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ÎESSION DE 1849 — MOUVEMENT ANNEXION- ISTE — « L'AVENIR

C' ETTE session de 1849 restera dans nos annales politiques comme la plus célèbre, tant par les mesures importantes (jui y furent adoptées que par les scènes de violence qui devaient la signaler. Ce fut une rrande joie que d'entendre lord Elgin lire en jirançais le discours du .trône. C'était la recon- 'aaissance officielle de notre langue. Tous les :œurs canadiens-français furent profondément émus de cette conquête.

Mentionnons parmi les mesures d'intérêt public que le nouveau gouvernement fit adopter par les Chambres, celle concernant le commerce tt la navigation. C'est ainsi qu'il fut permis pour l'avenir aux navires étrangers de naviguer sur le Saint-Laurent ; on fit aussi des changeiments considérables au tarif; on amenda de nouveau l'acte des écoles du Bas-Canada

en exemptant les municipalités pauvres d'une! partie ou du total de la cotisation, suivant le cas ; le barreau du Bas-Canada obtint la personnalité civile ; on vota des sommes énormes aux chemins de fer ; à tout chemin de fer d'un parcours de 75 milles au moins, TÉtat accordait] tine garantie de l'intérêt à six pour cent sur la| moitié du coût du chemin construit ; on pour vut à la construction du chemin de fer Inter colonial auquel on assurait une somme annuelle! de cent mille dollars, à part l'octroi de terres! le long du parcours du chemin de fer. ;

L'organisation judiciaire pour les deux provinces fut améliorée. Lafontaine créa la Cour' d'appel, composée de quatre juges. La Cour^ supérieure devait compter quatre juges à' Montréal et quatre à Québec, un à Trois-j Rivières et un à Sherbrooke. On créa deuxl nouveaux districts, ceux de Kamouraska etl d'Ottawa ; cette réorganisation devait être complétée par les lois de 1851 et de 1857.

L'administration de la justice dans le Haut- Canada subit des modifications de nature à donner satisfaction au public et au barreau. !

Lafontaine présenta une loi modifiant la loi ' électorale qui fut sanctionnée par la Chambre, malgré la vive opposition de Papineau. Ce

dernier, à Touverture de la Chambre et à propos de l'adresse en réponse an disconrs dn trône, avait prononcé nne fougiiense harangue. Il attaqua avec une violence extraordinaire de langage le gouvernement Lafontaine-Baldwin. « Je ne vois pas, disait-il, de différence essentielle, de différence marquée entre ces deux partis politiques, (le parti tory et le parti soidisant libéral). . . je crois que les noms tory et libéral ont disparu, que les deux partis n'en font plus qu'un, soit qu'ils se .soient mutuellement rapprochés l'un de l'autre, ou que ce ne soit le ministère libéral qui ait rétrogradé. . .» Parlant ensuite des mesures ministérielles, il censurait le cabinet qui, insinuait-il, créait des places de juges, ce qui avait pour effet de mettre en danger le principe de l'indépendance parlementaire ; cesbills de judicature, disait-il, devraient édicter que pas un des membres de cette Chambre ne pourra être fait juge pendant le parlement pour lequel il aura été élu. Il était aussi d'opinion que le barreau devait être consulté sur les nominations judiciaires. Ce discours de Papineau aiguillonna Lafontaine qui sortit de son calme ordinaire. Il pensa qu'il était temps d'en finir avec ce qu'il appelait l'opposition factieuse de Papineau.

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Ce fut une des plus belles joutes oratoires dont aient été témoins nos enceintes parlementaires. Quand on relit ces discours, notre admiration ne sait trop à qui aller. Papineau avait une éloquence plus chaude, plus entraînante ; d'un autre côté, la saine et profonde logique de Lafontaine, sa grande sincérité devaient produire la conviction dans les esprits. Pour nous, il nous semble évident, et les événements subséquents nous confirment dans notre opinion, que Lafontaine avait raison contre Papineau ; sans doute celui ci était sincère, mais Lafontaine avec un grand sens pratique, apprécia avec justesse les événements auxquels il prenait part. Voici un court extrait de son discours :

« Ce n'est pas, je pense, lui faire injure (à Papineau) que de qualifier son système de système ôi opposition à outrance ; c'est ainsi que lui-même l'a qualifié en plusieurs occasions. Je donne à l'honorable membre tout l'avantage d'une déclaration que j'ai faite souvent et que je répète aujourd'hui : dans la pensée du gouverneur qui l'a suggérée, dans la pensée de celui qui en a rédigé l'acte, l'union des deux provinces devait écraser les Canadiens-français.

