ORIGINE DE LA REBELLION
Au eominencemeiit, les {çisements métallurgiques étant d'une grande étendue et trèi* abondants, les deux camps rivaux n'eurent aucun sujet de jalousie; une certaine sympathie existait même entre eux, et ils s'obligeaient réciproquement lorsque les circonstances l'exigeaient. IjCs Lin-annais, réputés pour leurs connaissanc^cs minières, sont de mœurs simples et d'un caractère indépendant; habitués de bonne heure aux travaux souterrains, ils étaient plus aptes à ce pénible labeur que leurs camarades du nord de la province. La plupart des terrains, du sud à l'ouest, étaient entre leurs mains. Les musulmans de Lin-an, plus robustes et plus fiers que les Chinois du même département, ne le cédaient en rien quant à l'activité; ils accouraient toujours les premiers dans les districts qui offraient le plus de ressources.
Les filons de galène argentifère étaient alors d'une grande richesse; l'extraction en était facile et donnait des résultats lucratifs; aussi, le nombre d'ouvriers de toute catégorie croissait-il de jour en jour. L'esprit d'accaparement dont tout bon Chinois est animé poussa les Lin-ainiais à s'étendre' le plus possible afin d'empêcher l'extension des musulmans. Ces deniiers, dont les galeries ne rendaient que des produits médiocres, n'en poursuivaient pas moins leur tâche ingrate avec calme et résignation, dans l'espoir qu'un jour ou l'autre le succès, sur lequel compte le mineur, viendrait enfin récompenser leurs efforts.
A l'époque où nous nous sommes reportés, tout indiquait Taisauce et la prospérité. Plus de dix-huit cents mineurs, tant chinois que musulmans, étaient dispersés dans les nombreuses galeries ou desservaient les founieaux échelonnés sur le flanc des montagnes, où les I-jên apportaient chaque jour le charbon de bois nécessaire au traitement du minerai.
Ce district, naguère silencieux, respirait une fié\'Teuse activité. Dans toutes les directions le sol était bouleversé et donnait accès à une quantité de galeries, à Feutrée desquelles étaient installées des cabanes couvertes en chaume, servant de hangar et d'asile aux ouvriers qui, en vêtements de toile grise, venaient y déposer la charge de minerai qu'ils allaient immédiatement renouveler. Le long des sentiers, les chevaux du pays, habitués à gravir les montagnes, transpoi-taient dans les différents hameaux d'alentour des provisions ou le plomb dégagé du minerai.
Le soir, la scène changeait d'aspect ; les mineurs, harassés de fatigue, allaient, après un frugal repas, demander au sommeil des forces pour le lendemain. Les fourneaux continuaient leur œuvre de transfonnation et vomissaient des colonnes d'une fumée jaunâtre, qui s'élevait lourdement dans l'atmosphère; à cliaque coup de piston du soufflet s'échappait un jet de feu qui, en illuminant les ténèbres, prêtait au paysage une teinte à la fois fantastique et sinistre.
Cette période prospère devait être d'une courte durée. Les filons exploités i)ar les musulmans donnèrent bientôt de meilleurs résultats. La quantité de minerai n'était peut-êti-e pas plus considérable, mais elle était beaucoup plus riche et assurait à leur travail une rémunération abondante, tandis que du côté des Chinois le contraire avait lieu, par suite de raugmentation notable de la population ouvrière et de l'affaiblissement des veines ; de là, diminution importiinte des bénéfices. Ces derniers décidèrent d'abandonner leurs lots et allèrent demander du travail chez les musulmans, qui répondirent par un refus formel. Il n'y a pas de plus vif stimulant que le besoin ; les Chinois ne se tinrent pas pour battus et renouvelèrent leur tentative, qui n'aboutit malheureusement