‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 15 sur 91 · LA RESISTANCE S'ORGANISE DANS L'OUEST · texte numérisé non relu

LA RESISTANCE S'ORGANISE DANS L'OUEST

tant d'exemples pendant les luttes religieuses de tous les pays. Dans les endroits où ils étaient peu nombreux, les musulmans furent massacrés sans pitié; dans d'autres, ils résistèrent, mais, succombant sous le nombre et manquant de ressources, ils abandonnèrent leurs demeures après y avoir mis le feu. Les vieillards et les enfants auxquels la fuite était impossible, ne trouvèrent pas grâce devant les égorgeurs; si les jeunes femmes eurent la vie sauve, ce fut pour être livrées à d'indignes brutalités.

Le grand-prêtre Ma Tê-hsing, qui avait tenté d'organiser la défense, réunit ses forces éparses et ordonna aux différents chefs de se former en groupes afin d'opposer à l'ennemi une résistance plus efficace. Ceux de Lin-an étaient déjà parvenus, non sans peine, à se concentrer à Hui-lung (0 fi)? village situé dans la partie nord-est de la plaine.

La situation changea bientôt d'aspect. Les autorités, qui s étaient flattées de l'espoir d'écraser sans obstacle ces groupes dispersés, furent sensiblement désappointées lorsqu'elles virent la résistance énergique qu'on opposait sur tous les points. Leurs bandes, battues de tous côtés, furent obligées de s'abriter sous les murs des villes. Les meneurs, effrayés des proportions qu'avait prises la résistance, ébauchèrent quelques démarches pour détourner le cours des événements ; mais les musulmans avaient été trop cruellement éprouvés pour se laisser séduire par de nouvelles promesses. La révolte, allumée aux quatre coins du YUn-nan, devait dévaster presque tout le pays avant que l'on pût songer à l'arrêter.

Dans l'ouest, la ville de Ta-li-fu, où les musulmans étaient nombreux et avaient de grands intérêts, fut le théâtre de mêlées sanglantes. Depuis trois jours, les deux partis s' entretuaient, et les Chinois, malgré leur supériorité numérique,

ne venaient pas à bout d'un adversaire, qui se défendait avec le courage du désespoir, lorsque le jeune Tu Wenlisîu* (jjît ^ ^) amena des renforts et fit pencher la balance en faveur des musulmans. Il était à Mêng-hua-fing (^ "ft M) P^^^^ ^^^ affaires de famille, lorsque la nouvelle des massacres vint à sa connaissance. Homme d'une énergie remarquable, très considéré dans le pays où il avait acquis une grande réputation d'intégrité, il fut choisi par ses coreligionnaires pour se mettre à la tête de la défense. Sans se dissimuler les difficultés et les sacrifices que cet honneur allait lui imposer, il l'accepta sans hésitation et ne négligea rien pour assurer le succès. Bien que quelques-uns de ses gens ne fussent armés que de coutelas, de piques et même de fourches, il s'ouvrit bravement un passage vers la ville et jeta le désordre parmi les Chinois. Les musulmans, au contraire, qui ne comptaient pas sur ce secours, redoublèrent de courage et finirent par se rendre maîtres de Ta-li-fu.

Cette victoire donna aux mahométans une place importante et une grande quantité de butin. Quelques jours leur suffirent à mettre im peu d'ordre dans la ville; ceux des habitants qui n'avaient pas pris les armes furent respectés et il leur fut permis de vaquer à leurs affaires comme par le passé, tandis que les coupables furent châtiés sans pitié. Les rangs des vainqueurs, grossis par la masse des montagnards qui, eux aussi, avaient des griefs contre les Chinois, ainsi que par une foule de gens attirés par leur succès, ne tardèrent pas à devenir vraiment imposants. Maîtres de Ta-li-fu et de ses environs, y compris le lac Erh-hai

* l\ venait d'être reçu Hsiu-ta'cUy bachelier.

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