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Ce but a-t-il été atteint? ha pensée de lord Sydenham a-t-elle été réalisée? Tons mes compatriotes, à l'exception de l'honorable membre, répondront d'une voix unanime : Non! IMais ils diront aussi, et tout homme sensé le dira, que si le système d'opposition à outrance que préconise l'honorable membre eût été accepté, il aurait accompli déjà à présent le but de lord Sydenham : les Canadiens-français seraient écrasés ! \^oilà où nous aurait conduit le système de l'honorable membre, et où il nous conduirait infailliblement encore, si les représentants du peuple étaient assez peu judicieux pour le suivre. »

On voit ici les deux positions. Papineau croyait mieux sauvegarder les intérêts des Canadiens-français en les isolant ; Lafontaine était d'opinion qu'il était préférable d'accepter le fait accompli et d'en tirer le meilleur parti possible.

Une autre question séparait profondément

ces deux hommes : celle de la représentation

en Chambre. Lafontaine pensait que, malgré

son injustice, cette représentation égale pour

les deux provinces (il y avait 42 députés pour

.chaque province) constituait la sauvegarde des

intérêts des Canadiens-français ; peut-être son- ' geait-il qu'avant peu d'années, avec cette immigration constante qui affluait des Iles | Britanniques et de l'Irlande, et avec, d'un autre 1 côté, l'émigration effroyable vers les Etats-Unis | des Canadiens-français, ceux-ci seraient vite 1 débordés. Jusqu'à un certain point, Lafontaine | raisonnait d'une manière patriotique ; mais, j s'il y avait injustice pour les Canadiens-français dans la représentation établie par l'Union, il est évident que cette injustice subsisterait lorsque les positions seraient renversées, c'està-dire lorsque la population anglaise excéderait en nombre celle des Canadiens-français. C'est au cours de la discussion sur cette question que les exclamations, restées célèbres, s'étaient échangées entre les deux hommes politiques: « Périsse la patrie plutôt qu'un principe ! » s'était écrié Papineau. A quoi Lafontaine avait répondu : « Que je périsse, moi, s'il le faut, mais que ma patrie soit sauvée ! »

A cette même session fut adoptée la loi donnant effet à l'amnistie générale des rebelles de 1837-38. W.-L. McKenzie, le chef de l'insurrection dans le Haut-Canada, fut le seul personnage important qui profita de cette loi. Après l'échec qu'avait subi l'insurrection

dans le Haut-Canada, McKenzie s'était enfui aux États-Unis où il avait vécu misérablement ; (aussi, s'empressa-t-il de revenir aussitôt au pays. Cette mesure d'amnistie générale avait jadis été préparée par le premier ministère •Lafontaine-Baldwin ; mais Metcalfe, alors gouiverneur, n'avait jamais voulu l'appuyer, Elgin In'y mit aucun obstacle. Les deux Chambres ! l'adoptèrent sans discussion et elle reçut aussitôt il'assentiment du gouverneur.

; Une autre mesure qui souleva bien des disicussions, mais qui fut hautement approuvée Ipar les esprits bien pensants, fut celle concernant l'établissement de « l'Université de Toronto. )) Vingt ans auparavant, on avait fondé à Toronto une université connue sous Ile nom de e King's Collège. » Cette université était absolument sous le contrôle de l'Eglise jd' Angleterre ; il y avait une faculté de théolol^ie et on en bannissait toute autre instruction jthéologique que celle reconnue par cette Église. Comme il y avait plusieurs autres dénomina- :ions religieuses protestantes parmi lesquelles ;e recrutait même la majorité de la population mglaise du Haut-Canada, cet exclusivisme :hoquait un grand nombre d'esprits, d'autant )lus que, grâce au zèle du D' Strachan, qui

