LORD METCALFE — SON ADMINISTRATION
CHARLES Théophilus Metcalfe naquit à Calcutta, dans l'Inde, le 30 janvier 1785. Son père, riche négociant et directeur de la Compagnie des Indes, l'envoya faire ses études en Angleterre. De retour aux Indes, il y occupa pendant quarante ans une position éminente dans le service civil. Il s'y distingua, et ses services vivement appréciés en Angleterre lui valurent la charge de gouverneur de la Jamaïque. Là encore, on le remarque ; à son départ, on lui élève même un monument. C'était un homme d'une très grande intelligence, d'une énergie rare et d'une capacité de travail étonnante. Il était célibataire. Dans les dernières années de sa vie, il souffrit d'un cancer à la joue gauche.
Metcalfe était sans doute un homme d'un grand mérite, mais il n'appartenait pas au
parti tor}', alors au pouvoir, et il était habitué à « régner » sur des populations pour lesquelles le régime constitutionnel était chose inconnue. On a prétendu que lord Stanley, à qui le régime du gouvernement responsable ne plaisait pas, comptant sur la fermeté et l'énergie de Metcalfe, l'aurait choisi expressément dans le but de renverser ce régime et de démolir l'œuvre de Durham, de Sydenham et surtout de Bagot. Cette prétention ne manque pas de vraisemblance, comme la suite des événements le démontre.
D'abord, il y a lieu de s'étonner de la répugnance de Metcalfe à accepter la charge qu'on lui offre, et des regrets étranges qu'il manifeste dans des lettres privées. « Il ne sait pas s'il a bien fait d'accepter.» « La tâche qu'il entreprend est bien rude, etc ». On peut se demander quelles étaient les grandes difficultés qu'il allait rencontrer, quelle était la tâche formidable qu'il allait entreprendre ? Et on est forcé de penser qu'il s'agissait de renverser l'ordre établi ; car le Canada était alors très calme et jouissait du gouvernement le plus fort qu'il eût jamais eu. D'ailleurs, la conduite de Metcalfe laisse à croire qu'un plan secret avait
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été conçu d'axance pour détruire le oouvernement responsable au Canada.
Metcalfe fut assermenté le 30 mars 1843, ^^ les Chambres furent convoquées pour le 28 septembre de la même année.
Metcalfe se mit à étudier les institutions politiques du Canada, apparemment avec le désir sincère de les bien comprendre, et d'aider de tout son pouvoir à leur bon fonctionnement.
Malheureusement, il était l'homme le moins fait pour comprendre le sens et la portée du mot «gouvernement responsable. » Jusqu'alors, il avait présidé aux destinées de peuples habitués à un gouvernement personnel et irresponsable, et il se trouvait maintenant au milieu d'une nation qui avait lutté depuis un grand nombre d'années pour obtenir ce qu'enfin on venait de lui concéder, la liberté de se gouverner ellemême. Ces théories qui trouvaient bien leur application chez une grande nation indépendante, comme la Grande-Bretagne, lui paraissaient tout à fait inapplicables dans une colonie ; c'était, à son avis, un trop grand pas vers l'autonomie complète. De plus, Metcalfe ne concevait pas que l'on pût réduire le rôle du gouverneur à ce minimum de pouvoir et d'autorité. Il voulait bien que les officiers de son
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conseil (il avait en horreur le mot de ministres) fussent responsables de leurs actes à la chambre des représentants, mais il ne voulait pas qu'on réduisît le gouverneur à n'être qu'un simple instrument entre les mains de ses aviseurs, et refusait de se départir, par exemple, du privilège de dispensateur des faveurs ministérielles.
Lafontaine ne niait pas au gouverneur le droit dénommer qui il voudrait à des fonctions publiques, mais il prétendait que, puisque le conseil exécutif était responsable aux Chambres de C2s nominations, il avait pour le moins le droit d'être consulté.
On comprend que de telles théories constitutionnelles n'étaient pas pour plaire à un homme comme INIetcalfe. Sa correspondance à ce sujet avec lord Stanley est très intéressante, et la biographie de ^letcalfe par Kaye élucide bien des points d'histoire restés jusque là fort obscurs.
« Voilà, écrivait-il à lord Stanley, pour le dire sans déguisement, comment se résume la question : le gouverneur doit-il être simplement un instrument entre les mains du conseil, ou doit-il exercer son jugement privé dans l'administration du gouvernement ? Cette question n'a pas été discutée ; mais je n'ai au-