LE PREMIER SIÈCLE DE L EMPIRE
sans doute les lieux témoins du désastre de Gabinius.
La deuxième était dirigée par une montagne dont le nom a disparu de rinscription, de la colonie de Salone vers le pays des Ditiones, sur une longueur de 178 mille pas, ce qui placerait les Ditiones à Textrémité de la province de Dalmatie, dans la direction de la Mésie* (16 apr. J.-C).
La troisième, longue de 156 mille pas, dans la même direction, mais plus au sud de Salone, aboutissait à un poste fortifié des Désitiates ^ (19-20 apr. J.-C).
De la quatrième * et de la cinquième * , les inscriptions telles qu'elles nous sont parvenues ne nous font connaître que la longueur, qui est, pour la quatrième de 1 58 mille pas, et de 167 mille pour la cinquième.
Les pays dont le sol est aussi tourmenté que celui des régions qu'administrait Dolabellane laissent pas, pour le tracé des routes principales, le choix entre beaucoup de directions. Les communications s'y établissent d'abord naturellement par les voies les plus facilement accessibles, que la civilisation ne fait que rendre plus praticables. Une route dut être nécessairement ouverte dès cette époque entre la Dalmatie et l'Italie. Il est peu probable que la voie Gabinienne n'ait pas eu de continuation au-delà d^ Andetriv/m ; seulement cette seconde partie de la voie ne porte pas un nom qu'aucun motif ne pouvait lui faire attribuer ou conserver. La voie romaine de 1 67 mille pas,
^C. /. L., m, 1. 3198 ^Ibid , 3201.
^Ibid., 3201. ad fin.
* Ibid , 3200. ad fin.
172 OALMATIE.
que construisirent la 7* et la II® légion, peut donc fort bien avoir été la suite de celle que désigne la même inscription.
La 7e légion aurait été employée à la partie voisine d'^Andetriv/ni, jusqu'où elle avait mené la voie Gabinienne^ et la 11* à la partie la plus éloignée de la côte. Bien que les titres qui peuvent servir à fixer l'emplacement des légions nous montrent des soldats de la 7® à Corinivm (Garin) et à lader (Zara), c'est dans le sud de la province qu'on a trouvé le plus grand nombre de ces inscriptions. Par contre, c'est Burnum (Suplyaya) quia fournilaplus grande quantité de titres relatifs à la 1 1®, et M. Mommsen en ajustement conclu que les quartiers-généraux de ces deux légions étaient, pour la 7* à Delminiv/m (Gardun- Voynitch, près de Trign) et pour la 11® à Burnum (Suplyaya, Archi Romani). Il paraît donc naturel de conclure de la participation des deux légions à la construction de la route que cette voie devait mettre en communication le nord et le sud de la province; et de la juxtaposition dans une même inscription de ces deux routes, dont l'une est précisée par l'indication de son nom, de son point de départ et de son point d'arrivée, tandis que la partie de la pierre qui contenait probablement pour l'autre des indications identiques est perdue, que ces deux routes devaient se faire suite, et que la première mentionnée achevait, en partant d'Andetrium, la communication entre le siège du gouvernement, la Liburnie et le pays des lapydes. Quant à la route qui, s' embranchant sur celle qui menait au pays des Désitiates et d'une longueur
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presque égale à celle-ci, est indiquée à la fin de Tinscription 3201, on peut Tassimiler à la route stratégique d'une si haute importance qui dans les Itinéraires réunit Salone et Siscia (Sissek) par la Bosnie actuelle.
L'administration de P. Dolabella fut un véritable bienfait pour la province. Dans les îles même, Cherso vit une de ses villes s'embellir d'une curie et d'un portique * . Aussi, tandis que la 7® et la il* légion, bien qu'employées par lui, comme ailleurs au reste les autres légions*, à de rudes travaux, élevaient à leur ancien général Tibère, sous son lieutenant Dolabella, un monument de leur reconnaissance (18- 19 apr. J.-e.), les villes, de leur côté,
érigeaient en mémoire de Dolabella une colonne que l'on voit encore à Ragusa-Vecchia [Épidauré), où onl'ap. pelle improprement le tombeau de Dolabella, et dont l'inscription ' est une des mieux conservées de la Dalmatie. Les soins immenses que nécessitait après la guerre le gouvernement de ces régions, leur importance et leur étendue, ne permettaient pas de confier tout VIllyricum à un seul homme. Aussi, en même temps que Dolabella était à la tête delà partie qu'on appelait Illy rie supérieure ou maritime*, le nord du pays, la Pannonie, avait pour
1 Auj. Gaisole; C. /. L., HI, 1, 3148.
^ Manipuli... Nauportum missi, ob itinera et pontes et alios usus. (Tac; Ann., I, 20.)
