‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 81 sur 91 · ROUTE DE TA-LI-FU A BHAMO. 2G · texte numérisé non relu

ROUTE DE TA-LI-FU A BHAMO. 2G

Bien que les dépenses occasionnées par un plus long trajet sur le fleuve, la perte de temps et l'intérêt de l'argent soient assez sensibles pour être appréciés, le droit de barrière qu'on évite en laissant de côté le Kuei-chou compense et au-delà tous ces menus frais. Cette voie fut suivie en 1868 par les membres de la commission française d'exploration dirigée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée, et en 1875 par la mission anglaise à la tête de laquelle était M. Grosvenor, secrétaire de la légation d'Angleten-e à Pékin. La route de terre, à partir de Slmi-fu, passe successivement dans les villes de Ta-kuan-f ing, de Chao-f ung-fu, de Tungchuan-fu, de Yang-lin, et arrive à YUn-nan-fu après vingtdeux journées de marche environ.

Si nous contournons la province dans toute la partie nord pour descendre à l'ouest, nous trouvons de ce côté la voie commerciale de Ta-li-fu à Bhamo. Cette route, que depuis plusieurs années les Anglais s'efforcent d'explorer, a été en dernier lieu suivie par Margary, puis par la mission Grosvenor, envoyée spécialement pour faire une enquête sur l'assassinat dont Margary a été victime. L'intérêt qu'a le gouvernement anglais de créer une route commerciale pour relier ses possessions de l'Inde avec les riches provinces du sud-ouest de la Chine en a fait un sujet tout particulier d'études.

Durant la dictature du sultan de Ta-li, plusieurs tentatives pour pénétrer jusqu'à cette ville furent faites, mais toutes échouèrent devant la méfiance musulmane; les voyageurs \ ne pouvant pousser au-delà de T'êng-yileh et Yungchang-fu, bornèrent leurs observations entre cette dernière ville et la frontière. Malgré les échecs que les uns après les autres ont essuyés les explorateurs, la nation anglaise

* Captaîn Sprye, Major Sladen (1868), Colonel Horace Browne.'

avec cette persévérance qui la caractérise, loin de se laisser décourager par Finsuccès, n'en a que recherché avec plus d'ardeur le moyen d'arriver à franchir la bamère qu'un gouvernement personnel et arbitraire voulait lui opposer.

Depuis la chute du sultan de Ta-li, Margary accomplit sans difficulté le parcours jusqu'à Bhamo, mais le guetapens dont il fut victime à son retour avec la mission commandée par le colonel Browne, obligea ce dernier à rebrousser chemin. Cette catastrophe ne permit pas à la mission de donner suite aux études qu'elle se proposait de faire sur cette extrémité encore peu connue de la province.

D'après ce que nous ont appris les voyageurs précédents, les indigènes et enfin la dernière mission d'enquête, il résulte que cette voie commerciale, trait d'union naturel entre les possessions britanniques et le Yiin-nan, présente de graves obstacles. Nous ne parlerons pas des difficultés qui peuvent survenir avec les tribus qui habitent ces parages; ces montagnards, quand ils ne sont pas excités par les fonctionnaires, sont, au dire des gens qui ont vécu parmi eux, doux et sociables, de sorte qu'il est toujours facile de s'entendre avec eux. Nous insisterons plutôt sur la configuration physique du pays et sur les obstacles naturels qu'il faut y vaincre.

On ne doit pas compter moins de dix-huit à vingt jours, dans les conditions ordinaires de marche, pour aller de Bhamo à Ta-li-fu; c'est un trajet des plus pénibles. Toute cette partie de la province est sillonnée de hautes chaînes de montagnes presque parallèles, entre lesquelles coulent dans des vallées profondes les fleuves que nous avons nommés.

Les transports par terre, très onéreux par eux-mêmes, le sont encore davantage par cette voie à cause des localités

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