l'aspect le i)lus animé : d'innombrables barques le sillonnaient dans t(ms les sens, tandis que des jonques massives, déployant leurs pavilbms multicolores, attendaient à l'ancre près du l)ord rbeure du cbarjçement.

La brise du matin nous étant favorable, nous dépassâmes rai)idement les faubourgs. Bientôt de gros nuages noirs s'anu^ncelèrent à l'horizon, et nos bateliers, dans la crainte d'un orage, suivirent l'exemple des barques qui nous i)récédaient et allèrent chercher un abri derrière l'île de ('hiin-shan (J^ Ul )• Nous restâmes là deux jours au mouillage, en attendant que la b(mrras([ue fût ai)aisée. Ce lac, ([ui n'a ])as nuûns de 400 lis de long et 120 de laige, est d'une traversée dangereuse ])endant les ccmps de vent; aussi, les bateliers qui naviguent sur ses eaux ne s'y engagent-ils jamais i)ar un temps douteux et règlent-ils leur marche d'après les ai)i)arences du (*iel qu'ils hitcriirètent avec beaucouj) de sagacité.

Cv contretemps nous permit de visiter Tîle qui nous abritait. Elle est d'un aspect channant: des arbres de toutes sortes y forment des ombrages inaccessibles aux rayons l»rftlants du soleil; des temples dissémhiés de côté et d'autre ménagent un asile aux promeneurs fatigués. Sur la pente de deux coteaux on cultive une variété de thé, spécialement rési^rvée comme offrande aux grands dignitaires de l'empire; en d'autres endroits, clos de murs et sévèrement gardés par des bonzes, croît le thé destiné au Fils du Ciel. Au point culminant di^ l'île s'élève un pavillon pittoresque, environné d'arbres et de fleurs, de statucss, iW cascatelles, de i)agodes, de tout (*e décor enfin (juc h»s ( -hinois, émineunueut paysagistes, savent si bi(»n faire servir à rehausser les beautés de la nature.

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Une cinquantaine de barques avaient, comme nous, clierché un refuge contre les colères du lac; le péril passé, toutes s'éloignèrent à Tenvi, et notre ilotille déploya ses voiles.

La navigation devient alors assez monotone. Nous côtoyons plusieurs îles couvertes de verdure; puis d'immenses bancs de sable nous obligent à un grand détour pour aller prendre le chenal qui conduit au canal de T'ai-plng; les rivages sont bas et remplis de roseaux. Le sol s'élève peu à peu, les roseaux disparaissent pour faire place aux cultures de plein rapport.

Le premier village que nous reneonti'ons appartient à la proviiu*e du Hu-peli, d'où nous sommes sortis en peu avant d'arriver à Yao-chou. Là, comme dans cette dernière ville, on prélève un droit de transit sur toutes les marchandises qui passent. Il suffit de transmettre nos cartes à l'agent de senice qui vient nous accoster, et nous passons outre sans plus de cérémonie. Du reste, la même manœuvre se renouvelle à tous les embranchements. Quelques jours plus tard, et en déi)it du vent contraire, nous sommes à T'ai-p'ing-k'ou (^jt ^ P); nous y retrouvons le Yang-tsil-chiang, que nous a\1ons quitté plus bas que Yao-chou (-^ ^ /i^)-

On fait halte à l'enti-ée du fleuve. Le lendemain, le vent du nord-est, qui se lève avec le soleil, contrarie notre marche. A midi, nous atteignons le village de Chiang-kV)U (•/X P); à cinq heures et demie, celui de Tung-shih (^ Tfj), et, malgi'é riieure avancée, nous poursuivons jusqu'à Mu-chiawan (^ ^ ^), 011 nous arrivons à huit heures du soir.

Une foule de bateaux, qui font même route que nous, s'ébranlent au signal du canon; les douaniers le donnent du matin au soir pour avertir les bateaux soit d'interromi)re leur course dès qu'il fait nuit, soit de la reprendre, soit enfin

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d'acquitter les droits de passajjce. En quelquert iiiiiuites ce village, dont le port était plein, est laissé en arrière; chaque patron de barciue s'eflfbrce de dépasser son voisin. Vers le milieu de la journée, un de nos mâts se brise et nous force d'arrêter. Pendant qu'on envoie au plus prochain village faire forger des cercles pour le réi)arer, nous mettons j)ied à terre pour chasser dans les emirons. Les hauteurs qui l)ordent le fleuve sont couvertes de broussailles et de hautes herbes, parmi lesquelles nous trouvons des faisans et des lièvres. Dans la vallée un grand nombre d'orangers en i)leine terre balancent leure fruits dorés bons à cueillir. Des i)aysans nous en offrent quelques-ims, en échange desquels ils ne veulent rien recevoir. Ce sont des oranges à écorce très épaisse et dont la pulpe est amère. Enfin le mat est raccommodé, et, après avoir passé la nuit dans cet endroit, nous repartons de grand matin. A huit heures et demie, nous touchons les premières maisons d'I-tu-hsien (^ ^ >^)) ^'^^^^ que, sans notre accident, nous aurions dû atteindre la veille. Pressés d'arriver à I-ch'ang, nous passons sans nous arrêter.

Le fleuve est toujours aussi large; de grands bancs de cailloux fonnent son lit et, en certains endroits, rendent le halage difficile; aussi faut-il ajouter ensemble les cordelles de deux bateaux. De plus, la nécessité de marcher en file, c'est-à-dire un bateau derrière l'autre, fait perdre beaucouj) de temps. A cinq heures et demie du soir, nous sommes à Ku-lu-peh (-j^ J^ '^), et nous n'allons pas plus loin.

Le jour suivant, par extraordinaire, nous avons un ciel pur et la brise pour nous, une brise très fraîche sinon froide. A huit heures, on franchit un endroit où le fleuve est un i)eu pressé entre les collines; au loin, une toiu- à sept étages annonce l'approche d'I-chang (5|[ ^). Nous y arrivons à

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