‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 12 sur 91 · ORIGINE DE LA RÉBELLION · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA RÉBELLION

qu'à aigrir les esprits et à détruire riiarnioiiie qui avait existé jusqu'alors. C'était, à la vérité, une situation sans issue; les musulmans se trouvaient aux prises avec leurs intérêts et leurs principes, tandis que les Chinois essayaient d'échapper aux étreintes de la misère. Il y avait d'ailleurs dans le camp de ceux-ci une foule de ces gens sans aveu qui, ennemis du travail, voient dans le désordre une source facile de gain et recherchent avec avidité le moindre prétexte pour vivre aux dépens de leurs semblables. Cette vile engeance ne se fit pas faute d'exciter ceux qui réprouvaient encore les actes de violence. Les débits de thé devinrent des foyers d'agitation; des réclamations on passa aux disputes, puis aux menaces, et finalement on en vint aux mains. La guerre était déclarée. Les propriétaires qui dirigeaient les exploitations s'épuisèrent en vains efforts pour sauvegarder leur position et faire rentrer les égarés dans le devoir : il était trop tard. Tous les esprits étaient surexcités, et la masse, entraînée par le courant, n'attendait plus que le moment propice pour commencer les hostilités.

Les premières rixes coûtèrent la vie à quelques individus et donnèrent au conflit un caractère de plus en plus alarmant. Le mandarin \ qui, au début, aurait facilement pu calmer l'effervescence, faisait maintenant d'inutiles efforts et ne réussissait pas à prévenir la tourmente, qui s'annonçait avec une violence particulière. Craignant pour sa vie au milieu de cette multitude affolée, ce fonctionnaire abandonna son poste et retourna à Ytin-nan-fu, où il rédigea un rapport accablant contre les mahométans.

* Dans toutes les exploitations nn pen considérables, le gouvernement désigne un mandarin civil et des attachés militaires, qui ont i)oar mission de maintenir Vordre et de percevoir en même temps les droits exigibles ; le grade du mandarin est, d'habitude, en rapport avec l'importiince des lieux.

Ceux-ci, quoique bien inférieurs en nombre, mais beaucoup plus vigoureux et plus braves, avaient repoussé les Chinois et étaient restés maîtres du terrain minier.

Cette victoire ne fit cependant que leur inspirer des appréhensions, et, au lieu de continuer leurs tiavaux, ils fortifièrent leur camp, convaincus que les gens de Lin-an, aussi téméraires que méchants, chercheraient à venger leur défaite. Bien leur en prit, car cette fois l'ennemi se présenta avec des forces imposantes. Les gens de Lin-an avaient réuni sous leur bannière tout le rebut de la population, tacitement protégés dans leur entreprise par les petits mandarins qui, n'aimant pas les musulmans, fermaient les yeux sur les préparatifs qui s'organisaient au grand joui\ L'autorité .supérieure, en Chine plus qu'ailleurs, est obligée de compter avec les masses; elle gardait donc, entre temps, une attitude expectative.

Les musulmans, attaqués par des forces supérieures et n'ayant pas assez de provisions pour soutenir un siège, furent vaincus et refoulés dans les forêts voisines. Ce fiit pour eux une catasti'ophe : une partie des leurs trouva la mort sur le champ de bataille; leurs blessés furent massacrés, et ce qu'ils possédaient tomba presque entièrement aux mains de leurs adversaires. Dénués de ressources au milieu des montagnes, ils se décidèrent à regagner leur pays (département de Lin-an) dans le but de ramener, à l'exemple des Chinois, des renforts pour chasser les envahisseui-s.

MaHsu-cheng (,B| ^ J^), frère de Ma Hsien (|| ^\ que nous verrons plus tard à la tête du mouvement, fut tué dans cette échauffourée, et un exprès fut envoyé à la famille pour l'informer de la mort de son chef. Ma Hsien, jeune encore, avait quitté depuis peu les mines de l'est et était rentré

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