‹ La province romaine de DalmatieChapitre 11 sur 32 · SOUMISSION DE L*ILLYRIE SEPTENTRIONALE · texte numérisé non relu

SOUMISSION DE L*ILLYRIE SEPTENTRIONALE

étaient en môme temps placées sous ses ordres * . Il est évident, dit Appien *, qu'il eut le commandement de rillyrie en même temps que celui de la Gaule. Toutefois il ne commanda pas à toute rillyrie, mais à toute Flllyrie alors soumise aux Romains. » Cette remarque d' Appien vise une autre époque. L'organisation provinciale n'était pas encore réglée comme elle le sera plus tard sous Auguste. César eut l'Illyrie au même titre que la Gaule transalpine, c'est-à-dire non seulement comme gouverneur, mais comme défenseur naturel, en cette qualité, de ces provinces, ce qui pouvait au besoin lui permettre les guerres offensives nécessaires pour la sécurité des possessions romaines. La réunion, dans le vote populaire, de la Gaule cisalpine et de l'Illyrie annonce d'une manière formelle la séparation antérieure des deux provinces. A quoi bon en effet une mention spéciale de l'Illyrie si elle avait été régulièrement et de plein droit comprise dans la désignation de Gaule cisalpine ?

Mais quel besoin César avait-il de l'Illyrie? Une légion de plus était placée sous ses ordres ; était-ce cependant le seul motif qui la lui ait fait désirer ? La conquête de la Gaule était dans ses projets ; Pompée, son allié d'alors, allait, pendant son absence, rester maître de Rome : ne fallait-il pas prévoir tous les événements qui auraient pu faire de lui un personnage trop populaire,

14; — App.; G. civ., II, 13 ; IlL, 15 ; Dion, XXX VIII, 8, 5 ; Vell. Pat.. II, 44, 5; Eutr., VI, 17; Orose, VI, 7.

* Eutrope dit 10, Orose 7 ; l'erreur est évidente.

2 App.; /W., 15. Gft Zippel, Op, cit., pag. 180 etsuiv.

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un rival trop puissant ? Qu^un danger fût venu fondre sur rilalie par les Alpes du nord ou de Test; qu'une autre invasion comme celle des Cimbres eût menacé sa tranquillité, celui qui en aurait préservé Rome aurait assurément retiré de ce service beaucoup plus de prestige que n'en pouvaient donner à César ses campagnes lointaines. Or rillyrie était toujours en agitation. LesBoîens, partis de la Bohème actuelle, avaient firanchi le Danube et pénétré dans le Norique, entre Tlnn {^mts) et le Kahlenberg (M. Cetius)^ le Danube et les Alpes Gamiques {AIp. ClarniCtfp) et Juliennes (Ocra); lesGètes ou Daces s'agitaient àFest. Là, les peuples se succédaient, toujours dangereux, malgré les victoires réitérées des Romains. Après les Bastames' et les Scythes vaincus par Antonius (61), parurent immédiatement les Gètes sous Burvistas^, qui pillèrent la Thrace jusqu'aux confins de la Macédoine et de rillyrie, où ils se rencontrèrent avec les Boîens de Critasiros*. L'Italie pouvait être menacée; César ne voulait pas laisser à d'autres qu'à lui le soin et le bénéfice de la défense.

Les peuples de rillyrie ne supportaient d'ailleurs qu'impatiemment la domination de Rome. Celle-ci s'étendait maintenant sur toute la côte de l'Adriatique, des frontières de la Macédoine à celles de la Cisalpine, c'est-à-dire, l'IUyrie grecque* ayant été réunie à la pre-

1 JusliQ, XXXII. 3.

2 Jornandès; //. Goths^ 11. BvpsSifTxaç (Strab , VII, 3, 5); Burobostes. (Trog. P,, 32.)

3 Strab., VII, 5, 2.

* Cic; Deprov. cons., 3, ô; In Pis ; 34, 35; Dion, XU, 49.