occupait une haute fonction dans le King's Collège, on avait réussi à doter cette institution d'une partie des revenus que rapportaient les terres mises à part par la Couronne à la fin du siècle dernier pour des fins d'éducation. A la session précédente, M. Draper avait essayé de tourner la difficulté en proposant l'admission de l'enseignement théologique reconnu par trois autres dénominations religieuses protestantes ; mais comme cette modification donnait encore dans le conseil de l'université une influence prépondérante à l'Église d'Angleterre, une foule de protestations s'élevèrent et M. Draper, comme on l'a vu, dut retirer son projet de loi. Baldwin songea, lui, à faire disparaître son cachet sectaire à l'Université, et sous le titre d' « Université de Toronto » il remodela complètement la charte de l'ancien King's Collège, de façon à mettre sur le même pied toutes les dénominations religieuses. Ce projet de loi reçut la sanction des Chambres. Mais les adhérents de l'Église d'Angleterre ne se tinrent pas pour battus ; quelques années plus tard, grâce aux efforts du D** Strachau, en opposition à l'Université de Toronto, on fonda l'université connue sous le nom de « University of Trinity Collège, Toronto. »

Les événements les plus importants de la session, et les plus caractéristiques de cette époque, se produisirent à l'occasion d'une loi adoptée pour indemniser les personnes qui avaient souffert des pertes lors de la rébellion de 1837-38.

Tous les historiens s'accordent sur le récit des faits.

Le conseil spécial, établi lors de l'insurrection, avait adopté une ordonnance à l'effet d'indemniser ceux des «loyaux sujets^» de Sa Majesté qui avaient éprouvé des pertes par la rébellion ; mais cette mesure était fort imparfaite, et ne fut pas mise à exécution.

Sous l'administration de lord Sydenham, dès la première session, on avait largement indemnisé les habitants du Haut-Canada qui avaient éprouvé des pertes. Le Bas-Canada était ignoré. En 1845, ^^"^ adresse fut votée à jNIetcalfe, le priant de vouloir bien s'occuper de la même question pour le Bas-Canada. Metcalfe promit et nomma même une commission chargée de « s'enquérir des pertes souffertes par les loyaux sujets de Sa Majesté dans la Province du Bas-Canada, pendant la rébellion contre nature {jiiinatiiral rebcllioiî). » C'étaient aussi les termes employés dans le

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bill d'indemnité du Haut-Canada. Mais comment distinguer les loyaux sujets de Sa Majesté de ceux qui ne l'étaient pas, ceux qui avaient pris part à l'insurrection ouvertement, de ceux qui s'en étaient mêlés secrètement? Voilà ce qui arrêtait les commissaires. Cathcart, qui avait succédé à ^Metcalfe, et à ! qui s'adressèrent les commissaires, leur donna instruction de ne se guider dans leurs reclier- i ches que sur les sentences prononcées par les cours de justice. Les commissaires procédèrent î tant bien que mal et firent rapport en 1846. j Ils étaient d'opinion qu'une somme de cinq i cent mille dollars suffirait à payer une indemnité raisonnable ; ils ajoutaient qu'ils avaient dû, dans leurs recherches, s'en rapporter à des ! preuves générales quant aux droits de ceux qui réclamaient une indemnité. Leur liste contenait 2,476 noms. j

Draper, à qui l'élément canadien-français f était hostile, se souciait peu de présenter en ! Chambre une mesure donnant effet au rapport des commissaires ; aussi adopta-t-il une politique de temporisation, et rien n'avait encore j été fait à l'avènement du ministère Lafontaine- |i Baldwin.

Lafontaine n'hésita pas et accepta courageu-

sèment l'héritage difficile et dangereux que lui laissait Draper.

Dans son projet de loi, Lafontaine n'avait pas qualifié l'insurrection, et il n'avait pas voulu faire de distinction entre les sujets loyaux de Sa Majesté, et ceux qui avaient participé à la rébellion. Le projet de loi était intitulé comme suit : « Acte pour indemniser les personnes dans le Bas-Canada dont les propriétés ont été détruites durant la rébellion des années 1837-38.» Et dans le préambule du projet de loi, on édictait qu'il était nécessaire et juste d'indemniser les personnes qui avaient souffert des dommages causés par la "destruction injuste, inutile et malicieuse des habitations, édifices, propriétés et effets des dits habitants, et par la saisie, le vol ou l'enlèvement de leurs biens et effets. » Et l'on votait à cet effet la somme de cinq cent mille dollars.