• P. Gornelio Dolabellae cos. VII, viro epuloni sodali Titiensi leg. pr. pr. divi Augusti et Ti. Caesaris Augusti civitates Superioris provinciae HiUurici. {C. LL, III, 1, 1741.)
* Gujus (Junii Blaesi) curam ac fidem Dolabella quoque, vir simplici-
1 74 DALMATIB.
administrateur Junius Blaesus, dont le neveu Séjan devait arriver à une si haute fortune. Gomme Dolabella, il conserva sous Tibère les fonctions dont il avait été investi sous Auguste', sans qu'il soit possible de préciser les limites des deux provinces dans lesquelles ils exerçaient simultanément leurs pouvoirs, puisque Promona semble avoir été, d'après l'inscription trouvée sur son emplacement, dans le gouvernement de Blsesus. Mais il nous manque pour celui-ci le témoignage des services qu'il a pu rendre comme administrateur. Les difficultés avec lesquelles il se trouva aux prises lorsque ses légions se révoltèrent à Tavénement de Tibère, et le succès qu'il remporta en Afrique sur Tacfarinas, l'ont rendu plus célèbre que ses talents d'administrateur, dont l'éloge que fait de lui Velleius * n'est pas un assez sûr garant.
Pour achever r œuvre d'apaisement ei donner peut-être à la province comme un dédommagement à la perte de son indépendance ; peut-être aussi pour réprimer chez elle toute idée de révolte en lui montrant l'attention de l'empereur, plus particulièrement fixée sur elle, Drusus, fils de Tibère, qui avait déjà paru une première fois dans VIllyricum pour apaiser la sédition des légions de Pannonie, y fut renvoyé quelques années après pour y apprendre la guerre et se concilier l'affection des troupes' (17 ap. J.-C). Si la soumission de Maroboduus
tatis geuerosissimae, ia maritima pflrto Illyrici per omnia imitatas est (Vell. Pat., II, 125.)
1 C, I. L., III, 2, 6407. Cf. Tac; Antl., 16 ; Vell., II, 125.
2 Viro nescias utiliore in castris, an meliore in loga. (VeU., Il, 125.)
3 Tac; Ann., U, 44,
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lui fit décerner par le Sénat rovation, il semble n'avoir pas eu exclusivement en vue une mission militaire. Sa femme raccompagnait dans ce voyage princier * . Établi dans la partie la plus riante du pays, en Dalmatie, sur les bords de la mer, il y reçut la visite de Germanicus, qui parcourait à la tête d'une flotte le littoral illyrien. Revenu en Italie pour assister aux funérailles de son frère, il retourna bientôt après dans son apanage^, où se rendit Pison, qui croyait pouvoir compter sur sa bienveillance, puis revint à Rome, et y rentra sans pompe, ajournant jusqu'après le procès de Pison la célébration de son ovation. En 23, Tibère, faisant devant le Sénat l'énum^ ration des légions et des provinces qu'elles avaient à défendre, expliquait l'intérêt exceptionnel qu'il portait à cette province, a Deux légions en Pannonie', deux en Mésie, défendaient la rive droite du Danube. Deux autres, placées en Dalmatie, se trouvaient, par la position de cette province, en seconde ligne des précédentes et assez près de l'Italie pour voler à son secours dans un danger soudain. y>
Aussi importait-il d'éviter de nouvelles causes de désordres, ce II veillait, nous dit encore Tacite*, à ce que de nouvelles charges ne portassent point l'effroi dans les provinces, et il empêchait que les anciennes ne fussent aggravées par l'avarice et la cruauté des magistrats :f>^ et
* Tac; Ann,, III, 34.
