CHAPITRE VI
Géographie politique de la I>aliiftalle ancleooe.
DIVI8105S AOMIKISTRATIVBS. — VILLES. — VOIES DE COMMUHICATIOK.
Les frontières de la Dalmatie étaient désormais fixées pour deux siècles. Les agrandissements successifs de ritalie avaient pris fin au nord. Sa limite, portée d'abord au-delà d^Aquilée, puis au Formio (Formione ouRisano), reculée au-delà de Pola sous Auguste, s'arrêtait définitivement à VArsia (Arsa). Là commençait, nous dit Pline*, qui composait alors son immense et précieux répertoire, la «nation des Liburnesi!>, dont le territoire était compris dans la province de Dalmatie, laquelle s'étendait jusqu'à Lissos ( Alessio), où elle touchait à la Macédoine. Mais si les limites de la Dalmatie sur le littoral sont parfaitement précisées, il n'en est pas de môme de celles de l'intérieur des terres. Laissées parles historiens et les géogral)hes dans le vague le plus absolu, elles ne peuvent être déterminées d'une manière approximative que par la fixation des territoires occupés par les différents peuples de cotte province ou des contrées voisines.
Que NaK^ort ( Ober Laibach ) ait appartenu à la Paniionie, comme le pensent avec raison MM. Mommsen et
« Pline; Hist. nat,, III, 23.
Iràssburger * , ou à l'Italie, comme le voudrait M. Zippel^, ^tte place était en tout cas en dehors de la Dalmatie, [ont la limite, traversant VOcra (Alpes Juliennes*), lais- ;ant à la Pannonie Nauport et la colonie d^^viona (Lai- )ach), et contournant Ti^Zim^ (Garso liburnien), venait ^ersTest dans la direction de la Kolapis (Kulpa), passait au lord de Metulum (Mœttling)/et coupait la rivière au sud le la ville actuelle de Garlstadt, c'est-à-dire à Tendroit )ii commence la plaine croate. Longeant ensuite la Save i quelque distance de sa rive droite, elle allait rejoindre e Drinus (Drina) à la hauteur du Zvornik actuel, ne aissant en dehors de la Dalmatie, agrandie, depuis Té- )oque de Strabon , de tout le massif montagneux occupé )arles Mazéens, les Ditions et lesDésitiates, que les derliers escarpements des monts Bosniaques et la vallée ma- «cageuse de la Save. La frontière, remontant la Drina, Qdinait un peu à l'est jusqu'au pays des Dardanes, et ejoignait le Drilo (Drin), à l'orient de l'embouchure uquel finissait la province.
La Dalmatie était divisée en trois ressorts judiciaires uGonven tus: celui de 5cardona ( Scardona ) au nord, ont la circonscription s'étendait de VArsia [kvsdL) au itius (Zermagna) ; celui de Salone au centre, duTitius Zermagna) au iVaro (Narenta); celui de iVarona(Viddo), a sud de cette rivière.
* Strassburger ; Quomodo et quando Pannonia provincia romana
xtasit. Halle, 1875.
*Zlppel, Op. cit., pag. 195-196.
' Birnbaumer Wald. (Zippel, Op. cit.)
Le conventus de Scardon<i répondait donc à la Liburnie. Cette région, et Flapydie qui en dépendait, conservaient toujours une sorte de physionomie distincte, bien que riapydie * , épuisée par ses défaites, perdît chaque jour de son importance. Dans Strabon, la côte îapodique forme encore une division spéciale du littoral, s'étendant sur une longueur de 1000 stades ( 185 kil.) à partir de Pola { Colonia Pietas Julia Pola ) , qui appartient encore à l'Italie*. Il n'en est plus question au temps de Pline. L'Iapydie ne formait pas, de fait, une division naturelle du pays, mais simplement une division politique comprenant les territoires conquis et occupés par la belliqueuse tribu des lapydes. Strabon ne leur donne aucune ville sur le littoral. Leur nom ne se trouve mêlé à aucim événement maritime. Cette locution de côte iapodique signifie donc simplement littoral du pays, dont les hauts plateaux sont occupés par les lapydes. Il est certain, en tout cas, que si les lapydes s'avançaient sur certains points jusqu'à la mer, les ports restèrent toujours entre les mains des Liburnes. Ils auraient formé alors, ce qu'ils étaient encore il y a quelques années, de véritables îlots au milieu d'un territoire occupé militairement, des « villes libres royales » au milieu des Confins.
Les Liburnes ' étaient au contraire un peuple essentiellement maritime. Ils avaient quatorze cités, la plupart sur le littoral, etdont les principales étaient Tarsa^ica (Ter-
* Ni Scylax ni Mêla ne partent des lapydes.
2Str., V, 1, 9; VIT, 5, 3.
3 Pline; Hist. nat,, III, 25 (21).
sate), Senia (Segna), -dEno/ia(Nona), lader (Zara), et Scardona (Scardona ).
Tarsatiea* (PL; T. P.), Tharsaticum A^V Itinéraire d'An- «onin et du géographe de Ravenne, placée au point de jonction de la route qui venait deTIstrie, et de celle qui, à travers le Garso, se dirigeait A!Aquilée par la Libumie vers Siscia (Sissek), avait des duumvirs et une organisation municipale régulière*. Ses débris se retrouvent au village actuel de Tersate, sur le plateau qui, au-dessus de Fiume, domine la mer et la fissure profonde au fond de laquelle gronde la Fiumara. Comme toutes les anciennes villes maritimes, elle possédait en dehors de Tacropole une «marine » sur les bords mêmes de la mer. Quand la sécurité des relations commerciales eut été assurée, la ville haute descendit peu à peu sur le littoral, comme en témoigne encore Tare de triomphe élevé en l'honneur de Claude II. Ses débris sont une des rares traces que l'antiquité ait laissées à Fiume, dont une vieille rue passe sous sa voûte principale, tandis que les côtés sont engagés dans les maisons voisines. Tersate a aujourd'hui définitivement perdu son importance, bien qu'elle soit encore un lieu de pèlerinage très fréquenté.
Senia^ fondée par les Gaulois Sénons, nommée peutêtre comme Tarsatica par Scylax, mentionnée dans Pto-
1 Voir pour tout ce chapitre : Pline; Hist, nat., III, 25, 26, éd. Lemaire (21, 22. éd. Detlefsen); Ptolémée, II, 15 (éd. Wilberg et Grashof. Essen, 1839); II, 17 (éd. de Francfort, 1605, avec cartes de Mercator); Itinéraire d'Antonin (éd. Wesseling); Table de Peutinger^ éd. Desjardins.
lémée *lsxxK daos Yliîmmiire dTAnionin {Senia)^ sur la Table [Forius Senia^^ aiq. Segna ouZeng, le port le plus important de la côte croate, a déjà joué un rôle dans les guerres d'Octave contre les lapydes. Située sur la route qui menait en Daknatie. elle était en outre le point d'arrirée d*une autre voie Tenant de Siscia (Sissek), par laquelle elle reocTait les produits de la région inférieure de la Save et du Danube. Les inscriptions l'appellent Senia, mentionnent la plehs Senieiuiufn\ Vordo Senien" sium^, sans nous donner sur son oi^anisation intérieure des renseignements précis.
Fort>iger, dans son Manuel de Géographie ancienne et dans la Heal Encyclopédie de Pauly, £adt d'elle cette € œlonia Seniefisis » dont parle Tacite au 4*^ livre des Histoires*. Si la leçon c Senerui », que substituent à la précédente quelques éditeurs, était la bonne, ils auraient raison de placer à Sienne l'épisode dont il s'agit. Mais les manuscrits et les éditions les plus récentes portent aSeniensiib ^ei, bien que M. Mommsen^ considère comme absolument abandonnée aujourd'hui Topinion de Forbiger, elle s'impose. Les partisans de Sienne s'appuient surtout sur ce fait que Pline, parlant de Senia, ne la désigne pas comme colonie. Ce n'est pas la seule que Pline ait omis dénoter, et la raison ne semble pas suflBsante. Le silence des inscriptions serait plus significatif, et l'on pourrait
2 Ihid., 3017.
3 Tac.; Hiii., IV. 45.
* C. /. L.,III, 1, V. Senia.
s'étonner que celles qui nous sont parvenues n'aient pas mentionné ce titre si honorable et si précieux de colonie romaine. Mais aucune de ces considérations ne saurait prévaloir contre l'assertion formelle de Tacite, et les plaintes du sénateur a pulsatus in colonia Seniensi » s'expliquent bien mieux s'il a été exilé dans l'ancienne capitale des Uscoques que s'il a été relégué à Sienne, en Étrurie, aux portes de Rome.
Mnona {AiwSya,Pt.), Nona, où tant d'inscriptions importantes du premier siècle de notre ère ont été découvertes, était placée dans une lie reliée au continent par deux ponts. L'ancienne cité qui fut au moyen âge la capitale des rois de Croatie n'avait qu'un mille de circonférence. On reconnaît encore sous les constructions postérieures les assises des murs romains et les trois portes qui donnaient accès dans la ville. Des fragments de statues, des sculptures, des fûts de colonnes, des bains, y ont été retrouvés * ; maiscc les atterrissements formés par la vase qu'à la longue a roulée dans cette partie du golfe un ruisseau qui vient s'y perdre, ont totalement bouché l'entrée (du port), en sorte que ce port n'est plus maintenant qu'un marais infect ^. » Bien que n'étant éloigné de Zara que de 9 milles (67 kil.), ce pauvre village de Nona, dévoré par la fièvre, peuplé seulement de 270 hab., et où l'on ne trouve ni auberge, ni café, ni boulanger, et pas d'autre eau que celle d'une citerne, est aujourd'hui rarement visité'.
