‹ La Province de Québec et l'émigration européeneChapitre 14 sur 29 · CANTONS DE L'EST · texte numérisé non relu

CANTONS DE L'EST

Il est peu de régions en Canada qui offrent plus de ressources à l'émigrant que les Cantons de l'Est. Sherbrooke, qui est la principale ville de cette contrée, se trouve à 120 ^milles de Québec, c'est-à-dire, à une distance de cinq heures par voie ferrée de la capitale de la Province.

La proximité où sont les Cantons de l'Est des marchés américains, les grandes facilités que fournit le chemin de fer du G-rand Tronc pour le transport de leurs produits à ces marchés et à ceux de la Puissance, sont pour l'agriculteur autant d'avantages dont rimportance ne saurait être trop signalée.

L'hiver y est moins rigoureux qu'à Québec. Le printemps y commence beaucoup plus tôt et l'automne beaucoup plus tard, ce qui présente au cultivateur d'autres avantages dont il doit tenir compte.

Grâce à la configuration paontagneuse du pays et aux nombreux cours d'eau provenant des lacs, rivières et ruisseaux, les Cantons de l'Est possèdent non-seulement des moyens d'irrigation suffisante pour les récoltes, mais encore des pouvoirs d'eau considérables pour fins manufacturières.

Le bois franc abonde partout ; et, après défrichement, on trouve un sol fertile, en général assez léger, mais tout à fait propre à la culture des céréales et des légumes. Une des principales causes de la rapidité des succès obtenus par les défricheurs des Cantçns de l'Est, c'est que dans ces

terres hautes, dès la première année on peut semer et récolter; souvent même les cendres du bois brûlé pour faire place au grain contribuent à solder une bonne partie du défrichement.

Les richesses minières ont aussi attiré, depuis un certain nombre d'années, une population considérable dans les Cantons de l'Est.

Comme région propre au pacage, aucun pays n'est supérieur aux Cantons. On s'y occupe beaucoup aujourd'hui de l'élevage du bétail et de la production des laines. Cette branche importante de l'insdustrie agricole trouve dans les marchés américains une source d'encouragement et de profits. Depuis quelques années, on y a importé avec grand succès les meilleures races de moutons et de bêtes à cornes d'Angleterre, et aux expositions des Etats- Unis, les éleveurs des Cantons de l'Est ont fréquemment remporté les prix pour leurs bestiaux.

Ayant accès à un double marché, par suite de la proximité où ils se trouvent de la frontière, beaucoup de cultivateurs des Cantons ont de vastes exploitations agricoles. La moyenne des exploitations varie de 100 à 600 acres ; circonstance qui y rend la main-d'œuvre très recherchée et les gages constamment élevés.

Le gouvernement possède dans cette région 920,300 acres de terre en friche qu'il est disposé à vendre à des conditions très-raisonnables. La Compagnie des Terres de l'Amérique Britannique offre aussi quantité d'excellents lots en vente, et de simples particuliers sont propriétaires de terrains dont ils peuvent disposer.

Les terres du gouvernement se vendent uniformément de 50 à 60 centins l'acre, quant à celles occupées par les particuliers, la quotité du prix dépend beaucoup de la locahté, de la proximité

des villes et des villages, des routes et des moyens de communication avec les principaux marchés ; mais, terme moyen, le prix de l'acre peut être estimé à $1.00.

Le colon venant d'Angleterre, d'Irlande ou d'Écosse, trouvera dans les Cantons chacune de ces diverses nationalités largement représentée. Nulle part dans la Province il ne se trouvera plus chez lui que dans la partie sud-ouest de cette région. La population de langue anglaise se compose en partie des descendants des royalistes qui ont quitté les Etats-Unis à l'époque de la déclaration de l'Indépendance Américaine. Les Canadiens-Français s'y sont portés en grand nombre depuis 1848, et rivalisent déjà d'importance avec eux.

Le cultivateur, avec des moyens restreints, peut devenir possesseur d'une terre partiellement défrichée ; le travailleur agricole est sûr d'y obtenir un emploi immédiat, aussi bien que le mineur et l'ouvrier. De son côté, le capitaliste trouvera un excellent placement de ses fonds dans cette contrée, où l'industrie agricole et manufacturière n'a besoin pour être sans rivale que d'un léger accroissement de capital.

BAS ST. LAUEENT.

Rive l^nd.

En descendant le St. Laurent, depuis Québec jusqu'à l'extrémité Est du comté de Rimouski, on est frappé de l'aisance et du confort de la population qui habite les bords du fleuve ; malheureusement cette fertile vallée est bornée, sur toute sa longueur, à quatre ou cinq lieues du fleuve, par une chaîne non interrompue de hauteurs impropres à la culture. En arrière de ces hauteurs se déroule jusqu'à la ligne Provinciale une vallée parallèle à celle du St. Laurent ; c'est là que se trouve l'importante région de colonisation qui fait le sujet de ce titre — sa longueur est de plus de 200 milles, et sa largeur varie de 15 à 40 milles, selon les accidents des monta2:nes et de la frontière provinciale qui suit le cours delà Rivière St. Jean.