3 Ihid,, IV, 5.
* im. 6.
176 DALMATIS.
ce fat, comme on le voit par le long séjour de Dolabella en Dalmatie, moins par incurie, comme le dit Suétone ^ que par principe, qu'il renonça aux changements trop fréquents de gouverneurs.
Grâce à ce sage système, la Dalmatie prospéra pendant son règne. Les villes de Libumie érigèrent en commun un monument en rhonneur de Néron, fils de Germanicus*. D'autres invoquèrent, pour régler im différend survenu entre elles, à propos des limites de leurs territoires, la médiation du propréteur T. Yolusius Satuminus, le premier dont les monuments nous fassent connaître le nom liepuis le départ de Dolabella. Celui-ci semble avoir résidé de préférence dans le sud de la Dalmatie, Saturninus dans Fancienne Libumie. C'est à Nona ', à Garin^, à Starigrad ' qu*ont été trouvées les inscriptions qui portent son nom. ^nona (Nona) le choisit comme patron et célébra par un monument son élévation à la préfecture de Rome *, ce qui témoigne des bons souvenirs que laissa son administration, que ces documents nous permettent de placer dans les dernières années de Tibère et au début du règne de Caligula.
Au commencement de celui de Claude, la Dalmatie faillit faire un empereur. Rien dans le fils de Germanicus
^L\ r L . III. 1,ÎS08.
ï J^nona. \i\ L !.. lïl. 1, Î9':4,:iv):3, :;Î76.)
* Corùuum. ^Ibi'l.. "iSSî.)
* OrU^a^Eph.€p,y vol. IV. fksc. 1 elî, 3d6: BulLdiarch.estori^ daim., L pag. $5.
« C.l.L. IIL L Î976.
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n'était fait pour imposer le respect ; les circonstances dans lesquelles les prétoriens l'avaient proclamé, l'entourage qui le dominait, n'étaient pas de nature à lui donner le prestige qui lui manquait. Aussi vit*on les légions essayer dès lors quelques-uns de ces mouvements qui devaient éclater si nombreux plus tard, pour donner l'empire à leurs généraux. Furius Gamillus Scribonianus, gouverneur de la Dalmatie', personnage consulaire et d'une illustre famille, se croyant digne de l'empire et Tétant en eflTet, excité par Vinicianus, que l'on avait songé à opposer à Claude, soutenu par des personnages considérables, comme Caecina Paetus *, le mari de la célèbre Arria, le beau-père de Thraseas, par des chevaliers et des sénateurs, avant même d'avoir fait aucun acte d'hostilité', écrivit à Claude une lettre pleine d'un insultant mépris, pour le sommer do renoncer à l'empire. Claude, en la recevant, réunit son conseil. Il se demandait encore s'il ne devait pas obéir, que déjà Scribonianus était mort. La petite secte stoïcienne était la seule, hélas ! à désirer le retour de la liberté. Au lieu de promettre à ses soldats le donativum accordé par Claude aux prétoriens, Camille leur parla du peuple, leur fit entrevoir comme prix de leurs efforts le rétablissement de l'antique gouvernement. Les citoyens qui se trouvaient dans son armée ne comprirent pas mieux ce langage que les étrangers qui servaient avec eux. Quand il fallut se mettre en marche, l'aigle et les