^ Gliubich; Studi archeologici, ^ Cassas, Op. cit., pag. 87.
^Jahrhuchdes C C, 1861, 5« vol.
190 DALMATIB.
Peut-être quelques-unes des antiquités qui sont à Zara proviennent-elles de jEnona*. Les inscriptions nous y montrent, comme partout, desduumvirs quinquennaux et des sévirs augustaux, sans révéler dans son organisation municipale aucune particularité saillante.
Iader{It. Ant,), Colonia lader (Pt.; C. L L. , 111,1,2925), Iadera{T. P.), laSepa xoWwc (Ph), Zara, a mieux gardé son ancienne importance que la ville qui fut quelqpie temps sa rivale. Une des plus anciennement connues des villes de cette région, capitale actuelle de la Dalmatie, elle renferme des ruines dont l'importance serait beaucoup plus célèbre sans l'écrasant voisinage de Spalato : porte monumentale, colonnes, inscriptions, traces d'un ancien temple. Si la richesse de ses collections provient en partie de la réunion des objets trouvés dans les localités voisines, on ne saurait nier qu'elle en ait tiré une bonne partie de son propre sol, dans lequel ont été récemment découvertes deux pierres importantes par les documents qu'elles contiennent : Tune, connue depuis longtemps, relatant la consécration d'un temple àLivie^, et retrouvée en 1872; l'autre, plus petite que la première, mais dont l'inscription est conçue en termes identiques à ceux qu'elle
* Faut-il considérer les mots « civilas PasiniB, dont Pline fait suivre jEnona^ comme une apposition ou comme l'indication d'une autre ville? Dans le premier cas, ils constitueraient un surnom dont on ne connaît ni le sons ni l'origine; dans le second, ils désigneraient une ville entièrement inconnue. La première opinion est généralement admise. M. Tomaschek (Op. cit.) voit dans les Pasini la tribu iapyde des Oodwt d'Appien.
porte, découverte auprès du premier pilier de droite en entrant dans le temple de San Donalo, où je l'ai vue en 1876 ^publiée depuis par M. Glavinich dans le Bulletin dC archéologie dalmate\ Les habitants sont appelés 'laSoatW, 'ïBpoara/xvai', ladestini*, ladertini*. Le site était au reste beaucoup plus favorable que celui à^Mnona à la fondation d'une ville prospère. Son nom même, si Ton en croit Greglianovich, signifierait doux, paisible; appellation que justifieraient son climat et la sécurité de son port, abrité contre le bora, etdontTeau est incessamment renouvelée par un courant.
La colonie a été, nous l'avons vu, une des nombreuses colonies fondées par Auguste®. On y trouve des duumvirs', des édiles, des décurions®, une aristocratie®, une plèbe^", des sévirs augustaux^S des pontifes^ ^. La colonie a un patron^'. Sa prospérité est attestée par la mention sur
^ Jovi Augusto Appuleia M . f. Quinta suo et L. Turpilii Brocchi ticimani filii nomine. [Bull, diarch. e stor. daim,, l, pag, 36.) Unsc. de Pharos. {C, L G., II, add. 1837 c.) ^Sçylax, ch. 22.
* C. /. L., m, 1, 2919 ; Id., m, 2, pag. 849 et 850. 6Hirt.;6r. AL, I, 2.
* Dedu [xi in coloni] as aut remisi in municipia sua stipeD[diis emerî] tis millia aliquanto [plus qu]am trecenta et iis omnibus agrosa[meemptos] aut pecuniam pro prfaediis a]me dedi. C, /. L,, III, pag. 788.
7 C. 1. L., m, 1, 2920, 2931, 2932, etc.
» Ibid., 2920. 2924.
»/Wd., 2919.
i®/Wd.,2920.
"/Wd., 2921,2928.
42 Ibid,, 2920, 2932.
*MWd., 2932.
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les inscriptions de négociants, d'un étudiant en droit. Son importance s'accroîtra sous Trajan.
Constantin Porphyrogénète parlera d'elle encore comme d'une grande ville. Deux routes en partaient ; Tune allant à l'intérieur, vers Nedinum (Nadin) et Asseria (Podgradye) ; l'autre, par le littoral, à Scardona. On retrouve encore dans Forbiger et même dans le commentaire de la Table de Peutinger par M. Desjardins, l'opinion, désormais impossible à soutenir en présence de tous ces mo* numents et de toutes ces inscriptions, qui plaçait l'ancienne lader dans la triste et maussade situation où gît aujourd'hui Zara-Vecchia.
C'est dans un pays désert que repose cette ancienne capitale des rois croates, Biograd, la ville blanche, comme rappelaient les Slaves, à laquelle le souvenir et les traces, dans le voisinage, d'un ancien aqueduc, valurent si longtemps d'être prise pour l'ancienne lader. Elle est assez loin de la mer, bien qu'ayant un port sur le canal de Zara, pour qu'on puisse voir en elle Blandona{It. Ant,] ou BXavwva, que Ptolémée place parmi les villes de l'intérieur, et Mannert dans les landes pierreuses qui sont à l'est du lac de Vrana, près du village de Draschitch, à l'endroit où s'élevait probablement Arauzona\
Scardona (PI.), Sardona {T. P.), Municipium Flavium Scardona {C. L L,, III, 1,2802), 5cardon« (/d., 2810), 2xa/:.5a)v (Str.), Sxapôwva (Pt.), sur le Titius ou Titus ^ (Kerka), al 2,000 pas de la mer, était le siège du conventus.
A/wvÇoiva (Ptol.). Cf. Bull, d'arch. e st. daim., II, pag. 113.
Elle Tétait en môme temps du Conciiium chargé de veiller sur Tautel que les cités liburniennes y avaient élevé à Auguste*. La ville, plusétendue que la bourgade actuelle du même nom, a cédé de nos jours la plus grande partie dô son importance àSebeoico, mieux situé qu^elle, sur le canal qui mène à la mer les eaux de son fleuve. Les débris y sont rares ^, car elle est restée longtemps au pouvoir des Turcs ; néanmoins des médailles en grand nombre, des sculptures, des restes de monuments et de murailles, témoignent de sa grandeur passée. Les traces de Tancienne enceinte sont reconnaissables encore dans la plaine, où une porte basse subsiste à un des angles du parallélogramme qu'elle formait. Les Flaviens l'érigérent en municipe. On y voit des duumvirs et des décurions ; mais elle semble avoir eu peu d'importance dans la suite, bien qu'elle ait conservé son titre et son rang de capitale.
Outre ces grandes cités, beaucoup d'autres existaient encore sur cette longue côte liburnienne.
La première que Ton rencontrait en partant de l'embouchure de VArsia (Arsa). étsiit Albona^ à 12,000 pas du fleuve, sur l'emplacement de laquelle s'élève encore une ville qui a conservé son nom. Appelée par Ptolémée AXouwva, et Alvona sur la Table de Peutlnger^ elle formait une république, ccrespublica Albonessium^», administrée par des duumvirs et des édiles. Peut-être ses ha-
2 Cf. Conciaa; Voy. dans la Dalmatie. Venise, 1831.
^CJ. L , m, 1. 3049.
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bitants étaient-ils ces AiutsB dont parle Pline, qui jouissaient du droit italique.
Le môme droit et le môme titre appartenaient à sa voisine Flanona (PL; T. P.), ^TjxyGxm (Pt.), Fianona, qu'une inscription de Pola ' appelle ec respublica FlânatiumiB . Elle avait donné son nom au golfe dans le voisinage duquel elle s'élevait (Quarnero) : ^ïayomxhç whm dans Etienne de Byzance, Portus PUmaticus dans la Tdblf. Sous l'empire, elle eut à sa tète un curateur.
k moitié chemin de Tarsatica (Tersate) et de Sma (Segna), à 20,000 pas de l'une et de l'autre, les Itinéraires ' marquent une station qu'ils appellent <r Ad 7Wf«t». Plolémée place dans le môme intervalle, outre Tembouchure du fleuve OEneus\ une ville d'OvoXxcpa*. Ce fleuve est-il simplement la Rieka de Fiume, ou Ptolémée a-t-il considéré comme un estuaire la foiba de Buccari ? Si Fotcera peut être identifiée avec cette dernière ville, il est plus difficile de déterminer la position de Ad Turres. Le petit havre de Tserziquenizza, à V entrée du canal de Maltempo, répond assez bien aux indications des Itinéraires; Mannert la place à Stranke.
Ces tours n'étaient au reste que des postes miUtaires que Ton devait entretenir avec soin et multiplier suivant les besoins®.
2 r. p., segment IV, 1.
3//. Anl.\ T. P.
5 Oxis'kxepa, (éd, Francfort).
fi Cod. Tliéod.j 1. xni : De oper. publ.