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inière de ces doux provinces, de T embouchure du Drilo (Drin) au Formio* (Formione ouRisano), près de Trieste. Au nord du Drin, les deux divisions formées des pays proclamés libres après la défaire de Gentios constituaient TUlyrie romaine. La soumission des Vardaei en 135 l'avait étendue au-delà de la Narenta, et Narona (Yiddo) semble avoir été sa capitale. Après Texpédition de Gosconius (78- 76), le pays des Dalmates, parcouru plutôt que conquis, conune nous T avons vu, par Metellus (118), y avait été réuni et organisé en un nouveau Conventus dont le chef-lieu, Salone^ reçut alors cette colonie de citoyens romains que nous y trouvons au temps de Gésar. Au nord , les Liburnes , les lapydes * et les Taurisques* étaient tributaires, et les Romains avaient le droit de lever chez eux des contingents*. Au centre de T Adriatique, Issa^ la ville la plus noble de cette région*, n'avait pas cessé d'être l'alliée de Rome. Un légat résidait dans l'île, et l'un de ces représentants de Rome, choisi comme patron par les Isséens, allait à ses frais embellir la ville d'un portique®. lader (Zara), une des plus anciennes villes de la Liburnie, ne cessait de montrer les meil-

« Pline; Hist. nat., III, 19, a Dion, XLIX, 34, 2.

* Dion, loc, cil; App.; IlL, 16.

* Givitalibus milites imperat certumque in locum convenire jubet. (Gésar; Guerre des Gaulés, V, 2.)

' Nobilissimum earum regionum oppidum. (Hirt.; G. d'Alex, 47.)

* Q. Numeriusq. f. Vell. Rufus leg, patron, porticus reficiund (os) de sua pecun(ia)coer(avit) idemq(ue) prob(avit). C. L L., III, 1, 3078. (Rulus fut consul en 697, 54 av. J. G.)

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leurs sentiments pour Rome * . Mais Pesprit de révolte et de turbulence n'avait pas disparu, surtout chez les Dalmates. Pendant le séjour de César en Gaule cependant, la pro\ince fut tranquille. César la visita au commencement de l'hiver de 57 (a. u.c. 697)*. Quelques années plus tard, il revint, rappelé par les plaintes qu^il recevait sur les brigandages qu'exerçaient dans la basse vallée du Drilo (Drin) les Pirustes de la vallée supérieure du Drin blanc. Sa venue seule suffit à les faire rentrer dans l'ordre (54). Les Pirustes protestèrent de leurs intentions pacifiques et livrèrent pour la réparation de ces dommages, dont la nation, disaient-ils, n'était pas responsable', les sommes et les otages qu'on leur demanda. L'excuse était celle qu'avait jadis invoquée Teuta, mais elle s'était montrée moins traitable.

L'insurrection des Dalmates fut plus sérieuse. Leurs affaires, dit Appien, n'avaient jamais été plus prospères*. Autour d'eux s'étaient groupés d'autres peuples illyriens. Soixante villes s'étaient ainsi ajoutées aux vingt

^ Quorum semper in rempublicam singuleure constiteratofficium (Hirt. ; loc. cit.). L'ancienneté de cette ville est attestée en outre par Gonstantia Porphyrogénète, dont le passage est assez curieux pour être cité. La ville de AtocSwpwv, dit-il, s'appelle dans ledialecte romain 'làp gpai ce qui veut dire àjrdépTielTov, évidemment parce que cette ville existait avant iafondatiou do Rome. C'est une grande ville que Ion appelle vulgairement AcoSupa. Const.Porph.; Deadm. imp., ch 19, éd. Meursius. Leyde, Elzévir, 1617.)

2 Eas quoque nationes adiré et regiones cognoscere volebat. (César ; G. des Gaules, Y, 1.)

3 Nihil earum renim publicofactumconsilio. (Ces.; G. des Gaules., V,l .)

* App.; ///., 12.

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cités des Dalmat^^'s*. Sur le refus des Liburnes d'entrer dans Talliance, les confédérés dalmates se jetèrent sur leur ville de Promona (Tepliu, sur la Giccola, affluent de la Kerka), enlevée sans doute quelque temps auparavant par les Liburnes, ou qui leur avait été donnée par les Romains en échange de quelques services, et s'en emparèrent. Au même moment, la colonie de Tergeste (Inesié) était pillée par leslapydes^. César se trouvait alors en Cisalpine; les Liburnes se donnèrent à lui. Le proconsul envoya des ambassadeurs sommer les maîtres de Promone de la rendre aux Liburnes. ce Ceux-ci ayant refusé, il envoya une forte division de troupes qui fut tout entière tuée par les lUyriens. César ne les vengea pas, son différend avec Pompée ne lui en laissant pas le loisir'. »

Lui eût-il été possible de laisser impuni le désastre d'une légion ? Son indifférence s'explique mieux s'il ne s'agissait, comme dans la guerre contre les Pirustes, que de contingents locaux * . La défaite toutefois avait assez d'importance pour détruire son prestige dans cette région qu'il eût été satisfait, disait-il dans les dernières négociations qui précédèrent l'explosion de la guerre civile, de conserver provisoirement avec la Cisalpine et une seule légion*, et il lui fallut pendant la guerre détourner de

