PREMIERES HOSTILITES
chez lui pour se préparer aux examens militaires. Il venait d'être reçu Wu-lisiu-ts'ai * (^ ^ tJ^) lorsqu'un de ses compagnons lui apporta la nouvelle du triste sort de son frère, n quitta immédiatement ses foyers et rejoignit les musulmans.
Les Lin-annais, non contents d'avoir battu les musulmans et de les avoir chassés des exploitations, les jwursui virent jusque dans les villages voisins, massacrèrent tous ceux dont ils purent se saisir et allèrent jusqu'à (îli\i-lisîung-fu (^ i^ jj^), où ils commirent les plus grandes cruautés contre tous les sectateurs de Mahomet qui ne cherchèrent pas leur salut dans une prompte fuite.
Pendant ce temps-là, les mines étaient abandonnées, et le besoin commençait à se faire sentir des deux côtés; mais, chacun s'attendant à une nouvelle attaque, ne songeait qu'à multiplier ses moyens de défense.
Les musulmans ayant, depuis leur échec, réuni des forces sérieuses, revinrent, avec Ma H sien à leur tête, pour rentrer dans leurs droits. Après une lutte achaniée, les Chinois, voyant leurs rangs s'éclaîrcir, battirent à leur tour en retraite. Ils furent vivement poursuivis jusque sous les murs de YUn-nan-fu, où les musulmans, satisfaits de leur victoire, s'arrêtèrent.
Les mandarins, jusqu'alors, avaient laissé agir les combattants, mais songeant enfin à calmer les griefs des musulmans, ils s'interposèrent entre les deux partis avec d'autant plus d'efficacité qu'ils avaient éprouvé l'un et l'autre des pertes sérieuses, et les ramenèrent à de meilleurs sentiments; ils firent si bien qu'au bout de quelques jours les tmvaux reprirent leur cours. La misère ne contribua pas peu à
' Ce titre signifie bachelier mUUaire.
36 Î^A RÉBELLION MUSULMANE AU YtÎN-NAN.
apaiser les esprits; mais cette trêve forcée ne pouvait effacer le souvenir des torts qu'on s'attribuait mutuellement.
En effet, bientôt les troubles recommencèrent. Les Chinois, forts de la sympathie des mandarins, accablaient d'injures et d'avanies leurs ennemis, qui, n'ayant pas le caractère endurant, ne tardèrent pas à riposter par des voies de fait.
Dès lors, les deux camps se reformèrent, et les combattants, qui avaient, de part et d'autre, reçu des renforts considérables, en vinrent aux prises. Les Chinois furent encore une fois refoulés jusqu'à la capitale, que les musulmans menacèrent de prendre, si le vice-roi ne promettait de leur accorder à l'avenir une protection efficace. Clung Liangch'ih s'employa de toutes ses forces à conclm'e un arrangement; il promit de punir les coupables, et de prendre les mesures nécessaires pour arrêter de nouveaux désordres. Les musulmans, confiants dans ces promesses, retournèrent à leurs travaux, et ceux qui avaient joint la révolte regagnèrent, peu satisfaits, leurs foyers.
Le vice-roi, homme juste et bon, avait évidemment à cœur de donner satisfaction au peuple, mais il n'était pas libre de le faire, surtout à cause d'im personnage influent, nommé Huang Chung (^ ^), ancien vice -président du ministère de la guen-e, qui détestait les mahométans et voulait à tout prix en débarrasser la province. Cet ancien fonctionnaii-e réussit, après quelques pourparlers, à faire partager ses vues par le Fu-fai Su Hsing-a (^ ^ jSJ) : il ne s'agissait de rien moins que d'un massacre général des sectateurs de l'Islam. Ils adressèrent, dans cette abominable intention, de nouveaux rapports au gouvernement impérial, dans lesquels ils présentaient ces derniers comme prêts à fomenter un soulèvement, si l'on ne prenait des mesures énergiques, pour