1 D. Cass., LX, 15; Suét.; Cl.y 13.
2 D. Cass., LX, 15. et s.; PI. J.; Lettres, III, 16.
3 Suét.; CL, 25.
étendards furent levés d'une main timide, il sembla qu'ils hésitaient à se mouvoir ; on y vit ou feignit d'y voir un avertissement des dieux ^ , un mauvais présage; les soldats refusèrent de s'ébranler, massacrèrent leurs chefs', et l'un d'eux tua Scribonianus*. Suivant Dion, il se serait enfui à Issa, où il se serait donné volontairement la mort. De ses complices, les uns se tuèrent, comme Yinicianus; d'autres, comme PaBtus, furent ramenés en Italie, où ils suivirent plus tard son exemple. La femme de Scribonianus, moins héroïque qu'Ârria*, révélateurs noms. Messaline, Narcisse et les autres affranchis arrachèrent à Claude, qu'ils avaient rendu avide de vengeance, de nombreux arrêts de mort ; le Sénat fut, suivant l'usage de cet empereur, associé à ces poursuites. Quant aux deux légions, elles reçurent, en récompense de leur retour rapide à l'obéissance, lestitresde Claudia Pia FideliSy désormais attachés à leurs noms'. L'assassin de Scribonianus fut promu aux grades les plus élevés de l'armée *, ceux des autres officiers reçurent également des récompenses '; mais M. Salvius Olhon, le futur empereur, envoyé enlllyrie avec des pouvoirs extraordinaires, les fit, pour ces mêmes actes qui leur avaient mérité la faveur de Claude,
1 Suét.; CL, 13.
2 Suét.; Oth,, 1.
3 Tac; Ilist., II, 75.
* PI. J., loc. cil.
5 D. Gass., LV. 15.
« Tac; Hist., II, 75.
7 Suét.; Ot/i., 1.
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décapiter en sa présence devant le quartier-général.
La province elle-même était restée absolument indifférente à ces événements. Sa vie se déroulait maintenant calme et paisible, sous la tutelle des magistrats de Rome et la garde des légions. Les travaux de viabilité se continuaient, les cités s'organisaient. La tâche de gouverneur devenait de plus en plus facile. Parmi eux, nous connaissons A. Plautius, légat de Claude ^ dont toutefois le passage en Dalmatie ne repose que sur une conjecture ;
G. Ummidius Durmius Quadratus *, que nous trouvons en 51 à la tête de la Syrie*, où il aura pour successeur Gorbulon ;
P. Anteius* (51-52 apr. J.-G.), également légat de Claude, ami d'Agrippine, que ce titre et ses richesses désigneront plus tard à la haine de Néron et qui sera contraint de se donner la mort * (66);
L. Salvidienus Salvianus Rufus* (60), nommé dans un acte de Néron concédant le droit de cité pour eux et leur descendance aux vétérans de sept cohortes placées en lUyrie sous ses ordres et ayant au moins 25 ans de services;
M. Ducenius Geminus ', préposé ensuite par Néron
« Ôrelli, II, 3128.
3 Tac; Ann., XII, 45 ; XIV, 26. Tacite l'appelle Titus; mais il y a une telle coacordaace d'iadications et de dates entre Tiascriptioa et l'histonea, qu'on peut sans crainte conclure à l'identité du personnage.
* Tac; inn., XVI, 14.
* C. L L, m, 2, pag. 844 et 845.
aux revenus publics * et préfet de Rome sous Galba * ; Enfin M. Pompeius Silvanus * (69-70). Son administration fut moins paisible que celle de ses prédécesseurs. En effet, les agitations qui suivirent la mort de Néron s'étendirent à la Dalmatie. Les légions cantonnées dans 17/lyricK/m lui étaient généralement favorables. Il en avait même tiré quelques détachements qu'il avait fait venir pour sa garde personnelle à Rome, où leur présence fut un danger pour le vieux Galba*. Othon, au contraire, malgré la sévérité dont il avait fait preuve, était resté populaire parmi elles. Le souvenir de Néron, qu'il invoquait ^, bien qu'ayant été des premiers à se déclarer pour Galba, acheva de les lui concilier, et, quand les légions de Germanie eurent proclamé Vitellius, au milieu des nouvelles de défections qu'Othon recevait de toutes parts, ce fut des légions de Dalmatie, de Pannonie et de Mésie que lui revint la première lueur d'espérance. Non-seulement elles se déclarèrent en sa faveur, mais à son commandement elles s'ébranlèrent pour marcher à son secours ^. Malheureusement pour lui, elles ne s'avancèrent qu'avec lenteur. Les plus avisés des généraux d'Othon conseillèrent vainement de les attendre pour livrer la
» Tac; Ann., XV. 18.
2 Tac; Hist., I, 14.
^ Eph. ep., vol. II, fasc. 4, 563.
* Tac; Hist.f l, 6. Uae inscription découverte en 1874, à Spalato, porte cependant le nom de cet empereur: Sergio Sulpicio Galbse imp. Gaesar. (Eph. ep., II, 4, 522.)