Pour faciliter l'accès de ce territoiro et coordonner les établissements, on y a tracé un chemin de 209 milles, qui le tra^verse vers le milieu sur toute sa longueur. Une bonne moitié de ce chemin est maintenant ouverte. De distance en distance, à tous les dix ou douze milles, une route transversale partant des derniers établissements de la vallée du fleuve, traverse la montagne, et^ vient aboutir au chemin Taché, qui est le nom donné à cette grande artère de colonisation. Il y a de plus les deux grands chemins militaires de Matapédiac et de TémisCouata ; — celui de Matapédiac, long de

110 milles, qui relie le St. Laurent à la Baie des Chaleurs ;— celui de Témiscouata, long de 70 milles, qui s'étend de la Rivière-du-Loup au Nouveau- Bruns wick.

Les deux extrémités du chemin Taché sont réputées meilleures que la partie centrale ; néanmoins, partout dans cette région, c'est le bois franc qui domine, et généralement cela indique un bon sol. Ce chemin est un de ceux sur lesquels le gouvernement offre des octrois gratuits. Il ne s'agit que de le border d'habitants sur tout son parcours, et la colonisation marchera ensuite d'ellemême dans cette vallée.

Cette partie de la province est à peu près la mieux favorisée sous le rapport des communications. Arrivé sur le bord du fleuve, le colon, pour aller partout où il veut, a le choix du bateau à vapeur ou de la voie ferrée. Le terminus du G-rand Tronc du côté de FEst se trouve à la Eivière-du- Loup, à quarante lieues plus bas que Québec. Maintenant, voici le chemin de fer Inter colonial en voie de construction, qui de la Eivière-du-Loup se prolongera jusqu'à Halifax.

Cinq grands townships viennent d'être arpentés dans la vallée de Matapédiac, sur le tracé même de l' Inter colonial. Les rapports des arpenteurs, qui ont fixé les limites de ces nouveaux cantons, établissent que la plus grande partie de ce territoire est d'mi soi très propre à la culture, et tout nous i^orte à croire que la colonisation va l'envahir rapidement.

Le nombre diacres divisés en lots de ferme et actuellement disponibles dans le Bas St. Laurent, rive sud, est de 1,423,200 acres, au prix de trente centins l'acre.

XXY.

LA GASPÈSÎE.

La péninsule qui forme l'extrémité sud-est de la province est généralement désignée sous le nom de G-aspésie ; elle com]3rend tout le territoire situé à l'est du chemin Matapédiac, soit une superficie de 8,613 milles. Le Grolfe St. Laurent et la Baie des Chaleurs, qui baignent ses 400 milles de côtes, en font un des postes de pêche les plus avantageux de la Puissance du Canada.

Le sol de la Graspésie, quoique montagneux, offre néanmoins une quantité considérable de terres fertiles. Tous ceux qui ont voulu s'y livrer sérieusement à l'agriculture ont réussi au-delà de leurs espérances. Les plantes marines apportées sur le rivage par les relais de la mer, offrent partout un engrais d'une grande valeur ; de plus, il y a l'engrais de poisson que les colons peuvent se procurer avec la pus grande facilité.

Un citoyen marquant de Percé, M. Geo. LeBouthillier, interrogé en 1868 par un comité de l'Assemblée Législative de Québec, parlait en ces termes des chances d'avenir que cette région offre à ceux qui veulent aller se fixer sur ses côtes :

"Qu'on le tienne pour certain," dit-il, "des hommes qui posséderaient une propriété en bon ordre de vingt acres seulement sur cette côte, vivraient avec phis d'aisance que n'importe où sur ce continent. Le secret pour gagner de l'argent dans la carrière de pêcheur, c'est d'avoir avant

tout une terre qui lui fournisse toutes ses provisions de bouche et une partie de son yetement.

" Et la pêche faite dans ces conditions aide à la terre, elle fournit une grande partie des engrais. Les jours ou les heures où les employés de l'armateur ne sont pas demandés sur la grève, ils trouvent toujours de l'occupation sur la ferme, et peuvent y faire de grandes améliorations au compte de la pêche. La conclusion, c'est que la pêche et la culture s'entr'aident, c'est qu'avant d'entreprendre la pêche, il faut être bien établi sur une terre en bonne culture ayant les bâtiments «onvenables; c'est que pour encourager les pêeheries, il faut encourager l'agriculture,

" L'agriculture est la base de la pêche, comme ailleurs elle est la base des manufactures et de l'industrie."

Le comté de Bonaventure, qui forme la partie sud de la péninsule Graspésienne, quoique prenant aussi une part très active dans les pêcheries, est plus avancé en agriculture que celui de Graspé proprement dit. Les terrains qui bordent la Baie des Chaleurs sont tous en culture, et à certains endroits les défrichements ont ];)énétré à plusieurs milles dans l'intérieur. Il y a place pour des milliers et des milliers de colons dans ces parages, et le sol y est en général très fertile. Les travaux du chemin de fer Intercolonial qui traverse le comté de Bonaventure y ont déjà attiré beaucoup de monde, et avant peu la propriété foncière aura doublé de valeur de ce côté. Le gouvernement offre en vente dans la G-aspésie 491,100 acres, au prix de vingt et trente centins.

XXYI.

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