1 Viginti oppida sunt Dalmatiae antiqua , quœ ipsa sibi adsciverunt ampliussexaginta. (Gic; Ad. div.» V, 10.)

2 Ces.; G. des Gaules, VIII, 24; App.;///., 18.

3 App.j /«., 12. ^

* Cf. Mommsen; Hisi. rom., trad, Alex., VII, pag. 114. 6 Plut.; Pompée, 63 ; César, 25 ; Suét.; J.-Cés., 29,

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ce côté une partie de ses forces • Non que les Dalmates et les autres lUyriens aient embrassé avec convictioû le parti de Pompée, car on voit celui-ci, se défiant des Parthins, laisser, quand il passe en Macédoine, Gaton à /)]/rrocWî^m (Durazzo), pour les observer, et ce dernier réprimer un mouvement de ce peuple *; mais César, qui comme proconsul avait pendant dix années gouverné leur province, représentait pour eux, mieux que ses adversaires, Penneini de la domination duquel ils voulaient s'affranchir. « Ils craignaient que, par suite de leur conduite récente, sa victoire ne fût leur perte ^. jd Cette contrée se trouvait donc destinée, et par ces motifs et par sa situation géographique, à être un des théâtres de la guerre civile. Déjà, au temps de Sylla (83) , Carbon et Cinna avaient fait passer en Liburnie une petite armée qu'ils comptaient diriger contre lui; mais, des soldats qu'ils avaient envoyés, les uns avaient péri dans une tempête, les autres s'étaient révoltés; le reste, parvenu en Dalmatie, en avait été rappelé par Carbon après la mort de son collègue*. Dans cette nouvelle phase, Pompée ayant cherché son principal appui dans le monde grec et choisi l'Illyrie grecque comme champ de bataille, la possession de T Adriatique devenait une des premières nécessités de la lutte. Deux des lieutenants de Pompée, M. Octaviuset L. ScriboniusLibo*, la par-

* Dion, XLII, 10.

2 App.; IIL, 12.

3 App.; G. av., 1,77-78.

* Dion, XLI, 40. Florus dit par erreur, confondant les deux noms en un seul, Octavius Libo (IV, 2, 30-33). César les nomme plus tard tous

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couraient avec une flotte. César, alors en Espagne, avait coDflé la défense de l'Italie septentrionale et du littoral nord de l'Adriatique à C. Antoine et à Dolabella. Dolal>ella avait établi son camp au nord du golfe de Quamero, et Antoine, pour le protéger, avait jeté l'ancre dans un port du voisinage *. Dolabella fut attaqué le premier et chassé de rillyrie'. Antoine fut plus malheureux encore en voulant lui porter secours, car resserré dans l'île de Curicia (Yeglia), dont les habitants lui étaient hostiles; trahi peut- Hre par Tib. Pulcio *, il fut forcé par la faim de se r enire ^ avec tous ses navires et toutes ses troupes, dont les K)ldats vinrent grossir le nombre des légions de Pompée *. )eux navires seulement s'échappèrent : l'un put aborder

Bs deux comme chefs de la flotte sous le commandement supérieur de ^ibulus. (6f. dv., III, 5.)

* Appien (G. dv,, II, 41) et avec lui- Suétone (J.-Cés.y 36), Lucain et )rose (VI, 15), placent au contraire C. Antoine à la tète de l'armée de 3rre et Dolabella de la flotte. Mais Appien s'accorde avec Dion, Florus t CSésar lui-môme pour la défaite d'Antoine par Octavius (II, 47). M. Mom* isen adopte la version d'Appien (Hist. rom., trad. Alex., tom. VII, lag. 281). G. Antonius, dit-il, se trouvait avec deux légions dans l'île de lurieta, et P. Dolabella, avec sa flotte, croisait dans l'étroit bras de mer [ui sépare Curicia de la terre ferme. Gomment admettre, étant donnée 81 supériorité inconstestée de Pompée sur mer, que le commandant des roupes de terre ait été, pour défendre l'entrée de l'Italie, s'établir à ',uricta (Veglia)?

2 Dion dit c Dalmatie », mais seulement parce que le lieu de la rencontre ^tait situé de son temps dans la dépendance de cette province. Dalmatie 38t ici synonyme d'IUyricum (XLI, 49).

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