‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 55 sur 91 · AU YUN-NAN · texte numérisé non relu

AU YUN-NAN

(FIN

Avril 1871. — Depuis 8on arrivée sur le théâtre de la {i:uerre, grâce aux armes à tir rapide et au peu d'artillerie dont il disposait, Ma Ju-hmg avait en quelques jours pris toutes les positions extérieures des insurgés et s'apprêtait à assiéger les villages.

Le hameau de Hsiao-tung-kou , qui n'avait tourné à la révolte que sous la pression de Han-i-tsun (|^ H JJ*»)') et Ta-tung-kou, offrit sa soumission au général; elle fut acceptée à la condition que la tête du chef Hu K'ai-kou (^ ^ P ) serait livrée. A quelques jours de là, le général faisait sa toilette de combat lorsqu'un homme, un sac sur l'épaule, se prosterna à ses pieds et lui présenta la tête ensanglantée du chef rebelle; il en fit un examen minutieux, appela ceux de sa garde qui l'avaient connu, et l'identité constatée, il fit remettre une gratificatien de 10 taëls au porteur. Ces mots de toilette de combat s'appliquent à l'habitude qu'avait Ma Ju-lung, lorsqu'il allait prendre possession d'une localité rebelle, de passer une cotte de mailles en cuivre sous celle de soie qu'il portait ordinairement. Les anciens du village, qui avaient beaucoup contribué à la

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capitulation, vinrent en dehors des murs se prosterner devant le général et le remercièrent d'avoir bien voulu les reconnaître pour ses partisans (8 avril).

L'occupation de Hsiao-tung-kou sema le désordre chez les insurgés, ils se voyaient cernés de tous côtés. Ma Ch'êng-lin, à la fois prêtre et grand chef, jugeant la situation désespérée, usa de son influence sur le sexe faible pour le convaincre que le moment de passer dans un autre monde était arrivé, que les portes du ciel étaient ouvertes et qu'il fallait profiter de ce que Mahomet appelait ses fidèles pour aller le rejoindre. Une grande partie des femmes s'empoisonnèrent avec de l'opium et en firent prendre aussi à leurs enfants, de sorte que les hommes restèrent presque seuls pour défendre leurs dépouilles.

Les impériaux, au lieu de tirer parti de l'affaissement de leurs adversaires, pensaient que quelques jours leur suffiraient pour s'emparer des villages, et ils négligeaient d'occuper les points stratégiques et les passages difficiles de la montagne. Cet excès de confiance leur coûta cher : les rebelles, revenus de l'abattement où ils étaient tombés, cherchaient à gagner du temps pour se fortifier et, dans cette intention, ils demandèrent à connaître les conditions de capitulation. Ma Ju-lung, que le temps perdu en vaines négociations impatientait, leur posa un ultimatum, auquel ils répondirent en envoyant Ma Lin^ (,B| ij^) et Hu Kuei-chih* {"^ ^ ^) comme parlementaires. Après de longs pourparlers qui n'eurent aucun résultat, le général s'aperçut

* n faisait partie du comité de la défense; accusé par Ma Ch'êng-lin d'entretenir de secrètes menées avec les impériaux, il fut exécuté comme traître.

2 C'est ce même chef qui commandait la sortie contre les impériaux à Kuangshan et qui mangea le cœur de Yang Ssû-jun.

MA JU-LUNG reçoit' UNE NOUVELLE BLESSURE. 157

trop tard qu'il était joué, renvoya Ma Lin, garda le second prisonnier de guerre, et les hostilités recommencèrent.

Les mois s'écoulaient sans amener aucune amélioration. Ma Ju-lung voulut employer plusieurs fois son prisonnier comme intermédiaire dans des négociations nouvelles; n'y ayant pas réussi, il décida d'en faire un exemple. H pensa d'abord à l'envoyer dans une cage à la capitale, mais réfléchissant qu'il pourrait être délivré en route, il le fit décapiter et envoya sa tête au vice-roi, qui la fit exposer au pilori de Yfln-nan-fu.

L'argent commençait à manquer au camp, et, malgré des demandes réitérées, le vice-roi n'en envoyait point; entièrement dominé par le Fu-t'ai, il n'osait plus rien faire sans l'approbation de ce fonctionnaire, qui voyait des rivaux dans tous les généraux plus heureux ou plus habiles que lui. Les travaux du siège étant à peu près terminés, une attaque générale fut projetée pour le 29 juin : elle eut lieu avec succès ; les villages furent forcés, mais sur un retour offensif de l'ennemi, il fallut les évacuer presque aussitôt. Dans cette affaire, Ma Ju-lung eut la cuisse traversée d'une balle; la fusillade était si bien nourrie, qu'à nuit close seulement, on put enlever le général de l'endroit où il était tombé.

Souffrant beaucoup de sa blessure, et n'ayant aucun soulagement à espérer au milieu des montagnes, Ma Ju-lung remit le commandement au plus ancien des chefs de corps, et rentra à Ta-ying-t ou (^ ^ |g), village musulman situé dans la plaine de Hsin-hsing.

De retour à la capitale, le Fu-fai s'occupa activement d'organiser une expédition contre Kuang-i. Il était bien aise que Ma Ju-lung, qui avait reçu de Pékin l'ordre de

soumettre ce district, fut retenu par le siège de Tung-kou. n se promettait de châtier d'une façon exemplaire ce nid de mahométans, qui, bien qu'ayant fourni un contingent de soldats au gouvernement de Yun-nan alors que la capitale était menacée, refusaient de reconnaître l'autorité provinciale. Au moment même où l'on méditait de les détruire, ils avaient envoyé, en signe de soumission, trois cents de leurs meilleurs soldats à Ma Ju-lung, qui avait accepté leiu* concours.

Nonobstant la mauvaise récolte, et la persistance des pluies qui se succédèrent cette année-là pendant cent sept jours, les denrées étaient à un assez bas prix; le commerce avait repris dans tous les districts que le gouvernement pouvait protéger. Des points ti-ès importants, au sud et à l'ouest, étaient encore insoumis, mais relativement au passé, l'on pouvait regarder la rébellion comme vaincue, et la pacification générale n'était plus qu'une question de temps.

Le Fu-tai et sa garde quittèrent la capitale le 27 septembre 1871; ils s'arrêtèrent quelques jours à Chiang-cbuan (j^ jll) et poursuivirent leur marche jusqu'à Tung-liai (M !^)- I^e Fu-tai déploya ses troupes dans la plaine de Chi-cliiang-pa, où il les rejoignit quand elles furent solidement établies, et installa son quartier général dans la bourgade de Sha-pa (^ m), distante seulement de 4 à 5 lis de Kuang-i. De là, il pouvait aisément surveiller les operations militaires et, en Chine plus qu'ailleurs, l'œil du maître ayant beaucoup d'influence, les ordres étaient plus promptement exécutés.

Les rebelles, préparés à tous les événements, n'avaient fait aucun mouvement pour entraver la marche des impériaux; ils comptaient beaucoup sur leur courage et sur

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