Ce projet de loi était absolument calqué sur celui du Haut-Canada ; mais on fit un crime au gouvernement de ce qu'il omettait de qualifier l'insurrection et de dire que l'indemnité n'irait qu'aux loyaux sujets de Sa Majesté.

Jamais l'enceinte parlementaire ne fut témoin d'un débat aussi violent ; jamais le fana-

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tisme n'éclata en termes aussi vigoureux, aussi haineux. Quoi ! on voulait récompenser les rebelles, faire payer par les loyaux Anglais du Haut-Canada des sommes d'argent à des révoltés, à des étrangers, à des Canadiens-français enfin ! C'était une monstruosité : jamais le Haut-Canada n'y consentirait ; on s'annexerait plutôt aux Etats-Unis, car là, au moins, on trouverait le même sang, la même langue, les mêmes aspirations, les mêmes vues. On avait créé l'Union dans le seul but d'écraser l'élément fiançais et voilà qu'au contraire c'était eux, les Canadiens-français, qui tenaient les rênes du pouvoir et qui .contrôlaient les affaires ! Etait-ce bien là le plan de Durham, était-ce bien ce qu'avait voulu Sydenham ?

Tel était le langage violent, d'un fanatisme insensé, employé par AUan IMcNab, le chef des ultra-loyaux et de la grande masse des députés conservateurs du Haut-Canada, parmi lesquels méritent d'être mentionnés M. Sherwood, l'ancien ministre, et le colonel Prince.

Du côté du gouvernement, on rétorqua avec la même violence de langage. M. Blake, solliciteur-général pour le Haut-Canada, fit sans contredit le plus remarquable discours. Il donna l'historique complet de la question et

j ^t remonter la source des troubles de 1837-38 : à l'ancien gouverneur Francis Bond Head et à ' lord John Russell. Il déclara qu'il y avait rebelles et rebelles, défendit ceux qui avaient pris les armes en 1837, parce qu'ils avaient été poussés à bout par toutes sortes de vexations et d'abus, et appliqua ce terme de rebelles aux membres de l'opposition qui, eux, se révoltaient contre la constitution. A ce mot de «rebelles», McNab, pâle de colère, se lève et demande à M. Blake si ce terme de rebelle s'adresse à lui ; que, dans ce cas, c'est une fausseté et qu'il exige une rétractation. 'M. Blake s'y refuse. Les choses s'envenimèrent au point qu'on dut recourir au sergent d'armes pour empêcher les deux adversaires d'en venir aux mains. Jamais on n'avait vu excitation semblable. Les galeries de la Chambre, bondées de spectateurs, manifestaient.

M. Boulton, qui pnssait pour indépendant, proposa un amendement au projet de loi, par lequel n'avaiei-t pas'droit à l'indemnité les personnes convaincues de haute trahison, et celles qui avaient été accusées, de ce crime, mais qui s'étaient soumises et avaient été exilées aux Bermudes. Pour faire preuve de bonne foi et de bonne volonté, le gouvernement accepta cet

amendement, croyant sans doute calmer l'excitation qui déjà s'était répandue au dehors, Mais on se trompait ; le mouvement était de: cendu dans la rue et rien désormais ne devait l'arrêter.

Dès l'instant oii l'on apprit que ce projet deviendrait loi, le gouverneur Elginfut inondé de pétitions venant des quartiers ultra loyalistes ; on le priait de refuser sa sanction, ou, tout au moins, de la « réserver », en attendant qu'il plût à Sa Majesté de manifester sa volonté.

Cette mémorable session de 1849 s'était ouverte le 18 janvier. Le 25 mai, plusieurs projets de loi de grande importance, parmi lesquels se trouvait le bill d'indemnité, avaient été adoptés, et il ne leur manquait plus que la sanction du gouverneur. Le bruit se répandit rapidement que lord Elgin devait, dans l'aprèsmidi, se rendre à la Chambre pour sanctionner ces mesures. Les galeries étaient remplies par les adversaires du gouvernement ; sur les trois heures, le gouverneur se rend à la Chambre et procède, avec le cérémonial ordinaire, à la sanction des projets de loi. Quand on en vint au bill d'indemnité et que le gouverneur y eut donné son assentiment, un grand nombre de personnes, occupant les galeries, les quittèrent

