LES ROUTES COMMERCIALES
DU YÛN-NAN
ROUTES COxMMERCIALES DU TUN-NAN
La fin (le la guerre civile, en rendant le calme aux provinces du Ylin-nan et du Kuei-cliou, a permis au mouvement commercial, auparavant si actif dans ces parages, de reprendre de l'essor.
Six voies de communication sont à présent libres pour le transit du commerce et de l'industi-ie. Les unes sont longues, coûteuses et pénibles, d'autres sont presque impraticables à cause du système de Li-kin (péages de barrière), exercé sur toutes les marchandises qui passent d'une province dans une autre. Une seule olfre une voie fluviale navigable jusque dans la province qui nous occupe, et réunit à peu près toutes les conditions désirables, aussi bien au point de vue du court ti-ajet que de la facilité de ti-ansport, et par conséquent d'une grande économie de temps; mais elle a été jusqu'en 1873 au pouvoir des rebelles, dont l'arbitraire n'a pas tardé à dériver le courant commercial vers la voie de Canton : nous voulons parler de la route par le fleuve du Tung-king, le Song-koi ou fleuve Rouge.
Le Ylin-nan, à cause des grands cours d'eau qui l'arrosent dans tous les sens, semble être privilégié par la nature. Le Lan-tsang-chiang ou Chiu-lung-chiang, qui prend sa source
dans le Thibet, est encaissé, comme les autres fleuves de la province, entre de hautes montagnes. Le Lu-chiang, aux eaux troubles et profondes, coule plus à l'ouest et presque parallèlement au premier; il prend aussi sa source dans le Thibet, et, comme le précédent, a creusé son lit au fond de gorges abruptes. Au nord, le Chin-sha-chiang, ou rivière au Sable d'or, prend aussi sa source dans le massif du Thibet, et, par la longue courbe qu'il fait en remontant au nord, sert de frontière entre le Ylln-nan et le Ssù-ch uan. Il reçoit sur son parcours, ainsi que tous les autres du reste, un grand nombre d'affluents.
De ces fleuves, qui, jusqu'à la mer, arrosent de leurs eaux fécondes le vaste temtoire qu'ils traversent, aucun n'est navigable jusque dans la province qui nous occupe ; ils présentent des interruptions plus ou moins nombreuses et à peu près insurmontables.
Le Song-koi ou fleuve Rouge, qui se forme dans le Yunnan même, est le seul qui, bien que d'un parcours relativement peu étendu, soit partout navigable; il offre une voie sûre, courte et facile, tandis que les auti-es, en y comprenant la rivière de Canton, outre les difficultés de la navigation, correspondent à des cours d'eau plus ou moins importants qui forment la frontière ou en passent à quelques journées.
La première route consiste à remonter le Yang-tzO-chiang jusqu'à Yao-chou, première ville du Hu-nan, située à l'entrée du lac Tung-fing. Après avoir traversé cette dernière province, on entre dans celle de Kuei-chou, qu'on traverse dans sa plus grande largeur, pour passer de là dans le Yiin-nan. Il ne faut pas moins de quatre-vingts journées
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dans les conditions ordinaires pour parcourir la distance qui sépare Hankow de YUn-nan-fu.
Cette voie, considérée comme la plus courte de celles qui suivent le Yang-tzù-chiang, est généralement adoptée par les mandarins ou les fonctionnaires qui se rendent à Pékin. Elle ne peut convenir au commerce à cause des droits que les marchandises ont à payer en pénétrant dans le Hu-nan, le Kueî-chou et le YUn-nan. Fermée depuis longtemps, par rinsurrection des Miao-tzil et des musulmans, qui occupaient plusieurs villes dans le Kuei-cliou, elle a été dégagée vers la fin de 1873; depuis, elle est très fréquentée par les voyageurs ou fonctionnaires, dont les bagages sont exempts de droits. C'est la voie que suivit le regretté A. R. Margary, du service consulaire anglais, pour se rendre au Ylin-nan.
Les droits que perçoivent les barrières provinciales, quoique élevés, ne sont pas les seuls sujets de plainte des négociants. On sait que dans ces pays de montagnes tous les transports se font à dos de mulet; or, comme la navigation ne va pas au-delà de Chên-yllan-fu, et que de cette ville à la capitale du Ylln-nan il reste encore trente-et-une journées de marche par terre, Faccroîssement de frais seul fait rejeter cette voie. Le prix de location d'un mulet par jour est d'environ T. 0,30 (2 fr. 10 c); et chaque bête ne peut porter que 60 kilos environ. On a donc un total de T. 9,30 (65 fr. 10 c.) par charge d'animal pour arriver jusqu'à Ytlnnan-fu et vice versa. Ces frais de transport et les droits qu'il faut acquitter au profit des trois provinces font que cette voie, quoique plus courte que celle du haut Yang-tzû, n'est pas fréquentée par le négoce.
En remontant le même fleuve, nous trouvons deux autres routes. La première quitte le Yang-tzû à Na-ch'î-hsien pour
prendre une petite rivière, qui conduit,- après quelques jours de navigation, à Yung-ning-hsien. C'est un trajet de quatrevingts journées. Dans cette dernière ville on quitte la rivière pour la route de terre : vingt à vingt-un jours de marche à travers les montagnes du Ssû-chuan et du Kuei-chou sont nécessaires pour atteindre Yun-nan-fu.
Cette voie que nous suivîmes en 1871 et 1873, parce qu'à cette époque celle du Kuei-chou n'était pas entièrement libre, présente, de même que cette dernière, les mêmes entraves pour le commerce; c'est-à-dire que, traversant le Kuei-chou par le nord-ouest, les marchandises doivent acquitter les droits de barrière que les mandarins perçoivent en faveur de cette province. Pendant notre séjour au YUn-nan, elle était très fréquentée par les fonctionnaires, par les lettrés qui vont à Pékin pour passer leurs examens, et par les voyageurs; mais, depuis l'ouverture de la route du Kuei-chou par le Hunan, elle a été à peu près délaissée au profit de cette dernière.
Actuellement la plus importante, et celle par laquelle tout le mouvement commercial pénètre au YUn-nan, est la route de Shui-fa.
Les marchandises provenant des ports à travers le Ssûchuan peuvent être expédiées en barque jusqu'à Shui-fu, et suivre ensuite la route de terre. Quelques articles de peu de valeur remontent le Ta-kuan-ho jusqu'à une certaine limite, mais la navigation en est si dangereuse que les négociants se résignent au sacrifice de quelques jours de ti'ansport de plus à dos de mulet plutôt que d'affronter les nombreux rapides et les roches qui obstruent le lit de cette rivière. Par cette voie on entre directement du Ssù-chuan dans le YUn-nan, et l'on n'a qu'un droit à payer à Lao-wa-fan, bureau de douane du Ylin-nan.