Après Senia (Segna), les routes données par les Itinéraires s'éloignaient comme aujourd'hui du littoral, pour ne le rejoindre qu'à lader (Zara). Mais Pline, Scylax et Ptolémée nous font connaître d'autres points de la côte :
Lopsica {?l.)yAlo^ol (Scyl.), Ao^/xa (Pt.), dont les habitants, appelés Lopsi par Pline, jouissaient du droit italique. Les inscriptions permettent de la placer au pauvre village de Saint-Georges sur Mer, qui s'élève en face de l'tle de Pervicchio, entre une montagne calcaire et la mer.
Seul, par une erreur évidente, Ptolémée indique ensuite lesbouchesdu Tidanius [ZeTmdign'd) , le Tedanius de Pline, Catarbates de Scylax, se trouvant, nous l'avons vu, beaucoup plus au sud.
Ortoplmia (Pl.),*'OpT07rXa(Pt.), Orpela (Rav.), la ville des'opfToitekriTaide Scylax (correction Millier), se retrouve àOrtpla, près de Starigrad, en face de l'Ile d'Arbe, où ses ruines sont encore aujourd'hui visibles' .
Une importante inscription récemment découverte à à Starigrad (janvier 1878)*, et portant comme celles i^jEnona (Nona) le nom de L. Volusius Saturninus, nous indique qu'elle possédait une organisation municipale analogue à celles de Flanona (Fianona) et de Senia (Segna).
Veqium (PL), Oveyia (Pt.), est aujourd'hui Vega.
Quelques-uns croient voir les ruines d^Argyruntum (PL), ^Apyvpovrov (Pt.), près d'Obrovazzo', où d'autres placent Clambetw.
* II. Noé; Dalmatien, pag. 277.
2 Ep/i. ep.f IV, fasc. 1 et 2; Bull, di arch. e st. dalmata, I, pag. 85.
^ Cf. Noé,, loc. cil.
Corinium (Pl.)> Kopiviov (Pt.), Corinthion, Coriton (Rav.), était situé près du village actuel de Garin, où Tona trouvé les restes d'un amphithéâtre, sur une colline presque isolée, nommée aujourd'hui Gradina Miodrag, à deux milles de la mer (canal delà Morlacca), et reliée seulement vers le couchant aune autre colline. Quelques traces de son enceinte sont visibles du côté du sud; elle avait la forme d'un ovale de 80 met. de long et 600 de large *. Quelques inscriptions, des pierres précieuses, des monnaies romaines, y ont été découvertes.
Les habitants sont appelés Gorinienses dans un acte antérieur au départ des légions^. La Table donne à la mer voisine de Novigrad le nom de Portus Epilicus.
Quant àPintérieur de laLiburnie, avec ses âpres montagnes et ses ravins sauvages, il était, dans l'antiquité, comme de nos jours, mal connu et peu fréquenté. Les débris de l'époque romaine y sont fort rares. Dans l'Iapydie, on n'a trouvé, dit M. Mommsen, que les traces dedeu?c villes, et encore n'est-on pas fixé sur le nom de cescité3 évanouies. Au sud du Tedanius (Zermagna), lepaysesfc moins désert, mais les mœurs sont encore bien rudes et^ bien grossières. Le district de Zara est une des contrées de l'Europe où les attentats contre la vie humaine sont 1^ plus fréquents.
Strabon^ ne nomme que quatre villes en lapydie:
^ Gliubich ; Sludi archeologici sulla Dalmazia. Cf. Forbiger, lH 9 pag. 559; Maimert, VII, pag. 329. G. I. L,, III, 1, 2880-2901. ^C. L L., m, l, 2883; Orelli, 3452.
'^ Str., VU, 5,4.
Aérovkov^j Apovnmty Mov>7T(ov, OùévSwv, qui toutes ont été Qentionnées dans Thistoire de la conquête du pays par )ctave, et une seule en Liburnie, 2xap5f<)v (Scardona) .
Metulum (Mœttling), sur les bords de la Colapis (Kulpa), omme nous l'avons établi plus haut^, était de beaucoup a plus septentrionale et la plus grande, mais elle avait ité ruinée par la guerre et son nom ne reparaîtra plus sous Tempire.
i4ri6pi2^m*(Vital, près d'Ottochatz), nommée par Strabon après Metulum^ d'après son rang d'importance sans doute, Test par Appien après les deux autres villes. La Table nous donne à partir de Senta: Avendone XX; Arypio X.... )npeut donc placer Monetium à moitié chemin de Seiiia Avendone^ identique assurément au OysvSwv de Strabon, la ville des Mosvnvot d'Appien, et dont une inscription
révélé l'emplacement à ce Vlasko Kompolye » près de serkvinye*.
L'Itinéraire d'Antonin nous donne également ces deux llles, réduisant toutefois à XVIII M. P. la distance qui Sparait Senia (Segna) d'Ave7ido (Kompolye), Arupium Vital) restant à X M, P. de cette dernière.
Mais nous trouvons, tant en lapydie qu'en Liburnie, a grand nombre d'autres localités et d'autres peuples, lans Pline, Ptolémée et les Itinéraires.
iQf. App.; m., 19; D. Giss., XLIX. 35.
2V. pag. 139.
' Peut-être T 4 ruccûi ['Apouxxta) de Ptolémée. Arupium (It. Ant], Arypium {T. P.), A\fpo\)nhoi (habitaats) (App.). * Eph. ep., II, 4, 571.— Habitaats : AvsvSgâTai (App.).
Les Lacinienscs^ dont la cité est indiquée par Pline comme une des plus importantes des Liburnes, ne seraient-ils pas les habitants de^^nia? La supposition n'a rien de bien téméraire. Les manuscrits géographiques ont subi de telles altérations que leurs indications sont fréquemment méconnaissables et que leur intelligence nécessite souvent, comme pour Scylax, non un commentaire, mais une véritable restitution.
Tediastum {T^iaazov), que Ptolémée place un peu au N.-O. deSenia^ est aujourd'hui Tedasto, peut-être fondé, comme Senia^ par les Gaulois.
Ardotium (ApSwnov), au sud-est à^Ariuxia ou Arypiwm (Vital), est sans doute la ville que nous trouvons dans la Table sous le nom « d'Epidotio » , et que la distance de XM.P. d'Arupium (Vital), indiquée par elle, porte dans le voisinage du village actuel de Quarta. M. Tomaschek les distingue et place Ardotium à Kossiny, séparée d^Epidotium par un plateau calcaire.
Stlupi{irloimi), qu'habitaient les Stlupini de Pline, était, au dire de ce dernier, une des principales cités des Liburnes. Ptolémée l'indique au S.-E. de la précédente, mais son emplacement est encore ignoré, comme celui de Curcum (Roupxoufx), que M. Tomaschek place, sans indiquer les motifs de son opinion, à Udbina, dans le bassin de la Kerbava.
A XVI M. P. d^Epidotium^ la Table nomme une station « d'Ancus ». M. Kiepert, sur sa carte jointe au Corpus^ la met près de Quarta et M. Tomaschek l'assimile à Siroka- Kula, à droite de laLika, au nord de Gospitj.
A XV M. P. à^AncuSf la station désignée par le nom à'Aufancalione répond à ri4t^5anca/i(AvjavxaXe«)dePtolémée et à la ville actuelle de Plotcha, sur la Yadova (Tomaschek).
ClambetWj distantede XVI M. P. de ce dernier point, aurait été située, suivant les uns à Starigrad, suivant d'autres à Obrovazzo, près de cette dernière bourgade (auj . 68 maisons et 423 habitants), chef-lieu de district judiciaire du district politique de Benkovatz. Les meilleurs arguments en faveur de cette dernière opinion sont qu'Obrovazzo se trouve sur la route qui descend des hauteur du Vellebitj vers Zara, sur le tracé que, vu la nature des montagnes, devait suivre la voie romaine, tandis que Starigrad est en dehors de cette route ; que Clamhetx^ si elle se fût trouvée sur le bordde la mer, eût été nommée par Pline, qui donne le nom de beaucoup de ports moins importants .
Dans le même district, des ruines ont été découvertes à Podgradye et Medvidye. Là, les villes se pressaient. A Medvidye, à 50 milles de Zara, aurait été Tancienne Hadra, placée par la Table à XIII M. P. de Clambetœ. Le site de cette ville, qui fut peut-être plus tard, sous le nom deLudrum, le siège d'un évêché *, a été révélé par la découverte, en 1856, sur une colline appelée Gradina, des restes d'un château, de pierres finement travaillées, de piliers, de vases, de mosaïques, d'inscriptions. La colline, élevée de 400 mètres au-dessus de la plaine, porte un plateau
^ Farlati; Ilhsacr., II, pag. 173.
ovale de 800 mètres de long sur 300 de large. Ses bords sont abrupts partout, excepté au midi, où il était défendu par un mur *. Elle avait, elle aussi, ses magistrats municipaux et sa curie. Une route, dont on voit encore les restes*, l'unissait à -4 s5ma(Podgradye), où passait la route d'Iader (Zara) à Salarie par Burnv/m (Suplyaya). Asseria (C. /. i. ), A8erie{T. P.), Assesia, Aaatdia^ PI.), aujourd'hui Podgradye, à 2 milles à l'est de Benkovatz, occupait, elle aussi, une colline au pied de laquelle était, au nord, à Test et au midi, une profonde vallée. D'énormes murailles, que M. Gliubich n'hésite pas à appeler cyclopéennes, l'entouraient. « Leur plus grande élévation, dit-il, est aujourd'hui de 8", la moindre n'est pas inférieure à 4™; leur épaisseur va jusqu'à 3™,50 à la partie supérieure, plus large d'un mètre à la base et allant même, vers le couchant, jusqu'à 4™,80. L'espace qu'elles renferment ala forme d'un polygone allongé dont la plus grande longueur est de 450", et la largeur presque parallèlement à la faoade de la petite chapelle du Saint- Esprit, qui en occupe à peu près le centre, de 180". Le circuit est de 1,200™ environ». M. Gliubich signale encore, comme une particularité de cette enceinte, l'existence de deux bastions adossés à la face du nord. Les murailles sont en marbre commun deDalmatie. Quelques-unes des pierres qui les composent, entièrement taillées et travaillées en ruche, ont jusqu'à 4'" de long et 2" de haut.