si|

avec ostentation, en faisant entendre des murmures désapprobateurs ; ils remplirent la Chambre, les corridors et les escaliers du bruit de leurs manifestations. On s'inquiéta peu de l'incident, et la cérémonie terminée, le gouverneur s'empressa de regagner sa voiture de gala. Comme il sortait, un grand nombre d'individus se trouvaient massés près de la porte ; Elgin, qui fut l'un de nos gouverneurs les plus avenants et les plus sympathiques, les salua amicalement ; on ne répondit que par des murmures et des grognements ; bientôt des huées s'élevèrent. A peine Elgin était-il monté en voiture qu'une avalanche d'oeufs pourris, de pierres et de projectiles de toutes sortes s'abattirent sur sa voiture et son entourage ; les chevaux partirent au grand galop et l'on fut bientôt hors de portée des coups. Le gouverneur fut profondément humilié de cette grossière insulte.

On ne devait malheureusement pas s'en tenir là. Une assemblée publique fut convoquée pour le soir même sur le Champ de Mars. Là, en présence d'une foule immense^ des personnages considérables appartenant au parti conservateur, parmi lesquels figuraient Allan McNab, le colonel Prince, M. Moffat,

firent des discours incendiaires. On parla d'abord de se rendre à Monklands, oîi se trouvait la résidence du gouverneur. Puis, quelqu'un ayant lancé le cri : Au Parlement ! la multitude, excitée par les pires sentiments, se porte à la Chambre des députés. On siégeait. En arrivant, les émeutiers font pleuvoir une grêle de pierres dans les fenêtres ; ils pénètrent dans l'édifice, envahissent le parquet de la Chambre et en chassent les députés. Ils brisent et massacrent tout ; l'un d'eux s'assied dans le fauteuil du président et proclame la dissolution des Chambres. Tout à coup, au milieu d'un vacarme épouvantable, on entend retentir le cri «au feu!» En effet, l'incendie, allumé par ces forcenés, éclatait. En un clin d'œil les bâtiments n'offrent plus aux yeux des spectateurs qu'un brasier ardent. On ne réussit qu'à grand'peine à sauver les projets de loi qui avaient déjà reçu la sanction de gouverneur, et les procès-verbaux de la Chambre. Des documents d'une importance historicpie considérable périrent ; c'est ainsi que fut perdue la magnifique collection , d'ouvrages sur l'Amérique, amassés à grande peine par M. Faribault, et qui se composait de seize cents volumes. On estima les pertes à 1 au delà de quatre cent mille dollars, presque

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la souiiiie réclamée par les victimes de la rébellion de 1837.

Les honnêtes gens des denx partis politiques étaient dans la consternation ; jamais on n'avait assisté à de pareilles scènes de violence. Ce qu'il y eut de plus blâmable, c'est que de pareils actes reçurent l'approbation d'organes importants du parti conservateur à Montréal, tels que la Gazette et le Morning Courier.

Ainsi appuyés, les émeutiers tinrent la ville de Montréal sous le règne de la terreur pendant quelques jours; les maisons de plusieurs chefs du parti libéral furent pillées et saccagées, au nombre desquelles se trouvèrent celles de MM. Holmes, Nelson, Wilson, Hincks et Lafontaine.

Le lendemain de l'incendie du parlement, qui eut lieu le 26 mai, la Chambre se réunit au marché Bonsecours qu'on avait aménagé temporairement pour la circonstance; l'excitation' dans les rues continuait, et M. Lafontaine luimême dut se faire escorter. La Chambre procéda aux affaires. Allusion fut faite aux événements de la veille, ce qui donna occasion à McNab et aux autres chefs conservateurs de jeter tout le blâme sur le gouvernement et d'approuver jusqu'à un certain point les excès

et les actes de vandalisme dont on venait d'être témoin. Une autre assemblée publique se tint au Champ de Mars le 27 mai, à deux heures de l'après-midi. On prononça encore de violentes harangues et l'on adopta des résolutions demandant à la reine de rappeler Elgin et de désavouer la fameuse loi.

