L'ETAIN. SON EXPLOITATION
ce pays était désert et couvert de forêts. Les premiers mineurs qui se hasardèrent dans ces parages étaient conduits par un chef bien connu dans les environs. Possédant Une certaine somme d'argent qu'il avait gagnée dans les mines, il réunit quelques mineurs dévoués et vint avec eux s'établir au milieu des bois dans l'intention d'y faire fortune. Apres avoir choisi les endroits qui d'après leur expérience paraissaient les plus propices, ils se mirent courageusement à l'œuvre, mais sans succès. Les galeries s'approfondissaient tous les jours, sans que le moindre indice du métal qu'ils cherchaient vînt leur donner une lueur d'espoir. Des mois se passèrent ainsi sans amener de changement. L'argent diminuant, les provisions furent un peu économisées. Le chef cessa de manger du riz pour se nourrir de toii-fa^ (g J^). Malgré les privations qu'on s'imposait, les dépenses n'allaient pas moins leur train : le dernier lingot fut échangé conti-e des céréales; encore quelques jours, et les ressources allaient être épuisées. Les ouvriers, s'apercevant des inquiétudes de leur chef, essayèrent de le persuader de chercher ailleurs; il s'y refusa. Cependant, à la suite d'une visite minutieuse dans les galeries, n'ayant relevé aucun signe de la présence du métal, il quitta le chantier pour ne plus y revenir. Dans le courant (le la même journée, un des ouvriers découvrit une veine puissante de galène argentifère. Détachant plusieurs échantillons du précieux métal, ils se mirent en quête du chef pour lui communiquer l'heureuse trouvaille, et ne parvinrent à le rejoindre qu'à 30 ou 40 lis de la mine.
^ Farine de haricots moulus avec* de l'eau chaude, précipitée avec du plâtre, elle se prend comme du lait caillé^ elle est ensuite mise entre des linges et pressé pour en exprimer toute Fcau qu'elle contient. Dans cet état elle ressemble beaucoup à du fromage blanc, mais a une odeur accentuée de haricots.
D'après les indigènes, cette exploitation devint si fructueuse que les premiers associés firent chacun une jolie fortune. En témoignage d'actions de grâces au génie de la montagne qui avait favorisé leurs travaux, ils élevèrent dans le voisinage deux magnifiques temples. Bientôt, une foule d'ouvriei^s, attirés par Tëspoir du gain, affluèrent à Kuo-chiu, et ce district, naguère désert, se peupla rapidement. De nombreuses galeries furent percées avec succès, et depuis cette époque, ce massif montagneux a fourni une grande quantité de métal.
Quoique éprouvée par la rébellion qui lui a enlevé un grand nombre de bras, et par la fermeture du Tong-king, cette grande exploitation occupe encore environ 3,000 personnes, dont les deux tiers sont employées à l'extraction et au traitement du minerai ; le reste exploite la galène argentifère, le cuivre, le zinc et le fer; mais ces derniers minerais ne sont pas le sujet d'un traitement très actif à cause des frais de transport.
Plusieurs des gi-ands propriétaires actuels qui se succèdent de père en fils, nous ont assuré que certaines galeries longtemps exploitées pour de la galène ont subitement présenté dans les filons des interruptions, à la suite desquelles la galène a totalement disparu pour faire place à de puissants filons d'oxyde d'étain, d'un excellent rapport.
Le traitement de ce minerai, tel qu'il est pratiqué par les indigènes, est des plus simples, et les résultats obtenus quoique laissant à désirer sous le rapport de la pureté et de la production, peuvent être considérés comme satisfaisants.