‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 14 sur 91 · MASSACRE GÉNÉRAL DES MUSULMANS · texte numérisé non relu

MASSACRE GÉNÉRAL DES MUSULMANS

expulser une secte qui complotait de soustraire la province à la domination chinoise en se concertant avec la Birmanie.

Le vice-roi, débordé sur tous les points par le Fu-f ai \ le Fan-tai* (^ ^l) ^t ^^ Nieli-tai^ (^ ^), qui étaient tous trois d'intelligence avec Huang Chung, voulut imposer son autorité et refuser de prêter son concours à un acte aussi arbitraire. Ses subordonnés parvinrent cependant à vaincre ses scrupules en lui démonti-ant la nécessité de mener leur entreprise à bonne fin, but qu'ils se proposaient d'atteindre à l'aide d'une politique adroite et des troupes qu'on avait levées sous prétexte de punir, tout en maintenant l'ordre, les gens hostiles aux musulmans. Quelques jours suffisaient, à les entendre, pour débarrasser le Yilnnan de cette race maudite.

Que pouvait faire le vice-roi en cette occurrence? Dépourvu de toute aide, dans l'impuissance d'arrêter le fléau de la. guerre civile et ne voulant pas attacher son nom à un massacre que sa conscience réprouvait, il prit le parti des lâches : après avoir écrit un long mémoire qu'il envoya à Pékin par un exprès, il se suicida. Le lendemain, lui et sa femme furent trouvés pendus dans une des salles du Ya-mên.

Sa mort laissait forcément le champ libre au parti de la guerre. Le Fu-fai, prenant, comme il en avait le droit, possession du sceau du vice-roi, s'empressa de mettre à exécution l'exécrable plan de Huang Chung. Des ordres expédiés dans toutes les villes enjoignaient aux fonctionnaires de rassembler le plus d'hommes possible et de massacrer à jour

* Gouverneur de la pro>ince.

' Trésorier général de la province.

' Juge provincial.

38 LA RÉBELLION MUSULMANE AU YtÎN-NAN.

fixe tous les musulmans se trouvant dans un rayon de 800 lis de la capitale. Ces instructions, quoique expédiées dans le plus grand secret, furent connues des musulmans, qui déjà se méfiaient du semblant de protection qui leur était octroyé depuis quelque temps. Us n'en restèrent pas moins à leurs postes et attendirent de pied ferme le moment choisi par leurs agresseurs.

Les mandarins, obéissant servilement aux instructions qu'ils venaient de recevoir, enrôlèrent sans bruit tous les gens dont ils croyaient pouvoir attendre une soumission aveugle. Du côté des mahométans, le . grand-prêtre Ma Te-hsing (iB| ^ J^L), vieillard âgé de soixante-cinq ans, qui, par sa haute position et la réputation sans tache dont il jouissait dans la province, avait l'entière confiance de ses coreligionnaires, leur transmit des ordres secrets en indiquant la conduite à tenir au jour désigné pour le massacre.

Cette nouvelle Saint-Barthélémy, tant désirée par la coalition anti- musulmane, eut lieu le 19 mai 185() (sixième année Hsien-fêng, quatrième lune, seizième jom-). Du moins ce fut le commencement. Des bandes levées et soudoyées par les mandarins entrèrent en campagne, suivies d'une partie de la populace attirée par l'appât du butin. Les musulmans, bien que prévenus, n'avaient pas, en général, pris de grandes précautions et s'étaient laissés aller à une sorte de quiétude, dans la conviction que leurs voisins et amis de la veille ne pourraient, tout d'un coup et sans motif, devenir leurs bourreaux du lendemain. Le peuple, excité par les autorités et alléché par des promesses de pillage, oublia tout sentiment du devoir et se rua sur des familles innocentes avec ce fanatisme sauvage dont on a vu

Goosle

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