* Gliubich ; Studi archeologici sulla Dalmazia, '-^ Bull. (Varch. est. dalm.^ II, pag. 65,
Elles sont percées de deux portes, Tune au nord, Tautreau couchant, et d'une poterne à Test. Un aqueduc bien conservé y amenait les eaux d'une source appelée Tchernaya, située à 1 mille au nord. L'élévation du sol au-dessus des débris des anciennes murailles permet de supposer que la ville entière est ensevelie sous des décombres, peutêtre par suite d'un tremblement de terre * . Bien que beaucoup de matériaux aient été employés à la construction de la chapelle du Saint-Esprit, on trouve encore au milieu de cette enceinte déserte des traces d'habitation. Malheureusement, les inscriptions qui y ont été trouvées jusqu'ici, dont beaucoup sont, «ou trop effacées pour pouvoir les lire, ou tellement brisées que l'on ne peut plus en réunir les mots ^t) , ne nous apprennent rien sur son organisation intérieure, non plus que les documents ne nous disent ce qui lui avait valu l'immunité d'impôt'.
Elles nous ont, en revanche, révélé l'existence, entre Podgradye etMedvidye, c^osi-k-diveeniveAsseriaetHadraj à l'est de la première, au sud de la seconde, au village actuel de Dobropolytchi, d'une cité d'^Alveria*. La république des Aivéritains {Rem P. Alveritarum) jouissaitelle, comme celle des Assériates (Rem P , Asseriatium) de l'immunité d'impôt ? L'exiguïté de son territoire, l'oubh
* Cf. Goncina; Voy. dans la Dalmatie; Fortis ; Voyage en Daimatie , éd. franc., 2 vol. Berne, 1778; Cassai; Voyage pittoresque de i'Istrie et de la Dalmatie, pag. 93.
2 Cassas; toc. cit,
3 Immunesque Assériates (Pline).
* Eph, ep , II, 4. 563.
202 DALIIATIE.
dans lequel elle était restée à côté de ses modestes voisines, ne permet pas de croire qu'elle ait pu jamais mériter une si grande faveur, dont les Assériates étaient les seuls à jouir dans la Libumie.
A l'ouest d'Assen'a (Podgradye), on voit encore les traces de la voie romaine qui l'unissait à lader (Zara)par Nedinum {Nedino, T. P.\ Nitîivov (Pt.). Situé comme les villes précédentes sur une colline (de 136"), Nedinvm (Nadin) était entouré de murs d'une construction antérieure à la venue des Romains, selon M. Gliubicb, des premiers temps de l'occupation plus probablement. Le revêtement de cette muraille, haute de 4 à T*", épaisse dé 4"> au sommet et plus large à la base, est fait de parallélipipèdes réguliers dont la dimension varie depuis l«n de long et 0,50'" de bauteur, jusqu'à 2» de largeur et 1" de bauteur. Elle était percée de trois portes * . Des débris anciens s'y voient encore au milieu des constructions modernes. M. Momm* sen rapporte à Nedimmi^ dont les habitants sont appelés clans les inscriptions Neditœ^et Nœditœ^^ une inscription* relative à la reconstruction d'un portique long de cent pas et large de vingt, et d'une scène. Parmi les magistrats, nous trouvons un duumvir pontiflcalis, un édile, un officialis Naeditarum. Près de là, vers le sud, dans la
^ Do la priQcipale desquelles, celle de l'ouest, qui menait à lader (Zara), les débris subsistent encore. {Bull, d'arch, est. daim.,lh pag. 2 1 .
3 /6id.,2868.
* Ibid., 2B7\.
campagne, « où, l'hiver et une bonne partie de Tété, les eaux descendues des hauteurs voisines forment un grand lac, se trouvent de grandes vasques murées très anciennes, construites pour recueilUr les eaux, d'où des conduits souterrains les mènent à la mer * . » 1 2 mille pas la séparaient d7ac?^r ( Zara ) et autant d'Asseria (Podgradye).
Enfin la Table nous nomme à XIII M. P. de Hadra (Medvidye), Burnum^ BoO/di/ov (Pt.; Proc, G. Goh., 1, 16), auj. Suplyaya, sur la Kerka. M. Gliubich le fait appeler Aiëvpwi par Strabon', dans lequel ce mot n'est qu'une épithète de ttoXcç, Scardon, ville liburnienne. Des frag-. ments de murs, des traces de canalisation d'un aqueduc, des restes d'un amphithéâtre enseveli extérieurement à 500 mètres de la ville, et surtout les arches romaines qui ont fait donner à ce site le nom d'Archi romani, attestent l'ancienne importance de cette ville. Ces débris d'une bonne époque sont considérés par quelques-uns comme ayant appartenu à un théâtre'; par d'autres, qui s'appuient sur les inscriptions vouées à Jupiter, la tête d'une statue de ce dieu et certains bas-reliefs trouvés en cet endroit, comme les débris d'un temple de Jupiter*; par
^ Gliubich , loc, cit, — La descriplioa faite par le Bulletin d'archéologie et d'histoire dalmates constate bien l'existence de ces murailles do Nedinum, « bien conservées vers le sud et sur quelques points, hautes de plus de 2 met.», mais est loin de leur accorder l'importance que leur donne M. Gliubich. Lecastrum seul aurait été sur la colline et le village dans la plaine. (Bull, d'arch. e st. daim. y II, pag. 21.)
2Str.,VII, 5. 4.
3 Jahrhuch der k. k. Centr. Comm., 1861 .
* Bull, darch. est, daim., lî, pag. 84.
M. Gliubich enfin, fort des traces de voie romaine visibles en plusieurs endroits, comme ayant formé la principale entrée de la ville. Le monument se composait de ciaq arcades; les deux de droite sont debout, celles de gauche ont disparu; celle du milieu, qui existait encore du temps de Fortis, est aujourd'hui à moite détruite. Elle a 21 pieds de haut et 10 de large. Les arcades latérales, qui présentent des deux côtés des traces d'ornementation, ont 11 pieds 3 pouces de largeur et entre 15 et 18 pieds de hauteur de voûte. La largeur du pilier qui les sépare est de 6 pieds 7 pouces ; celle du pilier qui les unit au grand arc, de 12 pieds ; l'épaisseur du mur, de 2 pieds 1/2' .L'aqueduc traversait peut-être la Kerka sur un pont qui devait conduire à Promona (Tepliu); les assises en ont été vues par Wilkinson en 1846 et M. Yriarte en 1874. Sur ces assises, Wilkinson^ remarqua deux petits tubes qui ressemblaient à des conduites d'eau. Là aussi les débris de la ville ancienne ont été employés pour des constructions modernes. On y découvre encore des chapiteaux, des pierres précieuses, des monnaies en grand nombre.
M. Glavinicha vu, en 1872, environ mille monnaies romaines trouvées dans cette localité, dont une cinquantaine en or^
Les habitants, Burnistae*, jouissaient du droit italique.
^ Jahrbvrch derk. k, Centr. Comm,^ loc. cit.
2 Wilkinson ; Dalmalia and Monténégro, 2 vol.; Yriarte ; Uhlrie et la Dalmatie. (Tour du Monde, ann. 1875 et 1876.)
3 Bull, di arch, e st daim., I, pag. 106.
e nom de Trayanskigrad, donné à la plaine qui s'étend Q avant des murailles, une inscription en Thonneur 'Adrien, témoignent encore de Timportance que Burum avait conservée sous les Antonins, même après le épart des légions, dont Tune y avait établi, nous avons vu, son quartier- général.
Plus au nord, sur les bords du Titius (Kerka), jusqu'à roximité duquel s'avançaient les murs de Burnum^ éldiit wvariay dont les habitants, lesVarvarini, Oùapouap(a(Pt.), ossédaient, comme ceux de Burnum, le droit italique, ^ne inscription donnée par Orelli laisserait* croire qu'une olonie y avait été établie par Claude, comme sur tant 'autres points de ce pays. Une autre^ a déterminé la poition exacte de la ville, dont le territoire s'étendait jusu'au fleuve, que l'inscription appelle Titius^ (Kerka).
Ptolémée nomme encore SiSpûva et'ûou7ropou/ji, dont nous le pouvons préciser l'emplacement.
