LE CLIMAT
On exagère beaucoup en Europe, la rigueur de nos:hivers, et l’on répète si souvent que c'est là une grande objection, un obstacle sérieux à la colonisation du pays, que nous croyons devoir dire de suite quelques mots à ce sujet, pour prouver que le climat du Canada n’est pas du tout si rigoureux qu’on se plaît à le représenter.
Notre climat est sans contredit le plus salubre de l'Amérique du Nord, et il n’y a pas d'Européen qui, après un séjour d’un an au Canada, ne préfère notre ciel sans nuages et nos froids vivifiants aux petites pluies glaciales et aux brumes de quelques-uns des pays les plus populeux de l'Europe.
Nos populations ne co nnaissent guère d’autres maladies que celles qui résultent d'irrégularités dans la manière de vivre, ou d’imprudences commises en s’exposant aux variations subites de l’atmosphère; et ceux qui frissonnent à l’idée de voir le thermomètre descendre jusqu'à zéro croiront à peine que dans certaines parties de la province où il est constaté que la neige tombe chaque année en moins grande abondance, les cultivateurs s'inquiètent de cet adoucissement de température plutôt qu’ils ne s’en réjouissent.
Les neiges de la Province de Québec sont loin d'être aussi défavorables aux travaux agricoles que bien des gens sont à tort portés à le croire. Grâce à la longueur de nos hivers, le sol jouit d’un repos com-plet durant cinq mois ; de là une vigueur et une rapidité de croissance qui se rencontrent rarement ailleurs au même dègré. Les grains et. les fruits parviennent toujours à leur entière maturité, et nos récoltes peuvent, au point de vue de la qualité comme de la quantité, soutenir avantageusement la comparaison: avec celles dè n'importe quel’ pays.
Ajoutez à cela l'excellence de nos routes d'hiver, qui nous fournissent de si grandes facilités pour le transport des produits au marché, pour le charriage des engrais et pour la halage du bois hors de la forêt.
A l'appui de ceci, nous citerons le témoignage d'un cultivateur anglais éclairé, des environs de Montréal, M. James Snowdon, qui, interrogé, en 1868, par un comité de la Chambre, sur l’état de l’agriculture dans la province, a prouvé, par des statistiques irrécusables, qu'une terre bien cultivée ici produit en moyenne autant qu'une terre dans la plupart des pays européens.
Les faits suivants relatifs à la culture des fruits prouveront mieux qu'un simple tableau de la température moyenne par mois et par an, jusqu'à quel point notre climat est adapté aux fins agricoles.
L'Ile d: Montréal est partout renommée pour l'excellente qualité de ses pommes, et l'Ile d'Orléans près de Québec, l’est également pour ses prunes. Le melon et la tomate acquièrent des proportions considérables et parviennent à une maturité parfaite en plein air. La culture du maïs, du houblon, du tabac donne un rendement satisfaisant, Le chanvre et le lin sont des plantes indigènes et peuvent se cultiver sur une grande échelle dans la province,
Une autre preuve qu'après ‘out notre climat n'est pas si rigoureux, c'est que les moineaux s’y sont aisément acclimatés. A Québec, on les voit voltigèr en grand nombre de toit en toit, égayer nos places publiques par n'importe quel temps, durant la saison d'hiver.
En été, on jouit à Québec de la température de Toulouse, età Montréal de celle de Marseille.
Les fièvres tremblantes, si redoutables pour le:colon de l'Illinois, de l'Indiana et d’autres Etats de l'Union américaine, n'ont jamais exercé leurs ravages dans cette Province.