5S:iél.; Oth., 7.
«Tac; Hist., II, 11.
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bataille* ; leurs détachements qui combattirent à Bédriac sauvèrent l'honneur de l'armée d'Othon, mais non sa cause ni sa personne. Quant aux légions qui s'étaient avancées jusqu'à i4?t^fWe, elles furent des plus empressées à se déclarer pour Vespasien. Parmi elles se trouvait la V légion Claudienne, passionnée, nous dit Tacite, pour la mémoire d'Othon, quoiqu'elle ne se fût pas trouvée à la bataille *. Les légions de Pannonie suivirent le signal donné par les légions de la Mésie ; la 11* légion, restée en Dalmatie, fut entraînée à son tour \ «bien que dans ces deux provinces les lieutenants consulaires ne fissent aucun mouvement. C'étaient : pour la Pannonie, Titus Amplus Flavianus ; pour la Dalmatie, Pompeius Silvanus, riches et vieux l'un et l'autre. Mais près d'eux était un procurateur dans la force de Tâge et d'une grande naissance, Cornélius Fuscus, à Tesprit hasardeux, aimant aussi le danger pour lui-même et qui, passé sous les drapeaux de Vespasien, fut le plus ardent à secouer les brandons de la guerre ». — a L'espace d' un moment voyait s'allumer une guerre formidable dont les armées d'Illyrie avaient déjà levé l'étendard et dont les autres étaient prêtes à suivre la fortune*. » Une certaine unité subsistait, on le voit, dans VIllyricum, en dépit des divisions administratives, analogue à cette communauté de sentiments qui de nos jours réunit ces contrées, malgré leur
< Tac; Hist., II. 32.
2 Ibid., 85.
' Ibid., 86., trad. Burnouf.
^ Ibid.
séparation politique. On voit aussi qu'un seul et même procurateur était chargé, dans la Pannonie et la Dalmatie et peut-être aussi la Mésie, de Tadministration des domaines.
Antonius Priscus, dont T influence avait entraîné les légions de Pannonie, et Cornélius Fuscus, engagés sans espoir de retour dans le parti de Yespasien, allaient être les principaux artisans de sa fortune.
Les Pannoniens etlesDalmates, embarqués sur la flotte de Ravenne, voyant leur pays au pouvoir de ce prétendant, se laissèrent, eux aussi, gagner à sa cause par le préfet de la flotte, Lucilius Bassus, auquel ils substituèrent toutefois Cornélius Fuscus, accouru en toute hâte. Vespasien les en récompensa en les établissant comme colons en Pannonie, avec le droit de cité pour eux et leur descendance* (an 7 1 ) . Ce furent les légions de VRlyricum qui battirent les Vitelliens à Bedriac (Calvatone, entre Mantoue et Vérone) , mais ce furent elles aussi qui se déshonorèrent par Todieuse destruction de Crémone; seule la i 1* légion n'y prit pas part. Elle ne s'était décidée que tardivement ; mais, le succès assuré, elle voulut avoir sa part de victoire et racheter ses hésitations par son zèle. Elle arriva on Italie, conduite par Silvanus, « officier nonchalant, consumant en paroles les jours où il aurait fallu agir^ », mais guidé, sans s'en apercevoir, par le chef de la légion, Annius Bassus. Six mille Dalmates de nouvelle levéo
^ C. I. L., m, 2, pag. SbO]Eph, ep., II, 4, pag. 457. 2 Tac; Hist., III, 50.
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l'accompagnaient; on en mit une partie sur la flotte, dont les meilleurs soldats furent, sur leur demande, incorporés dans l'armée de marche, et l'on s'avança jusqu'à fanum Fortunas (Fano). Là on attendit les événements. Ils se prononcèrent en faveur de Vespasien. Silvanus fut bientôt après chargé par le Sénat de lever sur les particuliers un emprunt de 40 millions de sesterces pour parer à la détresse réelle ou simulée du trésor.
Les deux légions qui avaient quitté la Dalmatie ne retournèrent pas dans leurs anciens cantonnements. La province était désormais pacifiée et organisée, des troupes auxiliaires et les milices locales sufGLsaient à maintenir l'ordre et assurer le fonctionnement régulier de l'administration.