D'autre part, àX M. P. d'Arupium (Vital), V Itinéraire CAntonin mentionne une station nommée Bibium , de aquelle une route se dirigeait dans l'intérieur vers Siscia Sissek) , tandis que l'autre , dont il ne parle pas, descendait rers Salone. Les postes qu'il nomme sur cette voie sont à
M. P. X (de Bibium) Romulam, M. P. XIIII Quadratum.
^ D. M. I M. ValerioM.f. Glaud. co | lono Liburn | Varvar. scrib.cl. | )r. Raven. Vix ann. L | mil. an. XXVI Valerii colonus et . . • Or. 3637.
5 Finibus Varvariaorum iu agello secus Titum flumen ad Petram ongam .
M. P. XIIII Ad Fines.
M. P. XXI Sisciam.
Bomula* et Qiuidratum nous sont inconnus. Ad Fines était évidemment le point où Ton passait de Dalmatie en Pannonie. Notre province s'avançait donc fort près de Siscia, à Tentrée, comme nous l'avons dit, du val de la Save*.
Toutes les îles du Quarnero et celles qui relèvent aujourd'hui du district politique de Zara, ressortissaient en outre au conventus de Scardona. C'était d'abord, en face de l'embouchure de VArsia^ le fameux groupe des Ab^yrtides*, composé des deux grandes îles que les anciens paraissent avoir souvent confondues, séparées l'une de l'autre par un étroit canal artificiel, aujourd'hui franchi sur un pont, qui n'a que quelques pieds de largeur et forme comme une écluse *, et des îlots qui les entourent;
Cherso, T-^feoro^deMela (II, 7) et de Ptolémée, Absorus du géographe de Ravenne, le Cread de Pline, dont le nom semble revivre dans l'appellation slave, Kerès; c'est peutêtre Vistris de Scylax;
* Une ville du même nom se trouve en Dacie. (Or. Henzen, 5280.)
2 M. Tomaschek (Op, cit. y pag. 502) suppose qu'il faut lire LX M.P. entre Divium el Romulariij et place /?omute à Yesenitze, Quadraiak VO. de Remetinetz, au S. de la Save, Ad Fines au confl. de la Buna et de rOdra. Il est certain que la distance de 69 milles donnée par ï Itinéraire est inférieure à la distance réelle, qui esta vol d'oiseau de 90 milles (120 kil.) à peu près.
3 PI., ITI, 30 (2Q)'/ A^<jpTLhç (Str.).
* Yriarte; L'htrie et la Dalmatie (Tour du Monde, 1876, le'sem.;; V. supr.j pag. 12.
ftÉOGRAPHIB POLITIQUE. 207
Lussin, appelée encore île d'Osero, bien que le village le ce nom soit dans la grande lie, ÏAbsyrtis de Mêla, ^Absyrtiinn de Pline ;
Et plus bas:
Ursaria (Rav.), in$. Ursaria{T, P.), auj. Unie;
Eckroni${T. P.), Erafronia (Rav.), auj. Sansego;
Moa (Rav.) ; auj. Maou ;
Pamodos (T. P.), Primodia (Rav.), auj. Pago.
Les deux villes indiquées par Ptolémée, Crepsa (Kpéi|we) >t Apsoros (k^ppoç), se retrouvent encore aujourd'hui dans iherso, la capitale de Ttle, petite ville de 7,500 hab., !^s commerçante, au fond d'un golfe de la côte occidenlie, et Osero {-n^'o^çfpocj Const. Porph.) sur le point le lus resserré de la Cavanella. L'île <c est remarquable ar l'extrême petitesse de ses chevaux ; ils n'en sont pas loins vifs ni moins vigoureux, et ils réunissent la grâce la délicatesse des formes * ». « Ils s'y reproduisent en berté. Dans maint endroit^ on voit encore des troupeaux e bœufs sauvages. Les moutons et les chèvres trouvent Q abri dans les épais massifs de genévriers que le bora icline vers le sud. Le plus important de tous les règle lents des Ghersiotes concerne ces buissons, qui fourissent aux animaux la fraîcheur pendant l'été et une etraite paisible pendant l'hiver^. » C'est surtout à Osero, . Gaisole, au N.-E de l'île, et dans l'île voisine de iansego, que des inscriptions ont été découvertes. Elles
* Cassas; Op. cit., pag. 79.
2 H. Noé; Dalniatierij pag. 16.
mentionnent l'existence dans ces trois villes de duumvirs' , * d'édiles *, de décurions. Gaisole avait un portique et une curie construits, nous l'avons vu, sous Tibère. Elle tirait sans doute son importance des forêts, aujourd'hui encore considérables dans le nord. L'île était au reste fertile, arrosée par de nombreux ruisseaux ; le climat est tempéré et sain; ses bestiaux, son vin, son miel et son huile sont estimés '.
Lussin Piccolo, dans l'île du sud, est aujourd'hui, par l'excellence et la sûreté de son port et ses chantiers de construction, une des positions les plus importantes de l'Adriatique. On appelle ce port val cTAugmte, d'après une tradition qui voudrait que cet empereur y eût hiverné avec sa flotte.
Quant à l'écueil long et bas de Sansego, longtemps désert et fréquenté seulement pour la chasse aux lapins, il possède aujourd'hui 150 hab., qui s'y sont fixés depuis peu*.
Veglia est la Ri»ptxnx)5 de Strabon, la Rouptxra de Ptolémée, Vins, Curica de la Tahle, le Curricus du Ravennate. Son nom italien actuel est déjà en germe dans l'appellation que lui donne Constantin Porphyrogénète^, -h Bah, mais son nom ancien se retrouve mieux dans la dénomination slave de Kerk. C'est la plus fertile et la plus
^ Jbid., 3188, 3139, 3147.
3 Cassas ; loc, cit.
-* Noé; Dalmatien, pag. 16.
6 Gonst. Porph.; Adm. imp., 19.
iplée de toutes ces lies, exportant, comme Gherso, les iduits de son sol et des chevaux. La défaite, si lon- 3ment racontée par Lucain*, qu'y subit Antonius (48), rendue célèbre. La ville de Veglia, située sur le canal lia sépare de Gherso, est la plus importante, mais iix autres petits ports participent au mouvement des langes de cette île : Malinska au nord , en face de une, et Bescanuova au sud. Dans les temps anciens, ax villes y avaient acquis de la notoriété : Curicum oipixov) et Fulfinium) (^vl(fivm), dont les habitants, que Mommsen reconnaît avec raison dans les Fertinates s copistes de Pline, avaient obtenu la jouissance du }it italique. La première surtout, dont le nom rappelle lui de rîle entière, s'était élevée au rang d'une cité iendidissime « patroni splendidissimae civitatis Guric- •um*^, sans toutefois qu'aucune particularité soit à [oaler dans son organisation intérieure.
Arbe, Arba (PL; C. I. L., III, 1, 2931), ins. Arva • P.)] ApS(x (PtoL), est placée par Ptolémée dans Tîle de ardona. Le géographe a sans doute voulu désigner par 3 mots 2xa|o5wva woç, l'archipel de Scardona, c'est-àre les îles de sa circonscription autres que celles qu'il ait déjà nommées. Son port, fortifié par Auguste, futune ition navale très fréquentée du temps des Romains et au 5yen âge, lors de la grande puissance de Venise. Encore jourd'hui la ville, qui ne compte que 240 maisons et un
• Gurictico littore. (Plorus, IV, 2, 30.) ^C. I. L., III., 1, 3126.
210 DALMATIB.
millier d'habitants, présente, de la mer, mi aspect intéressant et pittoresque avec les hautes murailles qui Tentourent et les églises et campanilles qui les dominent. On y trouve encore fréquemment des traces de la domination romaine.
Des inscriptions en Thonneur des empereurs Marc- Aurèle, Pertinax, Alexandre Sévère, Gallus, y ont été découvertes.
L'une d'elles, de Tannée 173 ap. J.-C, célèbre l'arrivée dans cette ville, grâce à la générosité et à l'énergie d'un de ses concitoyens, de l'eau qui lui avait manqué jusque-là*. Mais une peste terrible Ta dépeuplée en 1456, et malgré les ressources que ses pêcheries, ses bois et ses salins offrent au commerce, elle ne s'est pas relevée.
Arbe appartient déjà à ce groupe que Strabon a désigné sous le nom général deLiburnides, et qui comprenait suivant lui 40 îles. Pline l'indique, «non pauciores Liburnicae^D, et en nomme quelques-unes. Peut-être fautil ranger parmi elles une partie de ces îles inconnues mentionnées par Mêla. Constantin Porphyrogénète, après avoir cité les îles du Quarnero, Arbe et une autre où se trouve une place, Kdrjrpov, appelée ro Aufji6p«taTov, ajoute : (( Les autres sont inhabitées et ont des villes désertes. Leurs noms sont : KaraurpeSevol), IltÇùX' ^^^^ (Solve), Ivep^i (Scarda, au sud de Premuda), 'aJwtt (Ulbo, à Test de Selve, Fortis), SxtpâaWaa (Scardizza, à
^ Aquam quam nullus antiquorum in civitate memiaerit iaventam impendio et voluntate G. Gaeci Ruû clarissimi viri. C. /. L,, III, 1, 3116. 2 PI., III, 30 (26).
