MA HSIEN MARCHE SUR LA CAPITALE
Lin Tzu-chui, que nous avons vu suivre la carrière des armes, était maintenant à la tête de la défense; il refoula à plusieurs reprises les bandes éparses qui menaçaient les environs de la cité, et augmenta considérablement les forces impériales, succès qui lui valut une grande popularité. Ses partisans soutinrent avec tant de fermeté le choc de l'armée musulmane, que Ma Hsien, voyant les difficultés de son entreprise, se replia de nouveau sur Kuang-i.
Avant de suivre les opérations ultérieures des généraux musulmans, résumons la situation des deux partis à cette époque.
Les forces musulmanes, quoique opérant de concert, sous les ordres de Ma Tê-lising, étaient divisées. en deux corps complètement distincts, et avaient, par conséquent, deux administrations différentes. Tu Wen-hsiu, que ses victoires avaient conduit jusqu'à Chên-nan (^ ^), était à la tête des troupes de l'ouest et Ma Hsien de celles du sud.
Les aborigènes : Pa-i, I-jên, Miao-tzû, Man-tzû, Lissou, Min-chia, etc., profitent partout de la faiblesse des Chinois pour revendiquer leur ancienne indépendance et descendre flans les plaines d'où ceux-ci les avaient chassés.
Du côté des Chinois, tout est désordre, chacun s'arrange à sa guise. On manque surtout de chefs, et cela explique comment certaines villes restent indiff^érentes au mouvement, tandis que d'autres se défendent avec opiniâtreté. A YUnnan-fu, nous avons vu Lin Tzû-ch'in montrer une certaine activité et repousser les attaques de Ma Hsien, succès qui lai valut le grade de T'i-tu (Jj^ ^) ou général de division. Dans cette nouvelle position, se sentant fort de l'appui du peuple, il efface bientôt l'autorité du vice-roi, qui, pas plus que les autres mandarins, n'était à même de prendre la
direction de la défense. Lin Tzû-chm était, mallieiireusement, d'un caractère impérieux et irascible, et c'est dans un de ses fréquents accès de colère qu'il fit exécuter deux mandarins civils pour ne pas avoir obéi ponctuellement à ses ordres. Il portait au fond un dévouement sincère aux affaires de la province, et faisait tous ses efforts pour alléger les maux de la guen-e; mais cet acte arbitraire le voua à la haine de ses collègues et le fit mettre au rang de ceux qui, plus tard, devaient rendre compte de leur conduite au gouvernement central.
Durant cet intervalle, le Fu-tai Su H&ing-a mourut; Hstt Chili-mei (^ ;^ ^), qui faisait partie des Ssù-tao^ fiit nommé à sa place. Cette nomination porta le dernier coup à l'autorité du vice-roi, laquelle de nominale qu'elle était, finit par devenir tout-à-fait passive. Ce haut mandarin, qui, depuis son arrivée dans la province, avait fait de son mieux pour réconcilier les partis, fut humilié de la position où on le plaçait, et, ne voulant pas être plus longtemps le jouet d'une opposition systématique, il quitta son poste et se rendit à Pékin. Lin Tzû-chm, resté maître du terrain, poursuivit l'organisation de la défense, tandis que le Fu-tai prit la direction intérieure.
Pendant qu'on se prépare à la guerre, des bandes armées parcourent la campagne et portent partout la terreur et le
* Les Ssu-tiu) l "3 ^ ) ou les qtwlre administrateurs de la province, sont, aprOs le vice-roi et le Fu-fai,.los mandarins civils qui occupent les plus hautes fonctions. Ainsi:
Le Fan-t'ai (35 "g ) ou Pu-chên^-ssù a la haute direction des finances;
le Nieh-t'ai (^ -p^^ ou An-cira-ssû est le grand juge provincial;
le Yen-yun-ssft (^^ ^^ ^ ) est chargé de Tadministration du sel;
le Liang-t'ai ()^ 1^^ est chargé de faire rentrer l'impôt qui est payé en grain.
UN TZt-CH'IN PREND LA DIRECTION DE LA DÉFENSE. 57
désordre. La province devient un vaste champ de bataille. La population aisée fuit tous les jours; le commerce est entièrement arrêté; chacun n'aspire qu'à se mettre à l'abri fies luttes qui se préparent. Les artisans, privés de travail, embrassent presque tous le métier des armes qui leur permet le plus souvent de vivre au jour le jour, et si quelquefois la solde fait défaut, ils ont recours au maraudage pour ne pas mourir de faim. L'argent, la sécurité et tous les éléments de prospérité ont disparu pour faire place au vol et aux spoliations organisées.
Les musulmans sont maîtres de la situation, et les Chinois, faibles et divisés, peuvent tout au plus remporter quelques succès dans la défense.