REGION DE LA GASPESIE
Ce qui a manqué à la Gaspésie, a-t-on répété souvent, c'est d'avoir été mieux connue.
Il est indéniable qu'il faut attribuer à cette cause l'espèce de lenteur avec laquelle s'est effectué le mouvement de colonisation dans cette partie du pays.
Depuis douze à quinze ans, heureusement, cette ignorance n'est plus de mise. Les communications rendues chaque jour plus faciles, puis les nombreuses études qui ont été faites de cette région, ont mis en pleine lumière les ressources et les inépuisables richesses de ce vaste et important foyer de colonisation.
Les récits des explorateurs aidant, tout le monde en est arrivé bientôt à se pénétrer de cette conviction que la colonisation avait là aussi un vaste champ d'opérations, nullement inférieur aux autres centres vers lesquels les colons, pour différents motifs, se dirigeaient de préférence.
Le pays qui nous occupe se compose de deux grands collèges électoraux : Gaspé et Bonaventure. Il forme l'extrémité sud-est de notre province et couvre une surface d'environ 10,000 milles carrés.
Vu de la mer, le littoral de la Gaspésie n'offre à l'œil qu'une série continue de paysages magnifiques, où le pittoresque le dispute au grandiose.
L-a population réunie des deux comtés était en 1881 de 43,909 âmes, et de 47,710 pour
Lorsque l'on parle de la Gaspésie, il n'est guère possible de passer sous silence ses pêcheries. Ce sont en effet les plus riches de l'Amérique du Nord et probablement du monde entier.
Exploitées depuis au delà de deux siècles, ces pêcheries n'ont cessé de fournir au commerce des produits dont la valeur se chiffre par millions de piastres et font vivre encore à l'heure actuelle des centaines et des centaines de familles.
L'exploitation des pêcheries a même fait oublier pendant longtemps que la Gaspésie renfermait dans son sein d'autres éléments de
richesse, qu'elle disposait d'un sol de qualité supérieure, qui, cultivé avec intelligence, procurerait au colon qui s'en emparerait une aisance que ne lui donne pas toujours la pêche.
Sur la valeur du sol de la Gaspésie, le témoignage des explorateurs et de tous ceux qui ont parcouru cette attrayante contrée est unanime. Tous s'accordent à reconnaître qu'elle offre une quantité considérable de terres fertiles.
M. Joseph Bureau, qui a fait une exploration en 1885, s'exprimait ainsi au sujet de la Gaspésie.
" Il y a, dit-il, dans les cantons rapprochés de la mer, une grande étendue de terre propre à la culture et qui n'est pas encore colonisée. Ainsi, depuis le canton Nouvelle jusqu'au canton Port Daniel, le sol est très bon et il peut se faire de la colonisation là aussi facilement que dans n'importe quelle partie de la province. "
Tous ceiix qui ont voulu, écrit un autre explorateur, se livrer sérieusement à l'agriculture dans cette région, ont réussi au delà de leurs espérances.
Il n'est pas inutile de dire ici, que les pêcheries de la Gaspésie fournissent la matière
première d'une industrie très importante à tous les points de vue, et très appréciée : la préparation des engrais artificiels.
Ces engrais puissants qui comprennent les déchets de poisson, le varech — et que le colon peut se procurer aisément — sont pour lui d'un secours précieux. Ils lui servent à recouvrir ses champs, et l'expérience a démontré qu'ils contribuaient à augmenter le rendement et la qualité des grains.
La Gaspésie est aussi remarquable pour la richesse de ses forêts que pour celle de ses pêcheries et de son sol.
On y rencontre presque partout les essences les plus recherchées pour le commerce d'exportation : le pin, l'épinette, le peuplier, le cèdre, etc.
Le pin en général est bon, dit M. J. Bureau. Quand à l'épinette de commerce, elle est de beaucoup supérieure à celle que l'on voit partout ailleurs.