L'ÉMIGRATION
Ami Lecteur, ee n'est pas un grand savant, ce n'est pas un littérateur célèbre qui écrit cette brochure à votre intention, mais bien un humble explorateur, un modeste pionnier, qui, après avoir parcouru et étudié avec soin les provinces canadiennes, croit utile de communiquer à ses compatriotes le résultat de ses investigations.
Avant de venir m'établir au Canada, j'ai lu tous les ouvrages dans”
lesquels il était question de ce pays, et pendant douze ans j'ai étudié attentivement tous les documents que voulaient bien mettre à ma dispo-sition les partisans de l'émigration.
Tout en m’occupant du Canada, je ne négligeai pas les autres contrées du Nouveau-Monde. Je possède des centaines de lettres, toutes remplies de renseignements précieux, qui me furent adressées par des amis établis dans différentes pro“intes des Etats-Unis, c'est-à-dire dans ces contrées vers lesquelles se dirige depuis quelques années un courant si puissant d'immigration européenne.
Je ne me suis donc pas décidé au hasard, sans réflexion. On verra par la suite pourquoi j'ai donné la préférence au Canada.
Dès les premiers jours de mon arrivée ici, je recourus aux lumières, des personnes compétentes que j'eus le bonheur de rencontrer, je jugeai surtout utile de m'entretenir longuement avec les Belges établis ici et: qui, mieux que personne, pouvaient me faire connaître les avantages . aussi bien que les difficultés d’une immigration belge.
Après cela je me mis en rouw afin de voir par moi-même ces terres:
immenses dont on m'avait tant parlé. Me voici revenu de mes longues: pérégrinations, heureux d’avoir acquis les connaissances et l'expérieneé nécessaires pour être vraiment utile à mes compatriotes. Je puis done garantir de la manière la plus formelle l'exactitude des détails qui vont
suivre,
Cette brochure est tout particuliérement destinée aux artisans, aux manufacturiers, aux cultivateurs. qui, après avoir lutté en vain pour se créer une position indépendante, tournent leurs regards vers le
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Nouveau-Monde, se demandant s'ils ne feraient pas bien de quitter leur patrie, où ilsse trouvent trop à l’étroit, où les ressources manquent. où la concurrence est si grande qu’il n'y suffit plus d’être intelligent.
Jaborieux et économe pour mettre ses vieux jours à l'abri de la misère.
J'occupais en Belgique une position honorable et lucrative….. Mais eù est, dans ma patrie, l'homme de lettres, l'employé, l'artisan, le petit cultivateur, qui puisse vivre dans l’aisance, devenir par son travail propriétaire de la maison qu'il habite ou du champ qu'il laboure, assurer l'avenir de ses enfants ? Heureux le père de famille qui parvient à ‘* joindre les deux bouts ,, et qui ne doit pas s'endetter ou fouler aux pieds ses convictions, pour faire instruire ses fils et ses filles et leur créer une position! Eh bien! sans me prétendre plus adroit ou plus intelligent que mes compatriotes, j'ai trouvé au Canada des avantages que je n'ai jamais espérés en Belgique. Oui, avec l'aide de Dieu, mon travail me suffira toujours pour subvenir larwement aux besoins de mu famille, pour procurer à mes enfants le bienfait d'une bonne éducation et: leur permettre, quand je n’y serai plus, de se frayer un chemin sans être continuellement to-trmentés par des concurrents que le ‘ combat pour l'existence ” change si souvent en ennemis implacables.
Oui, ceux qui veulent travailler courageusement, éviter les dépenses exagérées et inutiles, se conduire honnêtement, peuvent-compter ici. non sur une fortune brillant: acquise en peu de tempset sans la moindre peine — cela ne se rencontre que dans les romans — mais bien certainement sur une honnête aisance et sur une vie paisible, exempte de la plupart des soucis qui rendent parfois si pénible l'existence des habitants du Vieux-Monde.
L'ouvrier abruti par la misère, le bourgeois miné par l'inquiétude, le commercant ou l'industriel ruinés par la concurrence sont inconnus ici. Il y a des malheureux et ds pauvres, cela est vrai, mais on en rencont” fort peu et neuf fois sur dix ils doivent leur trist: sort au manque de calcul et de prévayanes ou à l’inconduit:.
Qu'on n'’aille pas s'imaginer pour cela que je dirai jamais, soit dans mes brochures, soit dans les conférences que je compte donner en Belgique en février et en inars prochains : Venez au Canada et jegurantis ŒQüe vous y trouverez 1: bonheur, ” Non! mon but est d'aider de mes
conseils ceux qui voudront émigrer, de donner aux cultivateurs belges