CHAPITRE II
AU YÛN-NAN
AU YÛN-NAN
Une des industries les plus importantes du Yiln-nan, celle qui, depuis la conquête chinoise, a occupé une grande partie (les capitaux ainsi qu'un nombre considérable d'ouvriers, est sans contredit celle des mines. Il serait difficile de trouver un pays aussi favorisé de la nature sous ce rapport; les métaux et pierres précieuses de toutes sortes y sont répandus avec une véritable profiision. La variété des minéraux est non moins remarquable que leur richesse, et l'on ne peut que s'étonner des résultats obtenus par les indigènes lorsqu'on examine .les machines et les instruments primitifs qu'ils emploient.
Le pays est très accidenté; plusieurs des grands fleuves qui le sillonnent prennent leur source dans le Thibet, d'autres dans la province même, et tous reçoivent encore sur leur parcours les eaux de nombreux affluents, grossis à leur tour par les ruisseaux et les torrents qui creusent leur lit à travers les vallées.
L'exploitation des gisements métallurgiques est une source de bien-être pour la population; mais comment a-t-elle pu donner naissance à la formidable rébellion musulmane qui (levait ruiner non-seulement le YUn-nan, mais encore faire
sentir ses conséquences désastreuses dans le Kuei-cliou et le Ssû-cliuan? Car, ce n'est pas une exagération de dire que ce soulèvement a paralysé dans ces provinces le commerce et l'industrie, et dispersé cette i)opulatîon active et laborieuse, dont une grande partie a péri, par suite des privations sans nombre et des luttes continuelles dont presque tous les points du sud ont été le théâtre.
Pour expliquer l'origine du conflit, il faut remonter à la cinquième année du règne Ilsien-feng (j^ ^), c'est-àdire à 1855, époque à laquelle les mines de galène argentifère de Shih-yang-cirang (^ jj^ J^), département de Clnihsiung (^ i||), étaient en pleine voie d'exploitation. Ces gisements, situés sur la route de Ta-li-fu, à cinq jours de marche de la capitale, sous un climat des plus sains et parmi des habitants paisibles, offraient alors un bel avenir aux nombreux ouvriers que l'espoir de faire fortune avait attirés dans ces parages.
Les premiers qui se présentèrent furent les Chinois de Lin-an ([^ ^) et les musulmans du même département. Ces derniers, quoique éloignés du foyer de leur religion, ont conservé intactes les croyances de leurs ancêtres et ils obsei-vent rigoureusement les prescriptions que leur impose le Coran. Cette différence d'idées et d'habitudes fut cause que les musulmans se séparèrent, tout d'abord, des gens qui se nourrissaient d'une chair qui est pour tout croyant un objet de dégoût; cet isolement, cette dualité d'intérêts, renfennaient naturellement des éléments de discorde, qu'une administration sage et vigilante se fût appliquée à dissiper, mais que nous allons voir se développer, grâce à l'incurie des fonctionnaires.