'est de Page), Uvpôriiix (Premuda, au sud de Lussin), ieXerà (Melada, au nord d' Isola longa), 'Ejtcouv^ (Sestrulia, à Test d'Ugliaa), et beaucoup d'autres dont les noms ont ignorés]» . aAujourd'hui ellessont peuplées, dit Gassaa; :iais malgré les soins de la culture, que Ton y exerce avec utelligence, elles produisent peu. Le terrain est si piereux, l'eau y est si rare, que le blé ne peut y prospérer, [u'à peine les oliviers peuvent y jeter des racines, et [ue les grappes sont rares et maigres sur la vigne. i>
On voit dans Pago la Pamodos de la Table, la Primodia lu Ravennate, la Gissa de Pline, la Dyscelados de Mêla,
* même la ville que le Porphyrogénète appelle Lymbri" cgkim. Malgré l'importance de ses salines, l'île semble i.^oir été effacée autrefois par ses voisines. Les décou- ^ertos archéologiques qui y ont été faites se bornent t quelques inscriptions sans portée.
La Portunata de Pline est sans doute, bien que cette fpollation convienne mieux à Pago, l'Isola longa, et la
• issa qu'il place contra lader est Uglian, célèbre par ses scargols et sa parure de pins, la plus fertile de ces îles, oais dépourvue d'eau et dévorée par des insectes.
Quant aux Crateœ, que le même auteur place a contra •*iburno$ j!>, on s'accorde à les reporter plus au sud.
Enfin Pline nous nomme Colentum, le KôXXcvrovde Ptolénée, à30 mille pas de /ûkfer (Zara); c'est aujourd'hui Mor- ►er, «qui porte en abondance des muscats et des olives ' j> ,
* dpoa et Wheler; Voyage d' Italie, de Dalmaiie^ de Grèce, et du Levant. LyoQ, 1678.
212 DALHATIB.
OÙ Ton voit encore, rapporte Fortis* , qui ne Ta pas vérifié par lui-même, de grands restes d'un ancien mur sur le sommet de la colline, c Les vestiges qui en restent pré* sentent si peu d'importance, lisons-nous dans Cassas, que le citoyen Cassas ne jugea pas convenable de les dessiner. Quelques fragments de murs, de corniches d'un bon style, de vases antiques, des pierres sculptées par la main des hommes, mais aujourd'hui extrêmement frustes : voilà seulement ce que Ton y rencontre. Quelques médailles, quelques inscriptions, y ont été trouvées; mais les curieux s'en sont emparés , elles ont disparu, et sans doute sont reléguées dans quelquescabinets particuliers. ... On assure que c'est au sommet de cette colline que l'on voyait jadis les restes les plus considérables de l'ancienne ville, mais la barbarie les a encore moins respectés que le temps ; elle les a détruits pour en construire les murs d'une église consacrée à la Madona di Gradina ^ . »
kinsi de Sur ium y auj. Zuri, dans l'archipel de Sebenico, près de laquelle sont les Celaditssx bruyantes, dont Tune, Zlarin, où l'on a trouvé quelques antiquités, entre autres une inscription dans laquelle Fortis a cru voir l'épitaphe d'une reine Pansiana, reine barbare reléguée là après le triomphe', serait, selon quelques critiques, cette Dyscelados de Mêla que M. Gliubich, par nouvelle hypothèse, assimile à Brazza^.
^ Fortis, Op, cit-
- Cassas, Op. cit , pag. 109-110.
3 Forlis, Op. cit. Cf. Cassas, Op. cit., pag. 112-113.
^ Gliul)ich ; Numografiadahnaia.
Au-delà du Titius (Kerka) commençaient la Dalmatie proprement dite et le conventus de Salone.
Son chef-lieu, qui était en même temps la capitale de toute la province, s'élevait, nous le savons, à quelques kilomètres de Spalato, sur les bords du lader (ladro), près duquel un pauvre village porte encore lenomde5aZo/ki*. Elle resta jusqu'à Marc-Aurèle renfermée dans l'enceinte que sa population avait défendue contre Octavius avec tant d'héroïsme^. Mais elle reçut sous cet empereur un agrandissement notable.
Huit cents pieds de murs et une tour élevés par la première cohorte militaire de Dalmates, sous la direction de son tribun Granus Fortunatus' ; deux cents pieds par des détachements de la deuxième légion Pia et delà troisième Goncordia, sous celle du munitionnaire de la deuxième légion Trajane, P. iElius Amyntianus* ; une troisième partie, longue de huit cents pieds comme lapremière, et comme elle renfermant une tour, édifiée par une autre cohorte de Dalmates, sous la direction du tribun L. AnnaBus Servilianus', portèrent son périmètre à 4,635"*. Deux portes plus petites que celles qui existaient antérieurement furent percées dans l'ancienne enceinte, au nord-ouest et au nord*. La porte occidentale de lapremière
* V,supr.^ pag. 15.
2 V. 5wpr., pag. 126-127.
»(7. /. L.,1II, l. 1979.
* Ibid., 1980.
^ Ibid., 2, 6374.
* Laoza; BulL de corr, arch,, 1849.
enceinte avait trois ouvertures, l'une plus grande aumilieu pour les chars, les deux autres latérales pour les piétons, et était flanquée au dedans de deux tours octogonales. Les quatre portes sont nommées par Garrara : Porta Aodertia (?), Gapraria, SuburbiaetGaesarea. L'amphithéâtre, dont on ne connaissait avant 1 84 6 que des débris sans importance, date probablement de la même époque que cette nouvelle enceinte, dans laquelle il est renfermé. Des conduits y amenaient l'eau nécessaire pour remplir l'arène lesjours où l'on y donnait des fêtes nautiques. D'autres traces d'aqueduc ont été découvertes, l'une au nord avec une inscription fameuse * sur ime des conduites en plomb du canal, l'autre près de la porte occidentale. Les thermes étaient situés dans la première enceinte, et les mosaïques que l'on a retrouvées témoignent de leur magnificence. Toutes ces ruines aujourd'hui visibles, cette enceinte mise à nu, cet amphithéâtre moins grand que ceux de Polaet de Vérone, mais dont la masse constitue encore, aupied de la colline dont les dernières terres recouvrent une partie de ses murailles, un ensemble grandiose, témoignent de la richesse et de la prospérité de l'ancienne Salone.
Elle communiquait avec la mer pdiT le portus Salonitanus (canal des Gastelli), qui n'était lui-même qu'une parlie du grand golfe que Ton appelait Manius sinus (golfe de Spalato), dunom d'un ancien peuple, les Mavfoc, nommés par Scylax, qui avaient habité sur ses bords. Ge voi-
* Reip . Salonœ Julius Eucarpus f.
sinage de la mer, la beauté du site, la fertilité de la campagne Yoisine, sa position au centre du littoral, avaient décidé de son choix comme capitale, et assurèrent sa fortune pendant toute la durée de l'empire.
Peu de villes anciennes ont fourni plus d'inscriptions que la « Colonia Martia Julia Salona*j>, appelée quelquefois plus simplement Colonia Salonitanà^^ Salon^ Sa^ lonao\xSalonœ,lock(dva(?ioL).hG nom de ses habitants, Salonitani, se retrouve dans plusieurs documents. Elle était, en même temps qu'un centre administratif, une ville d'études avec des écoles, et une ville de commerce et d'industrie. Son organisation municipale ressemblait à celle que nous avons indiquée pour les autres villes et que nous exposerons complètement plus loin. Nous y trouvons des duumvirs, des édiles, des décurions, des questeurs, des augustales, des fonctionnaires de l'administration des finances en grand nombre, des corporations industrielles*, etc.
Pline place à l'entrée du conventus de Salone l'ancienne région des Tariotes, le château de Tariona, le promontoire de Diomède et la péninsule d'j^yZ/w.
Faut-il par les Tariotes entendre, comme on l'a fait
* C, /. Ir.»IlI. 4, 1933.
* Ihid., 2026, 2066, 2078, 2087.
' V. encore pour les ruines de Saloae, outre les publications et mémoire > déjà cités : Laoza; Monumenti Salonitani inediti. Vienne, 1856 ; A. Dumont; Découvertes récentes àSalone^ Rev. arch., 1872, et le recueil récemment fondé par M. Glavinich, directeur du Musée de Spalato el préposé aux fouilles : Bull, di archeologia e storia dalmata. Spalato, (1878-1881^
quelquefois, les Autariates ? Ils habitaient, nous Tavons vu, avant d'être transportés par Cassandre (315) au pied du mont Orbelos (Spatz), bien plus au sud, au-dessus des Ardiéens, vers les sources de la Narenta et de U Tara. Il est plus simple d'admettre que ce nom désigne simplement les habitants de Tctrionaj le Lorano ou Torcm de la Table^ où, suivant la tradition, Diomède aurait fondé une colonie. Ce serait la Tambia du géographe de' Ra venue, nommée par lui entre Prastorium et Rider ^ et que Ton pourrait néanmoins placer à Trau Vecchio, au fond de la baie dont l'entrée est en effet protégée par une saillie de la côte qui serait le promontoire de Diomède y la punta délia Planca.
