REGION DU BAS SAINT-LAURENT
Cette région comprend toutes les terres et forêts qui se trouvent en arrière des seigneuries de la rive sud du fleuve Saint-Laurent, de Québec en descendant vers le golfe, et qui appartiennent aux comtés de Bellechasse, Montmagny, l'Islet, Kamouraska, Témiscouata Rimouski et Matane.
Ce territoire est entièrement divisé en cantons, à l'exception des comtés de Rimouski et de Matane, qui renferment encore une grande étendue de terrain non divisé.
On estime que dans la partie du comté de Rimouski située au sud des monts Notre-Dame,
entre l'Intercolonial et le comté de Témiscouata, il y a près de 800,000 acres de beaux terrains agricoles, faciles à cultiver et bien égouttés.
Le niveau général de cette région n'est accidenté que par de légères ondulations propres à faciliter le drainage, n'offrant aucun inconvénient à la culture pas plus qu'à l'ouverture des chemins.
Le sol se compose presque partout d'une riche terre argileuse, et dans les vallées de plusieurs rivières, on trouve de la terre grise de la plus grande richesse.
Comme pour les terrains agricoles des comtés de Matane et de Rimouski, ceux du comté de Témiscouata sont d'une qualité supérieure. Ces bons terrains se continuent à l'ouest du lac Témiscouata jusqu'au lac Pohenegamok et au delà. La seule interruption se trouve dans la partie montagneuse qui avoisine le lac Témiscouata.
Toute cette région est abondamment pourvue de bois de toutes espèces. Les lacs y fourmillent et contiennent du poisson en abondance : truite, touradi, poisson blanc, doré, etc. Dans les forêts des comtés de Rimouski
et de Témiscouata, les bois les plus répandus sont l'érable, le merisier, le bouleau, l'orme et le tilleul ; on y trouve aussi le pin blanc, Pépinette grise et noire, l'épinette rouge, le cèdre et le sapin. La vallée de Témiscouata est surtout abondamment pourvue de beaux bois de cèdre.
Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter ici que, dans cette partie du pays sillonnée en tous sens de rivières et de cours d'eau, la descente du bois s'effectue dans des conditions exceptionnellement favorables. Ces rivières et cours d'eau deviennent en effet assez puissants à la crue des eaux pour porter des billots sur la plus grande partie de leur parcours.
Le chemin de fer Intercolonial traverse, cette région dans toute son étendue.
Il y a en outre le chemin de fer Témiscouata avec Fraserville pour point de départ et qui se rend jusqu'à la frontière du Nouveau- Brunswick, soit une distance de près de 70 milles. Ce chemin de fer longe le beau lac de Témiscouata et traverse à peu près toute la vallée de ce nom.
Au point de vue de la colonisation, disait M. l'arpenteur Lepage, en 1885, la région de
la Matapédia offre de bien grands avantages. Toutes les terres, sauf de rares exceptions, peuvent faire de bons établissements. La culture de ces terres, ajoutait-il, aidée des ressources que peut encore produire, pendant plusieurs années, le commerce de bois et des moyens de communication faciles, donnerait le bien-être à des milliers de familles.
M. l'explorateur J.-B. Williams, qui a fait une exploration de la Matapédia en 1895, dit de son côté beaucoup de bien des cantons Matalick, Lepage, Hamqui, Causapscal, etc.
" Nulle part, dit-il, sur les deux rives du Saint-Laurent, on ne peut trouver des terres plus fertiles, plus attrayantes d'aspect et possédant tout ce qui constitue une splendide xégion agricole, où le cultivateur puisse se créer aussi facilement un établissement et prospérer comme agriculteur.
Presque partout le sol pourrait être facilement travaillé à un minimum d'efforts et de frais, tant les essences de bois poussent abondamment en plusieurs parties et sur de vastes surfaces d'un pays admirablement diversifié d'aspect."
Le climat est à peu près semblable à celui des Cantons de l'Est.
Les essences forestières de cette région sont des plus riches et des plus variées. En arrière des cantons Nemtayé, Humqui, Matalick et Milnikek, jusqu'à la seigneurie Métis et la rivière Patapédia — soit une étendue d'environ 330 milles — on rencontre l'épinette, le bouleau, l'érable, le merisier, le coudrier, le cormier et surtout le cèdre, sur les hauteurs comme dans les bas-fonds.
Dans les cantons Matapédia et Ristigouche, les merisiers sont d'une grosseur énorme, abondants et sains.
De plus, toute cette riche vallée de la Matapédia est abondamment arrosée de cours d'eau et de rivières. Le printemps, à la crue des eaux, ces rivières se gonflent suffisamment pour porter des billots sur la grande partie de leur parcours. Les rivières Caribou, Sifrois, Mistigougèche, IVIétis, Assemetquagan et Humqui sont flottables jusqu'à leur source. Il y a aussi, presque partout, d'excellents pouvoirs d'eau, capables d'alimenter nombre de fabriques et moulins.
Les lacs de cette région sont également nombreux et fort recherchés des sportmen qui font leurs délices de la pêche à la truite.
Les animaux à fourrures y sont également très nombreux ; on y voit en quantité l'orignal, le caribou, la marte, la loutre, le vison et même le castor.
Depuis qu'une partie du territoire de la Matapédia a été divisée en lots de ferme et surtout depuis qu'on a pu apprécier la fertilité de son sol, la colonisation tend à faire des progrès marquants de ce côté.
Plusieurs colonies nouvelles notamment celle de Humqui, de Causapscal, de Métalick, de Beaurivage, sont même en pleine voie de prospérité, et chaque année voit surgir de nouveaux établissements remplis de promesses pour l'avenir.
Tous les cantons de la vallée de la Matapédia ont l'avantage d'être d'un accès facile par suite du passage du chemin de fer. L'Intercolonial suit en effet sur un parcours de près de quarante milles, les bords mêmes de la rivière Matapédia, et met conséquemment les colons en communication directe avec les plus
grands centres, tels que Québec, Montréal, Saint-Jean, N.-B., et Halifax, N.-E.