Comme contre-partie, une adresse félicitant le gouverneur de son attitude et regrettant les excès auxquels on s'était livré contre sa personne fut rapidement couverte par au delà de deux cent mille signatures. Mais on n'en avait pas fini avec le règne de la terreur. Le 30 mai, le gouverneur vint à la Chambre pour recevoir une adresse le félicitant de sa courageuse attitude ; on reconnaissait la justice'et l'impartialité qui avaient présidé à tous ses actes administratifs tant sous le ministère d'alors que sous celui qui l'avait précédé.

L'excitation était cependant loin^d'être apaisée, et Elgin, en entrant dans la ville, eut bien vite fait de s'en apercevoir ; sa voiture fut accueillie par des pierres, des œufs pourris, des projectiles de toutes sortes ; il fut lui-même frappé à la poitrine, et une pierre, pesant deux livres, fut lancée à l'intérieur de sa voiture sans toutefois blesser personne. En même temps,

il était poursuivi par une foule menaçante qui l'apos trophait grossièrement.

La milice fut appelée. Un magistrat commença la lecture de l'acte des émeutes; — puis la troupe chargea les émeutiers qui se dispersèrent aussitôt.

Le gouverneur parvint enfin à la Chambre d'assemblée, reçut l'adresse et y répondit. On crut prudent de changer l'itinéraire du retour. La voiture qui renfermait le gouverneur et son frère, M. Bruce, prit une voie détournée ; mais la foule ne s'y trompa point ; tout ce que l'on put trouver de véhicules fut employé et l'on se mit à la poursuite du gouverneur qu'on finit par atteindre. De nouveau, éclatèrent les vociférations et les cris parmi lesquels on distinguait surtout celui de « A bas le gouverneur-général ! » {Dowit with the Governor General! ) Des pierres furent lancées sur la voiture et l'une d'elles atteignit M. Bruce et le blessa assez grièvement à la tête. Le cocher du gouverneur finit par distancer les agresseurs et on regagna Monklands sans être molesté davantage.

Le lendemain se préparaient d'autres désordres. On avait appris qu'une délégation de Québec était à bord du bateau à vapeur qui

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faisait le service entre cette ville et Montréal, et venait présenter une adresse de sympathie au gouverneur. On se rendit donc au débarcadère pour lui faire un mauvais parti. Heureusement, avertis à temps, les délégués évitèrent de nouveaux troubles en débarquant à quelques milles de jNIontréal. !

Telles furent ces journées de mai 1849. Elles sont uniques dans notre histoire, et carac- j térisent parfaitement cette classe d'hommes j aveuglés par l'excès du loyalisme ; elles démon- j trent aussi que, pour de telles gens, la loi et l'autorité n'existent plus, du moment qu'elles ne se mettent pas au service de leurs idées.

Si des Canadiens-français se fussent livrés à de pareilles scènes, on n'aurait pas manqué j de les accuser de déloyauté et de les jeter en prison. Et qu'eût-on fait de leurs chefs? car, après tout, le petit nombre seul de ceux qui y prirent part, empêcha ces émeutes de dégénérer en véritable révolution. En tout cas, c'était un attentat très grave contre le représentant du souverain.

Comme l'a dit en termes énergiques M.

MacMullen, dans son Histoire du Canada^ il appartenait aux émeutiers de Montréal de s'infliger à eux-mêmes, en voulant punir leurs

ennemis, une tache indélébile et qui rappelle les pires actes de vandalisme.

C'est en 1849 ^^ ^^ mouvement annexionniste se prononça à Montréal.

L'année 1849 ^vait été particulièrement désastreuse au point de vue commercial. Une iépression anormale s'était fait sentir dans les affaires. Le nombre des faillites avait augmenté considérablement ; ces crises économiijues et politiques qui éclatèrent en même temps expliquent le mouvement annexionniste. Ce ne fut pas un mouvement populaire sn ce sens qu'il n'origina point chez le peuple mécontent et désireux de changer la constitution du pays : cette idée recruta plutôt des adhérents dans la classe dirigeante. C'est ainsi ijue parmi les zélateurs de ce mouvement on ;rouve AL x-l.-A. Dorion, qui fut plus tard un des chefs reconnus du parti libéral, dont il fut lie plus pur et le plus honnête représentant; lommons encore les Torrance, les Redpath, |.es Molson, L. H. Holton, les Workmans, D. L. Macpherson, J. Dewit, John Rose, L.-J. ^Papineau, Alex. Galt. Nous ne citons que les loms les plus marquants, mais il est certain |ue le mouvement, parti de haut, eut un grand