La péninsule d^Hyllis a été successivement assimilée à la presqu'île de Sabbioncello, à celle de Sebenico, à celle enfin à la base de laquelle s'élève Zara. Les dimensions que donne Scylax ne pouvant convenir qu'à cette dernière, la question semble tranchée en sa faveur. Scylax, au reste, bien que mentionnant lesVxXot après les BovXivoi et les lepaeTTapat, dit ensuite, en parlant des Hylles :alls habitent une presqu'île un peu moindre que le Péloponèse. Après cette presqu'île, la côte est droite, elle est habitée par les Bulins. La navigation le long du pays des Bulins est d'une grande journée jusqu'au fleuve Ne$tus\y> Le fleuve Nestics él^nt, la suite de la description l'indique nettement, le Titius ou Kerka, la presqu'île qu'habitaient les Hylles ne peut être que celle de Zara.
< Scvlax, ch. 22.
Cette partie du pays est du reste le point voisin du littoral sur la géographie duquel on soit le moins fixé. La Table etV Itinéraire d^ Antonin diiïèvenl ici d'une manière sensible.
Sur la Table, la route littorale A'Iader (Zara) à Salone est ainsi tracée :
ladera.
XX Sardona.
XX Ad PrsBtorium.
XX Lorano.
XV Siclis.
VIII Salona,
Vltinéraire donne :
lader, M. P. XX Blandonam.
XX Arausam.
XXX Prœtorium, XVI Tragurium.
XIII Salonas,
On pourrait admettre Texistence entre lader (Zara) et le "^iHus (Kerka), de deux routes : l'une littorale, celle de ^^ itinéraire, dont nous connaissons déjà les deuxpremiè- ^©3 stations; l'autre intérieure, comme la principale route ^tuelle entre Scardona et Zara. Mais le point où toutes ^®Ux se réunissent [Praetorium), et que la Table indique ^ême comme beaucoup plus important que lader, Scar- ^^a et ^a/one, n'est pas encore fixé. Wesseling*, dans
* Vet, Rom, îtinerari'J.
218 DALMATIB.
ses commentaires, cite, à proposde cette station, la phrase suivante de Gassiodoie, qui explique l'indication de la Table :€ Praetoiia longe lateque lucentia, in margaritarum speciem putes esse disposita ; ut hinc appareat , qualia fuerint illius provinci» majorum judida quam tantis f abricis constat omatam » .
Mais où était ce Prxioriuim ? A Sebenico ? à Sebenico Yecchio ? à Trau Yecchio ? La position de Siclis étant nettement déterminée (Gastelnuovo, près de Trau), si nous admettons l'assimilation de Lorano ou Tariona à Trau Yecchio, ce que permettent les distances, et de la punta délia Planca au promontoire de Diomèdej Prxtorium doit se trouver entre ce dernier point et Scardona^ mais sur la route littorale que suit V Itinéraire et plus éloigne de Sardona que ne Test la ville actuelle de Sebenico. Sebenico Yecchio* serait alors indiqué comme ayant été le siège de ce prétoire.
Ajoulons que quelquefois Arausa est considérée comme distincte de VArauzona dePtoléméeet placée à Yissovatz, en amont de Scardona, près de la grande chute de la Kerka*.
Tragurium (PL; M.), auj. Trau, dont les habitants avaient, comme ceux de leur métropole Issa^ les droits de citoyens romains, était située dans une île. La Tabkl^ mentionne sous le nom deRagurio, mais n'y fait pas pénétrer la route, ce La ville de TetrangurisiTerpor/yovpiv),^^
* Où l'on a trouvé des sépulcres ancieus et des iascriptioas. (Gliubich; Studi arch. 2 Noé; Dalmatien,
Constantin Porphyrogenète * , est une petite lie dans la mer ayant un col très étroit dans la direction delà terre, en guise de pont, qui sert au passage de ses habitants : on rappelle Tetrangiiris parce qu'elle ressemble à un petit concombre {dyyvp(ov).T^ Tragurium était connu par son marbre, que Ton tirait d'une colline voisine appelée, comme tant d'autres, mont Saint- Élie. La richesse des campagnes voisines lui donnait de l'importance comme place de commerce.
Cependant Claude avait établi à ses portes, ne pouvant la fixer sur le territoire d'une ville alliée, une colonie de vétérans à 5/c/w(2txoOv, Pt.), sur la rivière des Castelli. Le nom qu'elle porte dans Pline, Siculi^ rappelle précisément le voisinage de la colonie syracusaine, passée à^Issa à Traguriv/m. Elle n'était distante que de treize mille pas de la capitale du conventus et de toute la province, Salone.
Près de Salone, non loin de l'endroit où devait s'élever plus tard le palais de Dioclétien, à l'ouest de Spalato, la Table mentionne à l'extrémité de la presqu'île qui vient fermer le golfe de Salone {Portus Salonitanus) , à l'endroit où il y a aujourd'hui une église de Saint-Georges , Ad Dianam, ce à cause, dit la relation deSpon et Wheler, de quelque temple de Diane qui y était * » .
On rencontrait ensuite sur la côte, en descendant vers le sud, l'autre colonie isséenne, Epetium, Epetio, portus
* CoQst. Porph.; Adm, imp,, 19.
2 SpoQ et Wheler ; Voyage d'Italie, de Dalmatie^ etc.
220 DALMATIB.
EpetiuSj T. P.) ; 'ETrénov (Ptol.), dont les traces ont été retrouvées sur les bords de l)st Tsamovissa, près du village de Stobrez * . Elle formait une île réunie plus tard au continent par les atterrissements qui ont comble son port, et Pline range encore les Epetini parmi les insulaires. M. Mommsen croit, d'après les inscriptions, à une sorte d'alliance: Epetium^ écrasé par le voisinage de la capitale, se serait laissé absorber par elle sans perdre son indépendance nominale. Mais si les inscriptions, toutes relatives à des particuliers, autorisent cette hypothèse, elles ne nous donnent à cet égard aucun renseignement précis.
Au-delà de ce territoire de Salone^ après surtout que Ton a franchi la chaîne de montagnes qui vient fermer le bassin de la Cettina {Tilv/rius)^V incertitude recommence sur la position des villes anciennes. *
Pline nous nomme, entre Salone et Narona : Peguntium etRateoneum; Ptolémée, Peguntium et Onœum (Ifoyoivrioy, 'Ovaiôv); la Table, Œneo à VII M. P. d'Epetium, à XII M. P. à'Œneo, Inaronia, et elle s'arrête à VII M. P. de là, à une station innommée, sur les bords d'un fleuve appelé plus haut Drinum fl. Vltinéraire d'Antonin ne donne pas cette route littorale entre les deux chefs-lieux do conventus. Fortis inclinerait à placer Onœum à Almissa ; Peguntium, par des raisons étymologiques, dans le val de VruUia, et Rateoneum {Rœtinio Or. 5270;
* Ceux qui l'ont prise (Spalato) pour l'ancienne ville d'Epetium se sont écartés de six ou sept milles, car on en voit les ruines plus audelà, vers l'embouchuro de la petite rivière de Zarnovissa. (Sponet Wheler, Op. cit.)
Po/nvov, D.G., LYI) àMacarsca. M. Mommsen n'ose pas se prononcer et se borne à indiquer les lieux où ont été trouvées des inscriptions. Ce sont Almissa, petit port de 173 maisons et 82i habitants (1874), àrembouchure de la Gettina ; Beskavoda, à quelque distance au sud du val de Vrullia ; Macarsca, et plus loin, en face la pointe orientale de Lésina (P haros), Zastrog, où est aujourd'hui le plus riche et le plus peuplé des nombreux cou- TQQts de la Dalmatie. Procope, outre les villes énoncées cidessus, nomme un poste fortifié qu'il appelle J/t^icurum* . Quelque hésitation que Ton ait à sortir d^une difficulté en invoquant une erreur de copiste, Terreur de la Table est ici évidente. M. Glavinich se demande, dans le Bulletin iarchéologie dalmate ^ , si Oneum et Rateonev/m ne seraient pas une seule et même ville, et ajoute qu! Œneiim devait être à la fin du vi® siècle le nom du fleuve que l'on appelle aujourd'hui Gettina.
Les noms d^ Oneum (ville) et Onestinum (territoire) se retrouvent dans les actes du deuxième concile de Salone, où il est aussi question de l'érection d'un évêché a in Muectw'o», nom qui désigne évidemment Macarsca, le seul point de la côte où ait existé et existe encore un évêché. Constantin Porphyrogénète cite également To Moxpov, le géographe de Ravenne (IV, 16) Aronia^ id est Mucru. Macarsca serait aussi Vlnaronia de la Table. Nous proposerions donc de placer Œnœum à Almissa, Peguntium
^ «'Ev ytùpitA Movtxou/5&) xa>oupisv&).... oTrgp iTriOa^ào'a'tov œy^itTrà. mo ^^m)t hxL. D De hell. Goth., III, 35.
2 I, pag. 42.
222 DALMATIB.
à Beskavoda, ce qiii s'accorderait avec les raisons étymologiques données par Fortis; Muicurum à Macarsca (auj. 399 maisons et 1725 hab.), Rœtinium enfin à Zastrog.
Quant à rintérieur, des trois villes que nous sigoale Pline, Tune, Burnum, se trouve sur les confins des deux conventus, mais, par sa situation sur la rive droite du Titins (Kerka), rangée dans la circonscription de Scardom^ où Pline a lui-même, nous l'avons vu, placé les Bumisis. La situation à^Andetrium (Insc. , PL) AvSéxpeov (PtoL), AH' detrio ( T, P.), Endetrio (Rav.)/Avîï7Tpcov (Str.), 'Avirjpm (D. Cass.), est aujourd'hui parfaitement déterminée, et l'opinion, si longtemps accréditée , qui voyait en elle la gardienne du défilé de Glissa, s' élevant où trôna au moyen âge la redoutable forteresse de ce nom, est complètement abandonnée. Les ruines trouvées à Mutch et les inscriptions ont fixé près de ce village l'ancien fort où aboutissait la voie Gabinienne. Il ne semble pas qu^ Andetritm ait été appelé à une vie municipale indépendante. C'était comme un poste militaire établi sur le territoire d^jEquum, dont relevait, suivant M. Mommsen, le bourg qui s'était formé à ses pieds.
Quant à Tribulium, Triburium^ est-ce le Silurio ou Tilurio de la fable à XVI M. P. de Salone, ou le Billubio placé par elle à XII M. P. de Tilurio, c'est-à-dire à XXYIII de Salone ? V Itinéraire nomme sur la route de Salom à Dyrrachium (Durazzo):
Pontem Tiluri, M. P. XVI.
Tronum, M. P. XII.
Biludium, M. P. XIII.
Pontem Tiluri et rifi^riodesignent évidemment la même station. Le passage de la rivière était d'autant plus im * portant à garder, que la route se bifurquait à quelques pas au-delà du pont sur lequel on la franchissait, et l'appellation de ca^fôWt^m, donnée par Pline à Tribulium, s'applique parfaitement à la tête de pont qui existait en cet endroit. Les villes étaient à quelque distance. C'étaient ïldfvad^ Delminiurriy Riditœ^ que nous voyons reconstruire à frais communs, sous le règne de Commode (184 après J.-C), le pont rongé par la vétusté^ Mais, outre ces trois postes, qui semblent avoir constitué comme la défense avancée deSalone, beaucoup d'autres points de l'intérieur nous sont connus.
Strabon dit des Dalmates : «Il (ce peuple) a eu cinquante colonies dignes d'être mentionnées, dont quelques-unes sont des villes : Salone, Priamon, Ninia et Sinotion le n&ufet le vieux ^ villes que brûla Auguste. Il y a aussi le poste fortifié à!Andetrium et Dalmium^ grande ville, dont le peuple tire son nom^ . » Pline les divise en 34 2 dé • curies.
Priamon (jlpid(im), à laquelle quelques éditeurs proposent de substituer Promon, est sans aucun doute la ville de Promona, sur la Ciccola, affluent de la Kerka, qu'assiégea et prit Auguste. Des inscriptions provenant probablement des ruines de la ville, qui, écrivait il y a trente ans M. Gliubich', n'a pas laissé de traces, ont été décou-
^Strab.,!!, 5, 5.
^ Gliubich; Studi arch.
vertes à Tepliu, dont la situation, dit M. Glavinich, s'accorde parfaitement avec la description d'Appien. La quantité de monnaies grecques et romaines trouvées dans cette localité, ajoute-t-il*, surpasse toute croyance. Qu'il suffise de dire qu'il ne se passe pas de semainesans que les villageois en portent, pour les vendre, à Dernis et àSebenico.On y découvre des fragments architectoniques qui, brisés, servent de pilastre, des vases de toute forme, des pierres fines, des bijoux d'hommes, de femmes, etc. Dernis, où on la plaçait autrefois, est peut-être VAdrise du Ravennate.
Ninia s'élevait sur l'emplacement de Knin, où M. Glavinich a reconnu en 1872, sur la colline de Spas, près de la forteresse, des restes de murs ce cyclopéens», et où l'inscription suivante a été découverte ; Imp. Gaesar D. f. Ninienses sub. pot. p. r. red ^.
Sinotium, ouSynodium*, est Otavitje, près de laquelle ont été trouvées les traces d'une ville *.
Dalmiurrij plus souvent appelé Delminium, bien que déchue de son rang de capitale, n'en restait pas moins une position militaire importante. Ptolémée la nomme encore (AeXfxivwv) ; mais elle ne figure ni sur la Table ni sur V Itinéraire d'Antonin. C'est en 1849 que fut découverte à Trigl, district de Sign, l'inscription déjà citée *, qui, lue
A Bull, di arch. e st. daim.
2 Ibcd., 1, pag. 104. Cf. Noé; Dalmntim.
3 Vid. supr., pag. 130, 146.
-* Bull, di arch. e st. daim., I, pag. 95.
et rendue publique par Garrara * , a fixé remplacement de cette ville. Elle s'élevait à quoique distance de la route, sur la colline de Gardun-Voynitj, dominant de 150 à 200'° la Cettina, que Tinscription appelle Hippies. On reconnaît encore sa double enceinte, celle qui fut détruite par Nasica, etcelle plus restreinte qu'il lui donna^, ainsi que les traces d'un aqueduc et d'un amphithéâtre. Elle devait toute son importance à la nature du pays d'alentour. La Cettina [Tilurius ou Hippus) ne pouvait guère être franchie dans son cours supérieur. Ici, au contraire, les collines peu élevées, d'accès facile, et les plateaux de largeur peu considérable qui s'étendent entre Delminium et la vallée duTrébijat, avaient facilité sur cette voie naturelle l'établissement d'une route dont Timportance faisait précisément celle de Delminium comme position militaire.
Le Ravennate est le seul des géographes anciens qui fasse mention, sous le nom de Rider^ de celte cité des liklitœy que les inscriptions nous montrent comme un Diunicipe' ayant conservé même, car quelques-unes datent de la fin de l'empire *, assez longtemps sa splendeur. Elle était située à 10 milles à Test de la ville ^tuelle de Sebenico, au village de San-Danillo, où les '^aces des murs se rencontrent aujourd'hui sur un long Parcours, en partant d'auprès de l'église. Tous les jours
^ Bull, deir Irai, di corr, arch . , 1851 .
^ Bull, darch. e st, daim., I, pag. 23.
^ Ibid.y 2771.
226 DALMATIB.
on en découvre des débris nouveaux : chapiteaux, vases, briques, monnaies, troncs de colonneSi quelques-uns de 1",20 de diamètre*.
Mquum {Mquo, T. P.; C. /. L.,III, 1, 1323, 1596; Atxovov xo)^v^, Pt.), à XYI M. P. au nord de Salons^ sur la route de Sisda, avait, comme Siclis^ reçu de Claude une colonie {CoUmia Clctudia JEqimm^ C. I. L., III, 1, 1323); col. jEquitas, Ibid., 3024). Jusque-là elle avait été municipe {^qiienses rmmicipes^); les inscriptions nous y montrent des II viri ' j. d. et des lUI viri* j. d., ce qui indique généralement dans le premier cas une colonie, dans le second un municipe *. L'inscription 2733 est au reste antérieure au départ des légions, puisqu'il y est question d'un vétéran de la 7* légion.
L'emplacement d'^quum a été retrouvé à Tchitluk, près de Sign *, où l'on voit encore <r des inscriptions et des vestiges rassemblés dans le musée du collège; ce sont pour la plupart des fragments de statues brisées, de poteries en mauvais état, des dalles, qui n'attirent nullement par la recherche de la forme ; mais il y a là tel ou tel vestige d'un haut intérêt'». Malheureusement M. Yriarte ne nous en fait connaître aucun. On y arrivait de Salone par le fameux défilé de Glissa et un plateau
* Gliubich; Stud. arch.
^ Ihid,, 2730
* Ihid,. 2733.
* Duruy; Durég, mun. (Rev. hist., I, pag. 329.) « Sign = 342 maisons et 1,820 hab. (1874).
▼ Ch. Yriarte. La Dalmatie, (Tour du Monde, 1876, 1« sem.)
GÉOGRAPHIE POLITIQUB. iîl
: avec lequel la grande plaine de Sign, fertile et )ar de nombreux troupeaux, malgré les marais Bcouvrent en partie et les fièvres qu'ils engenrjinche par sa verdure et ses arbres.
ble nous donne à XIIII M. P. dU/kfo^rmwetVIII iona, une autre ville que ne mentionnent ni Ptoi Pline : le municipe de Magnum. Il était situé, l'a prouvé une inscription découverte en 1871, 3lline de Balina Glavitza, à environ 5 kilom. de sur laquelle et à proximité de laquelle on voit les restes de constructions anciennes et particuat d'un aqueduc. Avec ces débris ont été conime église et la plus grande partie des maisons ur, et Ton en retire encore chaque jour des es grecques et romaines* .
Lutres stations de la route de Salone à Narona , d'après \ Itinéraire d'Antonin, le plus complet )oint, sont ainsi déterminées par M. Glavinich*:
Tiluri {TiluriOy T. P. ; Tilurion et Ponteluri, Rav.), Trigl di Sign.
m. Lovretj d'Imoski. Outre que la distance
s'accorde avec celle de l'Itinéraire, il est certain, dit-il, que les ruines du château de Lovretj révèlent l'existence d'une ville très ancienne.
lum. (BilubiOy T. P.). Bérinovatz d'Imoski, à la dis-
di arch, e si, daim,, I, pag. 92.
pag. 31.
Uoce portée parr/lïnmitr^, où Ton a trouvé zji certain nombre de débris antiques, monnaies, pierres précieuses et autres.
Auf>jsXÛ2rnsi. {A'i Fuseieuui. F. P.iAufustianis, Rav., IV,