etentissement. Aux élections, il y eut des

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candidats annexionistes et des candidats antiannexionistes, si bien que l'Angleterre prit alarme, et Elgin reçut instruction d'user de sévérité envers ceux qui,tenant des commissions gouvernementales, avaient cependant signé l'adresse demandant l'annexion aux Etats-Unis. C'est ainsi qu'un grand nombre de juges de paix, d'officiers de milice et d'autres fonctionnaires publics furent démis de leurs charges. Il faut dire que l'adresse en question ne demandait pas la séparation violente du Canada avec l'Angleterre, mais proclamait seulement qu'en vue de la iurise commerciale et des crises politiques^^, il était de l'intérêt du Canada qu'il se séparât de l'Angleterre amicalement et du consentement de cette dernière; on ajoutait même qu'on n'admettait pas qu'une séparation fût possible sans le consentement de la mère

patrie. , :

On trouve ici un argument à l'appui de la prétention de ceux qui disent que l'Angleterre ne se séparera jamais volontairement du Canada. En 1849, elle n'y avait certes pas les inté-i rets qu'elle y a de nos jours. Il est évident que notre pays est un fort atout dans son jeu ; notre chemin de fer « Le Pacifique Canadien ) lui sert de moyen de communication très

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prompt avec les Indes, où gisent ses intérêts les plus puissants. Comment et pourquoi donc !abandonnerait-elle de gaîté de cœur un pays iqui prospère d'année en année et dont les habi- Itants ont l'ambition de former une grande jnation ? On n'a jamais vu un peuple se séparer volontairement d'une colonie. De pareils événements ne se produisent que par la violence. Ceci ne veut pas dire qu'il nous faudra nécessairement employer la violence pour conquérir notre indépendance. Non ! mais telles sont les enseignements de l'histoire, et il faudra des :irconstances bien spéciales pour que le Canada fasse exception à la règle.

Cette même année 1849 vit prendre des i3roportions considérables au parti créé par Papiaeau en opposition au parti Lafontaine. Ce parti prit le nom de démocrate, comme nous .'avons déjà dit, et le journal L'Avenir devint îon organe. C'est plutôt «parti radical >^ qu'il lurait dû s'appeler, car les idées les plus m opposition avec l'esprit calme, réfléchi et religieux de la population canadienne-française 7 trouvèrent refuge. Il ne manqua pas non )lus d'adhérer au mouvement annexioniste, it, par surcroît, de tomber dans l'anticléricaisme. Un pareil programme devait tenir dans

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l'opposition, pendant de longues années, le parti démocrate ou libéral. Pour s'emparer du pouvoir, il devait ouvertement répudier cette partie de son programme qui consistait à faire la guerre aux immunités ecclésiastiques, à la dîme et au clergé. C'est alors que ce parti prendra le nom de parti libéral en opposition au parti conservateur.

En ce qui regarde la question de l'annexion on fut témoin d'une alliance extraordinaire celle des ultra loyalistes, restes à.y\ family com pact, mécontents de l'attitude d'Eigin, avec le parti démocrate ; c'était l'union des deux partiî extrémistes.

La reprise des affaires mit fin au parti an nexioniste qui fut écrasé aux élections. Um association, connue sous le nom de «Ligu( Britannique de l'Amérique du Nord «, qui exis tait depuis quelque temps déjà, prit alors ui nouvel essor. Le principal article du pro gramme de la ligue, que l'on verra réalisé plui tard, émettait l'idée d'une union fédérale d( toutes les provinces de l'Amérique Septen trionale anglaise.

Elgin avait commencé des démarches e faveur d'un traité de réciprocité avec le Etats-Unis, démarches qui furent bientôt cou

•onnées d'un plein succès ; le Canada, grâce à :e traité, devait jouir d'une prospérité inouie. Tout rentra dans le calme.

Toutefois, deux graves questions devaient )icntôt sérieusement occuper l'attention des 10m mes politiques des deux provinces et rameler les esprits vers la chose publique : nous \Oulons parler de l'abolition de la tenure seigneuriale et de la sécularisation des réserves lu clersfé.

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